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Des langues comme de feu

Origène[1] et la Pentecôte

Cet article de Joseph W. Trigg  ( États-Unis ) est paru le 25 juillet 2020 dans LCI . Voici la traductionde notre ami Jean-Paul

 

En 2012, la Bibliothèque de l’Etat de Bavière a annoncé qu'elle avait trouvé parmi ses manuscrits grecs vingt-neuf homélies d'Origène que l'on pensait perdues. Ces transcriptions de la voix de l’enseignant du troisième siècle en sont les plus proches que l'on puisse imaginer.

Cette voix s'est tue après son emprisonnement et sa torture en 251, lorsque l'empereur Trajan Dèce[2] a lancé la première persécution organisée pour éradiquer le christianisme. Lorenzo Perrone, le principal rédacteur de l'édition critique de ces textes, publiée en 2015, a démontré que ces homélies sont les derniers mots d'Origène, écrits peu avant son arrestation.

Dèce avait de bonnes raisons de vouloir le faire taire. Origène disait aux croyants comment ils deviennent ensemble le corps de Dieu, cette force dynamique qui se répandait dans la politie[3] romaine et la transformait.

Les homélies retrouvées sont relatives à dix psaumes. Ces dix, un groupe étrange, ont été choisis parce qu'ils posaient des problèmes. Origène a pris son temps, passant la majeure partie de l’heure de chaque homélie à en expliquer une douzaine de lignes au maximum. Seuls trois psaumes étaient assez courts pour être couverts par une seule homélie.

Homélie signifie discussion. J'ai les ai lues et discutées avec une vieille amie qui a passé une grande partie de sa carrière à étudier l’héritier le plus brillant et le plus fidèle d'Origène, Evagre le Pontique[4]. Origène était un penseur subtil dont le style, toujours complexe et souvent condensé, peut le rendre difficile à cerner. En tant qu’enseignant, il pensait que son public serait plus enclin à l'écouter s'il le laissait deviner ce qu'il allait dire : cela n'aide pas à sa compréhension. Son approche de la Bible, bien que toujours logique, repose sur des hypothèses que nous ne partageons plus. Nous devons penser avec Origène avant de le comprendre et cet effort est toujours largement récompensé.

J'ai commencé à traduire ces homélies en 2015. Le travail a été lent, car je me suis trouvé distrait par la campagne présidentielle[5] mais ma productivité s'est améliorée le 9 novembre 2016. Ce jour-là je me suis réveillé en espérant que l’événement de la veille était un cauchemar, mais ce n'en était pas un. Le troisième siècle a également été une période difficile, mais m’y plonger a été un soulagement bienvenu face à ce qui me semblait être la mort de l'Amérique démocratique et multiraciale. Ma traduction devrait paraître cet hiver en tant que volume 141 de la série des Pères de l'Eglise.

Lorsque j'ai commencé à traduire, j'ai cherché à refléter le soin qu'Origène apporte à l'utilisation des mots en utilisant systématiquement un mot anglais qui corresponde à un mot grec. Le mot le plus difficile à traduire de cette façon est le plus important : logos car il couvre un large éventail de sens. Il signifie la Parole divine, l'ordre rationnel du cosmos, notre capacité à le comprendre, le discours cartésien, le message transmis par la Bible ou tout discours tel qu'une homélie.

Le problème de la traduction de ce mot par de nombreux mots anglais différents est que, dans Origène, le mot logos peut avoir deux ou plusieurs sens simultanément. L'utilisation de termes différents en traduction, ou même de majuscules et de minuscules pour distinguer le logos divin du logos humain, ne fonctionne donc pas. Cela revient à rater le cœur de l'enseignement d'Origène : la divinisation de l'humanité, y compris de la parole humaine. La Bible elle-même est un logos qui est à la fois humain et divin.

Le mot qu'Origène utilise pour désigner la présence du logos divin est difficile à traduire. Il évite largement les termes utilisés pour cela dans la Bible : parousie et épiphanie, mots qui ont donné leurs noms aux saisons liturgiques avant et après Noël. Au lieu de cela, il a effectivement introduit un nouveau terme dans l'usage chrétien, epidēmia[6]. À l'époque d'Origène, ce mot était parfois utilisé pour les visites officielles, mais epidēmia signifiait généralement ce à quoi il ressemble : épidémie.

 

Chaque fois que les croyants se réunissent pour le culte, c'est Pentecôte

Au fil des années que j'ai passées à travailler sur ma traduction, une telle attention au vocabulaire est devenue une habitude de l'esprit. Le dimanche de Pentecôte, cette habitude de l'esprit a brièvement perturbé mon culte. Pour nous protéger ma femme et moi participions au culte de la cathédrale de la capitale sur YouTube.

Ce dimanche-là, Mariann Edgar Budde, l'évêque épiscopalien de Washington D.C., a ouvert le service en commentant l'échec de nos dirigeants nationaux à faire face à la fois à la pandémie du COVID-19 et à la réalité du racisme systémique. Le lendemain, le 1er juin, elle a eu l'occasion de transmettre à peu près le même message à l'ensemble du pays en répondant à la surprenante séance de photos du président Trump à l'église St. John's de Lafayette Square[7].

