USA - Le pape François sur les pains et les poissons - LCI 3 juillet 2019

Pourquoi les miracles ne sont pas des tours de magie.

Le pape François sur les pains et les poissons

Pourquoi les miracles ne sont pas des tours de magie

David Mills

États-Unis

Le 3 juillet 2019

 

Aussi prévisible qu'une défaite des Orioles (équipe de baseball, ndt) de Baltimore, les catholiques anti-François ont célébré la fête du Saint-Sacrement par une phrase trompeuse sur le pape : « Regardez comment cet homme stupide sape la foi ». Elle a surgi dans mon compte Facebook, grâce à mon hétéroclite collection d'amis Facebook.

Un site catholique allemand a titré : « Le Pape a dit : ‘Jésus n'a pas multiplié le pain, il a appris aux gens à partager’. » (C'est la traduction Google, rapportée dans Facebook.)

Le sous-titre disait : « La soi-disant ‘multiplication des pains’ est l'un des miracles les plus célèbres de Jésus : Cinq petits pains nourrissent 5000 personnes. Mais il n'y a pas eu de multiplication réelle, a dit le pape François. »

François ne dirait pas ça, pensez-vous peut-être. Il n'a jamais montré le moindre scepticisme vis à vis du surnaturel. A ce sujet il est même un peu plus enthousiaste que Benoît.

Je ne me souviens pas que Jean-Paul II ou Benoît aient parlé autant du Diable, et d'une manière aussi personnelle et familière que François. Il parle de Marie avec une piété plus simple que celles du philosophique Jean-Paul II et du théologique Benoît.

Ses détracteurs pensent différemment. Comme je l'ai souligné il y a quelques années, ils le lisent toujours avec des yeux de procureurs sans scrupules.

Parmi les commentaires que j'ai lus sur le sujet il y a celui-ci : « Au lieu de croire que Dieu est fidèle en nourrissant ses enfants, notre Pape veut que nous croyions que Dieu promeut le socialisme ».

Un autre commentateur a écrit : « Impressionnant. Je ne sais pas combien de personnes peuvent nier le miracle des cinq pains et le transformer en une mini-controverse contre la cupidité et le capitalisme. »

Quelqu'un l'a même accusé de bolchevisme : « C’est tout le matérialisme dialectique de Lénine ».

La même personne a accusé François d'hérésie : « Si ce que Zenit (organe de presse américain couvrant l’actualité de l’Eglise, ndt) a dit est correct, alors le Pape parle du Christ d'une manière presque arienne, puisqu'il lui dénie la capacité d'effectuer des miracles, au lieu de les attribuer à sa confiance dans le Père. C'est une exégèse surprenante. »

Et encore : « La première fois Pierre a nié notre Seigneur ; je suis sûr que tout ira mieux cette fois ».

Quelques commentateurs ont tenté de souligner ce que le pape avait réellement dit. Une auteure très conservatrice a tenté d'être juste, tout en reprochant à François d’être « imprécis ».

Les autres commentateurs et le ‘post facebook’ original ont ignoré cette défense. Le ‘post’ a même ajouté plus tard : «  Vous savez que les gens utilisent le terme ‘truc magique’ quand ils veulent semer le doute sur l’Eucharistie dans l'esprit des fidèles ».

Il m'a fallu moins d'une minute pour retrouver le texte original, chercher le mot « magie » et découvrir ce que le pape a réellement dit. Et surprise, le titre du journal allemand est trompeur et le sous-titre faux.

Voici ce que Francis a dit. Ses détracteurs auraient pu le découvrir par eux-mêmes, mais puisqu'ils supposent que François a toujours tort, pourquoi le feraient-ils ?

 

 

 

Le pape nous dit ce que nous avons besoin de savoir, et souvent d’être rappelé

Le pape pointe le mot « donner ». Le pain n'est pas seulement quelque chose à consommer, c'est un moyen de partage. Étonnamment, le récit de la multiplication des pains ne mentionne pas la multiplication elle-même.

Jésus met l'accent sur le partage, pas sur la multiplication. « Jésus n'effectue pas un tour de magie. Il ne change pas cinq pains en cinq mille, puis annonce : ‘Allez, distribuez-les ! ‘. Non, dit François. Jésus prie d'abord, puis bénit les cinq pains et commence à les rompre, en faisant confiance au Père ».

Et ces cinq pains ne s'épuisent jamais. Ce n'est pas un tour de magie. C'est un acte de confiance en Dieu et en sa providence.

J'avoue que je ne trouve pas cette tentative de comprendre le vrai sens du miracle très utile. Les prédicateurs font beaucoup ce genre de chose.

C'est un peu comme les nouvelles mathématiques de mon enfance, qui ont essayé d'enseigner aux enfants des concepts mathématiques sans leur faire faire d'arithmétique. Les concepts ne prennent sens qu'une fois que vous avez résolu les problèmes.

Je pense qu’on peut accéder à la profondeur du miracle en commençant par ce sentiment : "C'est tellement cool ! ". L’étonnement du miracle peut et doit conduire à la réflexion sur ce qu’il signifie.