L'eucharistie de Pentecôte qui a suivi son introduction était inspirante et belle, mais j'ai eu un moment difficile lorsque j'ai entendu l'histoire de Pentecôte dans les Actes 2, lue à partir de la nouvelle version standard révisée (NSRV). La traduction de la NRSV[8] fait exactement ce que j'avais essayé de ne pas faire pendant quatre ans. Elle traduit le mot grec, glōssa, par deux mots différents : des "langues" (comme du feu) apparaissaient sur la tête des personnes assemblées qui parlaient dans d'autres "langages". Il s'agit d'une erreur involontaire. Glōssa, comme "langue" en anglais, est le mot qui désigne une partie du corps. Il désigne également quelque chose en forme de langue (une flamme) et ce pourquoi la langue est utilisée : le langage. L'auteur des Actes a utilisé les mots grecs ordinaires pour "flamme" et "langue" dans tous les autres contextes. Ici il a délibérément choisi le même mot ayant deux significations.

 

Mon intention, en racontant cela, n'est pas de me joindre à Robert Alter[9] et David Bentley Hart[10] et leurs traductions contemporaines de la Bible (je suis d'accord avec eux). Je veux plutôt partager ce qui m'est venu à l'esprit lorsque je me suis demandé comment Origène avait abordé ce jeu de mots en Actes 2. Je savais qu'il aurait pensé que c'était important. Je n'ai pas pu trouver le commentaire d'Origène sur glōssa : ses homélies sur les Actes des Apôtres ont disparu depuis longtemps. J'ai découvert que dans ses écrits survivants, il faisait référence aux "langues comme de feu" en image de la purification de l'âme.

Cette purification est douce lorsque nous la recherchons ou la recevons comme l'Église rassemblée à Pentecôte, ou même lorsque nous y sommes ouverts, comme les deux disciples sur la route d'Emmaüs. Le feu est un remède douloureux mais nécessaire pour ceux qui doivent expérimenter les conséquences de leurs erreurs avant de se tourner vers Dieu.

Origène considère que ce qui s'est passé à Pentecôte est un moment qui transcende le temps : chaque fois que les croyants se réunissent pour un culte, c'est Pentecôte, le jour du Seigneur. L'Esprit n'est pas une substance matérielle divisée et morcelée : à Pentecôte, les croyants partagent l'Esprit tout comme les médecins partagent la science de la médecine. Les hommes et les femmes qui ont suivi Jésus, réunis dans la prière et l'étude, comprennent soudainement ce jour-là l'intention spirituelle de l’Ecriture et partagent cette compréhension avec de plus en plus de personnes de toutes les nations, qui comprennent aussi.

C'est une grande merveille (thauma). Quand Origène parle de thauma dans les homélies, j'ai évité de traduire par "miracle", ce qui implique une intervention surnaturelle dans le cours des choses. Comme Platon, qui appelait thauma le début de la philosophie, Origène croyait que le miracle surgit lorsque, par le logos, nous prenons réellement conscience du cœur des choses.

Lorsque j'ai constaté que je ne trouvais rien dans les œuvres d'Origène sur l'utilisation de glōssa dans les actes 3-4, j'ai décidé de ne pas deviner ce qu'il aurait pu dire, mais de prendre l'utilisation du mot comme un problème pour moi-même, connaisseur de sa pensée. C'est ce qu'Origène aurait voulu. Dans son homélie sur le Psaume 81 (numérotation de la Septante), il dit que le but d'un enseignant n'est pas de faire un autre élève, mais de faire un autre enseignant. En poursuivant ce but, il imite le Christ, dont le epidēmia n'est pas destiné à faire de nous des serviteurs, mais à faire de nous ses amis, des dieux à son image.

Origène lui-même avait étudié avec Ammonios Saccas[11], un philosophe platonicien. Ammonios devait être un professeur extraordinaire. Plotin[12], l'autre grand génie du IIIe siècle, a également été son élève.

La compréhension de Pentecôte par Origène en tant qu’illumination intellectuelle trouve un écho dans un passage remarquable de la septième lettre de Platon (qu'il considérait comme authentique) décrivant une avancée dans la compréhension de la philosophie :

« Après avoir pratiqué une comparaison détaillée des noms, des définitions, des perceptions visuelles et des autres sens, après les avoir examinés dans un débat bienveillant par le jeu de la question et de la réponse, en un éclair la compréhension de chacun s'enflamme, et l'esprit, alors qu'il exerce toute sa puissance jusqu'à la limite de la capacité humaine, est inondé de lumière ». (344b, traduit par L. A. Post)

Origène ne cite pas de philosophes dans les homélies des psaumes, bien que sa formation, comme on le voit constamment, en témoigne. Il parle de la façon dont les philosophes forment leurs étudiants. Comme Jésus, qui a formé ses disciples avec des paraboles, ils leur donnent des problèmes à résoudre. Ses homélies nous permettent d'observer ces problèmes, ces phrases qui étaient déroutantes dans leur contexte et qui tourmentaient Origène.

Ses homélies suivent un schéma standard : une introduction expose le thème général puis le corps de l'homélie discute le texte phrase par phrase et enfin une exhortation finale incorporant la dernière phrase commentée. Lorsqu'il y a plus d'une homélie pour un psaume, l'homélie suivante reprend là où la précédente s'est arrêtée.

Une homélie rompt ce schéma. Origène a intégré la phrase "Et j'ai dit, maintenant je commence"[13] dans l'exhortation de conclusion de sa première homélie sur le Psaume 76. Dans l'homélie suivante, plutôt que de commencer par la phrase suivante, il dit à son auditoire qu'il a encore beaucoup à dire sur le "maintenant je commence".

Il y a un problème. Pourquoi le psalmiste dit "maintenant je commence" au verset 11 ? Dans quelle circonstance quelqu'un dit "maintenant je commence" alors qu'il ou elle est dans l’action ? Une personne dit cela lorsqu'elle vient de faire une découverte. Elle vient d’apprendre à faire bien quelque chose qu’elle faisait mal depuis longtemps. Elle constate qu'une compétence qu'elle s'efforçait de maîtriser avec difficulté ne lui demande plus que peu d'efforts. Origène accumule les exemples qui aboutissent à la même percée que celle qui s'est produite à Pentecôte : la prise de conscience que la loi est avant tout spirituelle.

Paul a écrit que la personne spirituelle compare les choses spirituelles aux choses spirituelles (1 Corinthiens 2, 13)[14]. Pour Origène, c'est ce que la critique littéraire hellénistique a appelé "laissez Homère clarifier Homère".

La Bible va s’éclairer si nous comparons d'autres endroits où le mot glōssa apparaît. Un endroit évident se trouve dans Genèse 11. Là, Dieu décide de confondre le langage, glōssa, des descendants de Noé, qui ne font rien de bon en construisant la tour de Babel. Lorsque, parlant plusieurs langues ils ne se comprennent plus, l'humanité abandonne ce projet mal venu et se disperse sur la terre.

Dans le récit de la Septante sur Babel, glōssa traduit le mot hébreu par "lèvres", une autre partie du corps associée à la parole.

Les autres "langues" de Pentecôte avec lesquelles l'Église proclame les puissantes œuvres de Dieu rassemblent ainsi une humanité dispersée, fragmentée en diverses communautés ethniques. C'est une interprétation évidente d’Actes 2. Aujourd'hui, certaines Eglises célèbrent la diversité ethnique de leurs communautés en lisant l'Évangile en plusieurs langues le dimanche de Pentecôte. Pour quelqu'un qui a appris à penser comme Origène, c’est un bon choix.

 

 

 

Origène peut nous aider à percevoir ce qu’est une épidémie de guérison

Ce qui a attiré mon attention sur le passage de "langues" à "langages" dans la NRSV est qu'il rend invisible un concept vital dans les homélies des psaumes : la divinisation du corps.

Les langues des bouches des membres de l'Église répandent les flammes qui les ont éclairés dans un éclair de compréhension. Leur langage divinisé est devenue la langue de Dieu, leurs langues corporelles, divinisées, la langue de Dieu. Comme le dit Origène dans une homélie sur le Psaume 80, Dieu n'a pas de bouche ; néanmoins, il est possible à Dieu d'utiliser la langue d'un juste comme sa propre langue et la bouche d'un saint comme sa propre bouche, ainsi « la bouche de l'Éternel a parlé ».

Reconnaître qu'un prophète est un instrument de Dieu dont la bouche devient la bouche de Dieu n'élimine pas les contributions distinctives des différents auteurs bibliques, faisant du Saint-Esprit le seul auteur de toute la Bible. Le prophète ne devient pas quelqu'un d'autre, perdant sa voix, sa perspective et ses préoccupations. Déborah[15] reste elle-même, à l'image de Dieu.

Origène a poursuivi en disant que les yeux peuvent servir d'instrument scientifique, fournissant des informations à partir desquelles nous pouvons nous interroger sur l'ordre rationnel du cosmos : « Mais je dis que Dieu utilise aussi les yeux d'une personne juste, des yeux qui s'affaiblissent pour ne pas voir l'iniquité, mais qui s'ouvrent largement pour voir le ciel et le cosmos, parce qu’Il les utilise comme des instruments de compréhension pour voir comment ce qu'Il a fait est "très bon" (Genèse 1, 31) ». En effet, le corps humain tout entier est divinisé lorsque nous devenons le Christ pour les autres :

« Ainsi, Dieu se sert des oreilles du juste et de sa main, afin qu'à travers les oreilles du juste, une sainte parole [le logos discours] puisse être reçue, mais qu'un parole spécieuse soit rejetée. Et si jamais vous voyez la main d'un croyant tendue avec générosité, ne croyez pas qu'un tel bienfait soit dû à un être humain autant qu'à Dieu, qui se sert de la main du juste pour soulager ceux qui ont besoin d'être soulagés par Lui...»

Dieu se sert aussi des beaux pieds de celui qui annonce la bonne nouvelle (voir Esaïe 52, 7)[16]. Heureuse cette personne, qui devient entièrement, dans toutes les parties de son corps, par toutes ses facultés de sensation, un instrument du Christ, un instrument du logos de Dieu de manière à pouvoir dire : "Je ne vis plus, mais le Christ vit en moi" (Galates 2, 20).