J'aime passer du signe extérieur, de l'événement étonnant en lui-même, au sens. Mais mon esprit fonctionne différemment de celui de François, et je n'ai pas son expérience pastorale. Contrairement à ses détracteurs, je ne m'attends pas à ce qu'il prêche les homélies que je voudrais entendre.

Pourtant, il est facile de comprendre ce que le Saint-Père essaie de faire ; facile à voir, si vous ne le lisez pas pour le condamner. Je pense qu'il essaie de nous faire voir ce miracle comme un acte d'amour : l'amour qui est la confiance totale que le Christ a en son Père, et l'amour qu'il a pour son peuple en détresse.

C'est l'amour qui rassemble son Père et son peuple, l'amour que nous voyons sur la Croix. Le mode par lequel il fait cela, miracle ou proclamation, n'a pas tellement d'importance. C'est secondaire.

François s'inquiète, mais pas outre mesure, que nous voyions le miracle comme un tour de magie. Nous pouvons facilement nous concentrer sur le miracle et non sur le but pour lequel Jésus l'a accompli.

Nous sommes presque incorrigiblement égocentriques. Nous nous concentrons trop facilement sur l'idée que Jésus nous donne des choses, pas sur le fait qu'il nous entraîne dans l'amour, dans une vie de partage de ce que nous sommes et ce que nous avons.

Un miracle se reçoit comme un cadeau, et tout le monde aime les cadeaux, mais la vie a un prix. Je pourrais me tromper, mais c'est ce que j'ai reçu en lisant François avec confiance.

Nous pouvons, en ce faisant, trouver un autre sens dans ce qu’il a dit. Jésus fait toujours ses miracles pour quelqu'un qui a besoin d'aide.

Il guérit les malades parce qu'ils sont malades. Il a transformé l'eau en vin pour sauver une famille de l'embarras. Il nourrissait les affamés. Il n'a pas transformé cinq pierres en carrière ou rempli une boulangerie de pain quand personne n'avait faim.

Il n'a pas fait les miracles pour attirer l'attention sur ses capacités divines. C'est pourquoi François note que le miracle vient lors de la distribution des pains et des poissons, pas avant. (Je suis redevable à mon ami Matthew Boudway pour cette remarque.)

Mais certaines personnes se sont contentées de ne voir que les dons de Jésus tout en ignorant le message qu’ils contenaient. Quand le Christ a parlé de lui-même comme d’un sacrement (Jn 6), beaucoup de ses disciples n’ont pas compris.

Ils ne voulaient pas ça. En effet, au début de son explication (v. 26), Jésus dit plutôt tranquillement : «Croyez en moi. Si vous me cherchez maintenant, ce n'est pas à cause des miracles que vous avez vu ; c'est parce que vous avez été nourri avec les pains, et que vous avez été rassasiés».

«Jésus vous aime et c'est ainsi qu'il vous le montre, et comment il veut que vous viviez vous-même». Cela me semble être ce que François enseigne, à travers un regard attentif sur ce que Jésus fait en multipliant les pains et les poissons.

Comme il le dit vers le début de son homélie : « L'Eucharistie est elle-même une école de bénédiction. Dieu nous bénit, nous ses enfants bien-aimés, et nous encourage à continuer. Et nous, à notre tour, bénissons Dieu dans nos assemblées (cf. Ps 68, 26), redécouvrant la joie de la louange qui libère et guérit le cœur ».

Nous arrivons à la messe, certains que nous serons bénis par le Seigneur, et nous partons pour bénir les autres à leur tour, pour être des canaux de bonté dans le monde.

Le pape nous dit quelque chose que nous avons besoin de savoir, et souvent d’être rappelé. Ses détracteurs ratent leur cible quand ils sautent sur n'importe quelle occasion pour l'attaque

 

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Pope Francis on the loaves and fishes

Why miracles aren't magic tricks

David Mills

United States

July 3, 2019

As predictable as a Baltimore Orioles loss, anti-Francis Catholics celebrated Corpus Christi with a misleading story about Pope Francis, of the "Look at how this foolish man is undermining the faith now" sort. It popped up in my Facebook feed, thanks to my disparate collection of Facebook friends.

A German Catholic site claimed in the headline, "Pope: Jesus did not multiply bread—he taught people to share." (That's the Google translation, which the Facebook posters used.)

The subhead said: "The so-called 'bread multiplication' is one of the most famous miracles of Jesus: Five small loaves fill 5,000 people. But a real increase did not take place, says Pope Francis."

Francis wouldn't say that, you may be thinking. He's never shown the slightest skepticism about the supernatural. If anything, he's been a little more enthusiastic about it than Benedict.

I don't remember John Paul II or Benedict talking as much about the Devil, in as personal and familiar a way as Francis does. He talks about the Blessed Virgin with a simpler piety than the more philosophical John Paul II and more theological Benedict.