Cette divinisation du corps humain s'accomplit pleinement dans l'Église, le corps du Christ. C'est le corps qui commence à se rassembler en un seul lieu à Pentecôte. Un lecteur attentif, formé par Origène, remarquera que ce noyau de l'Église comprend les femmes, ainsi que Marie, mère de Jésus, les disciples et les frères de Jésus (Actes 1, 14). L'Église est également une politie, ressemblant à l'Empire romain à un égard : elle est formée de plusieurs races. Ces races commencent à se rassembler à Pentecôte lorsqu'elles répondent à d'autres langues.

Les homélies d'Origène témoignent d'une riche compréhension de l'Église, bien qu'il ne s'agisse pas d'une ecclésiologie au sens de qui est dedans, qui est dehors et qui est responsable de l’organisation. Les évêques, les presbytres et les diacres sont des serviteurs, et non une classe supérieure, puisque tous les croyants sont des prêtres. Les évêques doivent être remerciés lorsqu'ils font le bien en servant les pécheurs comme des guérisseurs compatissants ; ils doivent être gentiment remis à leur place, comme le fait Origène dans sa première homélie sur le Psaume 67  et parfois supportés au nom de l'unité.

Origène ne voit pas l'Église comme un groupe exclusif sauvé de la politie, mais comme l'avant-garde d'une politie guérie et, en fait, d'un cosmos racheté.

Origène comprend l'Église comme le corps du Christ, non seulement selon 1 Corinthiens 12 et 14, mais aussi à la suite des paroles de Jésus dans Matthieu 25 : "Dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères et sœurs, c'est à moi que vous l'avez fait". Nous avons l'obligation, non seulement de percevoir chaque autre croyant comme le Christ, mais, en imitant le Christ nous-mêmes, d'être le Christ pour cette personne.

Dans son homélie sur le Psaume 81, où il parle explicitement de la divinisation du corps, Origène étend à tout être humain cette obligation de servir le Christ dans une autre personne, puisque tous sont faits à l'image de Dieu. Il reproche à la politologie romaine de concevoir les privilèges sur la base de la classe sociale et accuse les chrétiens de faire trop souvent de même. En tant qu'imitateurs du Christ, ceux qui ont des moyens aident ceux qui n'en ont pas et ceux qui ont atteint un certain degré de maturité rencontrent les moins avancés là où ils sont et les aident à progresser. Alors que tous deviennent de plus en plus un avec Dieu dans ce processus dynamique, ils deviennent de plus en plus un avec les autres, même si ce n'est pas au même degré.

Le rassemblement de l'Église en tant qu'unité dans laquelle des personnes de toutes classes sociales et de toutes races sont le Christ les unes pour les autres a une base métaphysique profonde. Origène a interprété Romains 7, 14 ("la loi est spirituelle") comme impliquant, entre autres choses, que l'ensemble du récit biblique, de la création à l'eschatologie, raconte, d'une manière qui tient compte de tous les niveaux de compréhension, l'origine de toutes choses et leur retour ultime à leur source.

Cela comprend deux domaines : le cosmos sensible, le domaine du devenir, où les corps sont situés dans l'espace et changent avec le temps  et le cosmos intelligible, le domaine immuable de l'être, qui comprend les concepts intellectuels et les normes éthiques. Ces deux domaines tirent leur existence d'une unité indifférenciée qui est à la fois leur source et leur but. L'humanité est, en termes pauliniens, un composite de corps, d'âme et d'esprit. Le corps appartient au domaine du devenir. L'âme, par sa nature rationnelle, nous donne, à nous les humains, accès au domaine de l'être. Origène ne considérait pas l'esprit humain comme un élément supplémentaire, mais comme l'ouverture de l'âme à Dieu. C'est là que l'esprit de Thomas d'Aquin a atteint son apogée. Cette ouverture fait de chaque être humain l'image de Dieu et le rend semblable à Dieu.

Lorsque nous sommes aliénés par le péché et séparés de Dieu, cette capacité ne s'exprime pas, nous laissant spirituellement morts. La Bible raconte comment cette aliénation s'est produite et comment, dans le plan divin, non seulement le cosmos intelligible mais aussi le cosmos sensible, y compris le corps humain, sont rachetés. L'espérance chrétienne, qui culmine dans la résurrection du corps, est donc la rédemption de l'espace et du temps.

"Quand le jour de Pentecôte fut pleinement arrivé, tous étaient réunis en un seul lieu" (Actes 2, 1). A Pentecôte, dans ces bonnes conditions, un rassemblement dans la prière - la rédemption de l'espace et du temps - commence à s'enflammer comme un feu ou comme une infection. L'espace commence à être racheté à Jérusalem, l'emplacement du Temple, où Dieu est présent à l'humanité, l'analogue géographique de l'esprit humain.

Comme l'a dit Origène dans une homélie sur le Psaume 73 : « Chacun de nous, dans la mesure du possible, se construit un lieu saint pour Dieu et construit un autel en lui-même ». Lorsque Dieu est dans son lieu saint (Psaume 67, 6), Dieu n'est nulle part et partout :

« Dieu, que ni le ciel ni la terre ne contiennent - car toute la création est plus petite que le créateur - devient présent dans l'espace lorsqu'il le choisit ; il devient présent dans l'espace dans un lieu saint, car partout où un lieu est souillé, Dieu ne peut être là. »

De ce lieu l'Apôtre et Salomon nous disent "Ne donnez pas de place au tentateur" (Ephésiens 4, 17), et "Si l'esprit d'un maître vous submerge, ne cédez pas votre place" (Ecclésiaste 10, 4).

Le moment où le temps[17] commence à être racheté est Pentecôte, "le jour du Seigneur" que les chrétiens célèbrent chaque fois qu'ils se réunissent. Dans les homélies, Origène parle de la manière dont nous rachetons le temps :

« Lorsque quelqu'un passe la journée à s'occuper de ses affaires, il la passe dans le vide... Il se peut que la plupart d'entre nous ne passent pas toute la journée dans le vide mais la plus petite partie dans le vide, la plus grande partie en dehors du vide ».

Les activités qui divinisent le corps dans l'espace rachètent également le temps :

« Les moments de rassemblement ne sont pas vides, les moments de prière ne sont pas vides, les moments de soins au voisin ne sont pas vides. Il n'est pas dans le vide, le temps où dans la hâte et sans se dérober, on est empressé pour son prochain. Mais il est vide le temps où je démolis des entrepôts pour en construire de plus grands et que je dis à mon âme : "Âme, tu as des biens en réserve pour de nombreuses années, détends-toi, mange, bois, jouis" (voir Luc 12, 18-19)...Aussi, ce n'est pas dans le vide que l'esprit est engagé dans la compréhension de Dieu, se préparant à comprendre les choses de Dieu. »

Ceux qui comprennent que la loi est spirituelle perçoivent dans l'histoire d'Israël la réintégration de l'humanité dispersée, libérée par deux alliances de la captivité de son intelligence perturbée qui nous sépare les uns des autres et nous exclut de la « Terre Sainte », la racine de notre être.

 

Pentecôte étendard de la guérison

Immédiatement après la dispersion de l'humanité à la tour de Babel, Dieu commence, avec l'appel d'Abraham, le processus de réintégration.

La rencontre de la Bible avec la métaphysique platonicienne a commencé, comme à peu près tout le reste du christianisme primitif, avec le judaïsme du Second Temple. Elle est très développée dans les œuvres de Philon[18], qu'Origène a beaucoup utilisé et cité dans son homélie sur le psaume 75. Les Juifs d'Alexandrie deux siècles avant Philon ont ouvert la voie en utilisant des termes philosophiques grecs pour traduire la Bible hébraïque : Dieu, du buisson ardent, dit à Moïse que son nom est "Je suis" (ho ōn). Les biblistes observent couramment le même phénomène dans les travaux d'autres juifs du second Temple, tels que les auteurs de la Sagesse, des Hébreux et de l'Évangile de Jean (la préface au moins).

Origène remarque ce lien surtout dans les écrits d'un autre juif du Second Temple, l'apôtre Paul. En Romains, la création entière révèle et attend Dieu. Dans la seconde épître aux Corinthiens, tous les croyants ont traversé la mer d'Égypte et ont été nourris dans le désert. En  Philippiens, le logos divin vient à nous, nous rencontrant là où nous sommes en prenant la forme d'un serviteur et en mourant sur la croix, pour nous entraîner vers l'unité avec Dieu. Dans 1 Corinthiens, en tant que membres parties du corps du Christ, nous sommes un peu capables de connaître et de prophétiser jusqu'à ce que, à la conclusion finale, lorsque Dieu sera "tout en tous", nous connaissions comme nous sommes connus, car, devenus uns avec Dieu, Dieu se connaîtra lui-même en nous.

Cette période de pandémie et de manifestations d’origines raciales nous permet d'apprécier d'une manière nouvelle la rencontre de la Bible et du platonisme par Origène.

Je pense qu’il fait référence à la présence du Christ avec un mot qui signifiait ordinairement "épidémie", car ce terme traduit le mieux le dynamisme spirituel de sa pensée ; lorsque le logos divin vient à l'humanité, il s'attrape et se répand comme un virus. Les rassemblements deviennent des événements de grande envergure. En Actes, au lendemain du feu de Pentecôte, l'Église connaît une croissance exponentielle, comme une pandémie.

Mais contrairement aux rassemblements qui ont propagé COVID-19 ou aux fléaux qu'Origène redoutait dans les villes du monde antique, Pentecôte est une pandémie de guérison. Aujourd'hui, brutalement, la plupart des blancs américains se rendent compte que leur système de justice pervertit systématiquement la justice. Des rassemblements interraciaux de masse dans les rues des USA et du monde entier exigent le respect des noirs américains.