His critics think differently about this. As I pointed out a few years ago, they always read him as unscrupulous prosecuting attorneys.

Among the comments I saw on one posting were: "So instead of believing God is faithful in providing for His children, our Pope wants us to believe that God promotes Socialism?"

Another commenter said: "Impressive. I don't know how many people could deny the miracle of the five loaves and then turn it into a mini-diatribe against greed and capitalism."

Someone even accused him of Bolshevism: "The dialectic materialism of Lenin is strong with this one."

The same person accused Francis of heresy: "If what Zenit said is correct, then he is at least speaking of Christ in an almost Arian manner, since he denudes Christ of the ability to effect miracles, instead attributing it to trust in the Father. It's bizarre exegesis."

And "It worked out so well the first time that Peter denied Our Lord I'm sure it will be okay this time."

A few commenters tried to point to what the pope had said. That included a very conservative writer, who was trying to be fair, though she had (of course) to finish by blaming Francis for being "unclear."

The other commenters and the original poster ignored his defenders. The poster even added later, "You know what else people use the term 'magic trick' about, when they want to plant doubt in the faithful person's mind? The Eucharist."

It took me less than a minute to find the homily, search "magic," and find out what the pope said. And—surprise!—that German newspaper headline is misleading and the subhead wrong.

Here's what Francis actually said. His critics could have found this out for themselves, but since they assume Francis is always wrong, why would they?

The pope tells us something we need to know, and frequently be reminded of

The pope points to the word "give." This, he says, "tells us something very beautiful. Bread is not only something to be consumed; it is a means of sharing. Surprisingly, the account of the multiplication of the loaves does not mention the multiplication itself."

Jesus emphasizes the sharing, not the multiplying. "Jesus does not perform a magic trick; he does not change five loaves into five thousand and then announce: 'There! Distribute them!'" No, says Francis. "Jesus first prays, then blesses the five loaves and begins to break them, trusting in the Father.

And those five loaves never run out. This is no magic trick; it is an act of trust in God and his providence."

Now, I confess I don't find this attempt to get at the real meaning of the miracle very helpful. Preachers do this kind of thing a lot.

It's kind of like the new math of my childhood, which tried to teach children mathematical concepts without making them do the arithmetic. But the concepts only made sense once you'd done the problems.

I think you get at the depth of the miracle by beginning with the feeling "That's so cool!" Amazement at the miracle can and should lead to reflection on what it means.

I like to move from the outward sign, the astonishing event itself, to the meaning. But my mind works differently from Francis's, and I don't have his pastoral experience. Unlike his critics, I don't expect him to preach the homilies I would preach.

Still, it's easy to see what the Holy Father is trying to do—easy to see, if you're not reading him to convict. I think he's trying to make us see this miracle as an act of love: the love that is the complete trust He has in His Father, and the love He has for His lost people.

It is the love that draws together His Father and His people, the love we see on the Cross. The mode by which he does this, miracle or proclamation, doesn't matter so much. It's secondary.

Francis worries, not unreasonably, that we'll see the miracle as a magic trick. We can easily focus on the miracle and not the purpose for which Jesus performed it.

We are almost incorrigibly self-centered. We can too easily focus on the idea that Jesus gives us things, not that he draws us into love, into a life of sharing who we are and what we have.

A miracle feels like a present, and everyone likes presents, but a life will cost us. I could be wrong, but that's what I took from reading him, with trust.

But we can, reading Francis trustingly, find yet another purpose in why he said what he said. Jesus always works his miracles for someone who needs the help.

He heals the sick because they're sick. He turned water into wine to save a family from embarrassment. He fed hungry people. He didn't turn five stones into a rock quarry or fill a bakery with bread when no one was hungry.

He didn't do things just to draw attention to his divine abilities. That's why Francis notes that the miracle comes during the distribution of the loaves and fishes, not before it. (I'm indebted to my friend Matthew Boudway for this insight.)

But some people were content to pocket Christ's gifts while ignoring the message that came with them. When Jesus talked about Himself as the sacrament (John 6), a lot of his followers bailed.

They didn't want that. Indeed, early in His explanation (v. 26), He says rather tartly, "Believe me, if you are looking for me now, it is not because of the miracles you have seen; it is because you were fed with the loaves, and had your fill."

"Jesus loves you and this is how he shows it, and how he wants you to live yourself"—this seems to me the broad lesson Francis was teaching, through a close look at what Jesus does in multiplying the loaves and fishes.

As he says near the beginning of the homily: "The Eucharist is itself a school of blessing. God blesses us, his beloved children, and thus encourages us to keep going. And we, in turn, bless God in our assemblies (cf. Ps 68:26), rediscovering the joy of praise that liberates and heals the heart.

We come to Mass, certain that we will be blessed by the Lord, and we leave in order to bless others in turn, to be channels of goodness in the world."

The pope tells us something we need to know, and frequently be reminded of. His critics miss a lot when they jump on any excuse to attack him.

 

David Mills edits the site Hour of Our Death.

This article first appeared in Commonweal Magazine.

 

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