En apprenant d'Origène, nous pouvons percevoir cette merveille - dans nos cœurs comme dans nos rues - comme une épidémie de guérison, la guérison de la politie humaine comme faisant partie de la rédemption continue du cosmos. Un président et un procureur général, qui comptent se maintenir au pouvoir en nous divisant, ont de bonnes raisons de s'inquiéter. L’opposition entre la dynamique du rassemblement et la dynamique de la dispersion n'a jamais été aussi marquée.

Origène nous permet de voir ces dynamiques sous un nouveau jour. Ses homélies sur les psaumes, récemment découvertes, sont, comme le reste de son œuvre, une ressource que l'Église d'aujourd'hui ne devrait pas négliger dans ses efforts pour répandre la guérison et la réconciliation.

 

Joseph W. Trigg s'est retiré du ministère paroissial dans le diocèse épiscopal de Washington. Il a beaucoup écrit sur Origène et sur l'interprétation biblique des premiers chrétiens. Lui et sa femme vivent à Louisville, dans le Kentucky.

Cet article a été publié pour la première fois dans le Commonweal Magazine[19]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

'Tongues As Of Fire'

Origen and the Pentecost

 

Joseph W. Trigg

United States

July 25, 2020

 

In 2012 the Bavarian State Library announced that it had found among its Greek manuscripts twenty-nine homilies by Origen that were thought to be lost. These are actual transcripts, the closest we can come to hearing the voice of the third-century teacher.

That voice fell silent after he was imprisoned and tortured in 251, when the Emperor Decius made the first concerted attempt to eradicate Christianity.

Lorenzo Perrone, the principal editor of the critical edition of the Munich manuscript, published in 2015, demonstrated that these homilies are Origen's last words, written shortly before his arrest.

Decius had good reason to want Origen silenced. Origen tells believers how our bodies together become God's body, a dynamic force spreading through the Roman politeia and transforming it.

The recovered homilies are on ten Psalms. These ten, an odd group, were selected because they posed problems. Origen took his time, spending the better part of an hour explaining no more than a dozen or so lines in each homily. Only three psalms were short enough to be covered by one homily.

Homilia means "discussion." I read and discussed the homilies with an old friend who has spent much of her career studying Origen's most brilliant and faithful legatee, Evagrius of Pontus.

Origen was a subtle thinker whose style, always complex and often compressed, can make him hard to figure out.

It does not help that, as a teacher, he thought that his audience would be more likely to listen if he kept them guessing what he was going to say next.

His approach to the Bible, though invariably logical, relies on assumptions that we no longer share. We had to think with Origen before he made sense. Solving one puzzle after another together was fun, since the effort was generously repaid.

I began writing a translation of the homilies in 2015. The work went slowly since I found myself easily distracted by the presidential campaign. My productivity improved on November 9, 2016.

I woke up hoping that what I remembered from the night before was a nightmare, but knowing that it wasn't. The third century was a tough time, too, but a welcome relief from what looked like the death of America as a multiracial democracy. (My translation should appear this winter as Volume 141 in the Fathers of the Church series.)

As I began to translate, I sought to reflect Origen's care in using words by consistently using one English word that corresponded to one important word in Greek. The hardest word to translate this way is the most important: logosLogos covers a wide range of meanings.

It signifies the divine Logos; the rational order of the cosmos; our capacity to comprehend that rational order; rational discourse; the message conveyed by the words of the Bible; or any "speech" such as a homily.

The problem with translating this word by many English words is that, in Origen, logos can mean two or more of these things at once.

Using different terms in translation, or even uppercase and lowercase to distinguish the divine Logos from logos as human speech, does not work. It negates the heart of Origen's teaching, the divinization of humanity, including human speech. The Bible itself is a logos that is both human and divine.

The word Origen uses for the "presence" of the divine Logos is tough to translate in a different way. He largely avoids the terms used for this in the Bible, parousia and epiphaneia, words that gave names to the liturgical seasons before and after Christmas.

Instead, he effectively introduced a new term into Christian usage, epidēmia. In Origen's time this word was occasionally used for official visits, but epidēmia usually meant what it sounds like: "epidemic."

 

Whenever believers gather in worship, it is Pentecost

Over the years I spent working on my translation, such attention to vocabulary became a habit of mind. On Pentecost Sunday this habit of mind briefly interfered with my worship. My wife and I attend the National Cathedral on YouTube as we shelter in place.

That Sunday Mariann Edgar Budde, the Episcopal Bishop of Washington D.C., opened the service with a heartfelt statement acknowledging the failure of our national leadership to address both the COVID-19 pandemic and the reality of systemic racism.

The next day, June 1, she had the opportunity to convey much the same message to the whole country when she responded to President Trump's bizarre photo op at St. John's Church in Lafayette Square.

The Pentecost Eucharist following her greeting was inspiring and beautiful, but I had a difficult moment when I heard the Pentecost story in Acts 2 read from the New Revised Standard Version.

The NRSV translation does just what I had been trying not to do for four years. It renders one Greek word, glōssa, as two different words: "tongues" (as of fire) appeared on the heads of those assembled, but they spoke (in other) "languages."

This was an unforced error. Glōssa, like "tongue" in English, is the word for a body part. Like "tongue," it also denotes something shaped like a tongue (a flame) and a purpose for which the tongue is used (language).

The author of Acts used the ordinary Greek words for "flame" and "language" in all other contexts. Here he or she deliberately chose to use one word with two meanings.

My intention in recounting this is not to join Robert Alter and David Bentley Hart in slamming contemporary Bible translations (though I agree with them). Rather, I want to share what came up when I got to wondering how Origen would approach the play on words in Acts 2.

Though I knew he would have thought it was important, I could not find Origen's explanation of glōssa; his homilies on Acts are long gone. I did discover that in his surviving writings he referred to the "tongues as of fire" as an image for the soul's purification.

This purification is benign when we are seeking it, like the gathered Church on Pentecost, or even when we are open to it, like the two disciples on the road to Emmaus. On the other hand, fire is a painful but necessary remedy for those who must experience the consequences of their bad choices before they turn back to God.

Origen considered what happened at Pentecost a moment that transcends time—whenever believers gather in worship, it is Pentecost, the Day of the Lord.

The Spirit is not a material substance divided up and parceled out; on Pentecost believers share the Spirit much as physicians share the science of medicine.

Together the men and women who followed Jesus, already gathered in earnest prayer and study, suddenly catch on to the spiritual intention of the Hebrew Bible and share that understanding with more and more people from all nations, who catch on too.

This is a great wonder (thauma). When Origen discusses thauma in the homilies, I avoided translating it as "miracle," which implies supernatural intervention in the way things naturally are. Like Plato, who called thauma the beginning of philosophy, Origen believed that wonder arises when, by logos, we actually catch on to the way things are.

When I found that I could not find anything in Origen's works about the use of glōssa in Acts 3–4, I decided not to guess what he might have said but to take the use of the word as a problem for myself, informed by his perspective.

That is what Origen would have wanted. In his homily on Psalm 81 (Septuagint numbering), he says that a teacher's goal is not to make another student, but to make another teacher. In pursuing this goal, the teacher imitates Christ, whose epidēmia was not intended to make us servants, but to make us friends, gods like him.

Origen himself had studied with Ammonius Saccas, a Platonist philosopher. Ammonius must have been an extraordinary teacher. Plotinus, the other great genius of the third century, was also his student.

Origen's understanding of Pentecost as an intellectual breakthrough resonates with a remarkable passage from Plato's Seventh Letter (which he considered genuine) describing a breakthrough in understanding philosophy:

After practicing detailed comparison of names and definitions and visual and other sense perceptions, after scrutinizing them in benevolent disputation by the use of question and answer without jealousy, at last in a flash the understanding of each blazes up, and the mind, as it exerts all its power to the limit of human capacity, is flooded with light. (344b, translated by L. A. Post)

Origen does not cite philosophers in the Psalm homilies, though his training as one constantly shows through. He does discuss how philosophers train their students. Like Jesus, who trained his disciples with parables, they give them problems to solve.

The homilies enable us to observe one such problem, a phrase that was puzzling in its context, as it gnawed at Origen. His homilies follow a standard pattern: (1) an introduction sets forth a theme; (2) the main body of the homily discusses the text phrase by phrase; and (3) a concluding exhortation incorporates the last phrase covered without much explanation. When there is more than one homily on a Psalm, the next homily takes up where he left off.

One homily breaks that pattern. Origen incorporated the phrase "And I said, now I have begun" into the concluding exhortation of his first homily on Psalm 76. In the following homily, rather than starting with the next phrase, he tells his congregation that he had a lot more to say about "now I have begun."

There is a problem. Why does the Psalmist say "now I have begun" eleven lines into the Psalm? When does someone say "now I have begun" when he or she is already in the midst of doing something?

A person says that when he or she makes a breakthrough. He learns to do something right that he has long been doing wrong. She finds that a skill she has been struggling to master now requires little effort.

Origen piles on examples culminating in the same breakthrough that occurred on Pentecost: the realization that the whole law is spiritual.

Paul wrote that the spiritual person compares spiritual things with spiritual things (1 Corinthians 2:13). For Origen, this is what Hellenistic literary criticism called "letting Homer clarify Homer."

The Bible interprets itself when we compare other places in the Bible where the word glōssa occurs to Acts 2. One obvious place is in Genesis 11.

There God decides to confuse "the tongue," glōssa, of Noah's descendants, who are up to no good building the Tower of Babel. When, speaking many tongues, they no longer understand one another, humanity abandons that misguided project and scatters over the earth.

In the Septuagint account of the tower, glōssa translates the Hebrew word for "lips," another body part associated with speech.

The "other tongues" with which the Church proclaims the mighty works of God thus begin to gather a scattered humanity, fragmented into diverse ethnic communities. This is an obvious interpretation of Acts 2.

Some churches today celebrate ethnic diversity in their congregations by reading the Gospel in several languages on Pentecost Sunday. For someone who has learned to think like Origen, though, that is only the beginning.

 

Origen can help us perceive an epidemic of healing

What drew my attention to the shift from "tongues" to "languages" in the NRSV is that it renders invisible a vital concept in the homilies on the Psalms, the divinization of the body.

The tongues in the mouths of the members of the Church spread the flames that have enlightened them in a flash of understanding. Their language, divinized, has become God's language; their bodily tongues, divinized, God's tongue.

As Origen says in a homily on Psalm 80, God does not have a mouth; nonetheless, "it is possible for God to use the tongue of a just person as his own tongue and for God to use the mouth of a holy person, so 'The mouth of the Lord has spoken these things.'"

Recognizing that a prophet is an instrument of God whose mouth becomes God's mouth does not eliminate the distinctive contributions of the various biblical authors, making the Holy Spirit the sole author of the whole Bible.

The prophet does not become someone else, losing his or her voice, perspective, and concerns. Deborah is her genuine self in the image of God.

Origen went on to say that the eyes can serve as a scientific instrument, providing evidence from which we can wonder at the rational order of the cosmos: "But I say that a god is also employing the eyes of a just person, eyes dim so as not to see iniquity, but wide open so as to see heaven and the cosmos, because God is using them as instruments of understanding to see how whatever God made is 'very good' (Genesis 1:31)." Indeed, the entire human body is divinized as we become Christ for others:

So God makes use of the ears of the just person and the hand, so that through the ears of the just person a holy logos [discourse] may be received, but a specious one rejected. And if you ever see the hand of a believer stretched out in generosity, do not reckon that such well-doing has come about from a human being so much as from God, who is making use of the just person's hand to relieve those who need relief from God....

God also uses the beautiful feet of the one who proclaims good news (see Isaiah 52:7).... Blessed is that person, who entirely becomes, in all the parts of the body, through the entire faculty of sensation, an instrument of Christ, an instrument of God's logos in such a way as to say: "I no longer live, but Christ lives in me" (Galatians 2:20).

This divinization of the human body is most fully achieved in the Church, the body of Christ.

This is the body that begins to gather itself in one place at Pentecost. A careful reader trained by Origen would notice that this nucleus of the Church included "women," along with Mary the mother of Jesus, the disciples, and Jesus' brothers (Acts 1:14).

The Church is also a politeia, resembling the Roman Empire in one respect: it is formed out of many races. These races begin to gather as they respond to other tongues at Pentecost.

Origen's homilies exhibit a rich understanding of the Church, though not an "ecclesiology" if that only means who is in, who is out, and who is in charge of an organization.

Bishops, presbyters, and deacons are servants, not a higher class, since all believers are a priesthood.

Bishops are to be commended when they do well, serving sinners as compassionate healers; to be gently put in their place, as Origen does in real time in his first homily on Psalm 67; and to be endured for the sake of unity when they lord it over others.

Origen sees the Church not as an exclusive group saved from the politeia, but as the vanguard of a healed politeia and, indeed, of a redeemed cosmos.

Origen understands the Church as the body of Christ, not only in terms of 1 Corinthians 12 and 14, but also in terms of Jesus' words in Matthew 25: "to the extent you have done it to one of the least of these my brothers and sisters, you have done it to me." We have an obligation, not simply to perceive every other believer as Christ, but, imitating Christ ourselves, to be Christ for that person.

In his homily on Psalm 81, where he explicitly discusses the divinization of the body, Origen extends to every human being this obligation to serve Christ in another person, since all are made in God's image.

He rebukes the Roman politeia for extending privileges on the basis of social class and charges that Christians themselves all too often do the same.

As imitators of Christ, those who have means assist those who do not. Those who have reached a measure of maturity meet the less advanced where they are and assist them to make progress. As all become increasingly one with God in this dynamic process, they become increasingly one with—though not the same as—each other.

The Church's gathering as a unity in which persons of all social classes and races are Christ to each other has a profound metaphysical basis. Origen interpreted Romans 7:14 ("the law is spiritual") to imply, among other things, that the entire biblical narrative, from creation to the eschaton, recounts, in a way that accommodates all levels of understanding, the origin of all things and their ultimate return to their source.

This includes two realms: the sensible cosmos, the realm of becoming, where bodies are located in space and change with time; and the intelligible cosmos, the unchanging realm of being, which includes mathematical concepts and ethical standards.

Both realms derive their being by emanating from an undifferentiated unity that is both their source and their goal.

Humanity is, in Pauline terms, a composite of body, soul, and spirit.

The body belongs to the realm of becoming. The soul, by its rational nature, gives us, composite humans, access to the realm of being. Origen understood the human spirit not as some additional component but as the soul's opening to God.

This is where Aquinas got the apex mentis. This opening makes every human being the image of God and akin to God. When we are alienated by sin from each other and from God, that capacity is not expressed, leaving us spiritually dead.

The Bible relates how this alienation came about and how, in the divine plan, not just the intelligible but the sensible cosmos, including the human body, are redeemed. The Christian hope, culminating in the resurrection of the body, is thus the redemption of space and time.

"When the day of Pentecost had fully arrived, all were together in one place" (Acts 2:1). At Pentecost, with the right conditions, a gathering in prayer—the redemption of space and time—starts spreading, "catching" like a fire or like an infection. Space begins to be redeemed in Jerusalem, the location of the Temple, where God is present to humanity, the geographic analog to the human spirit.

As Origen put it in a homily on Psalm 73: "Each of us, to the extent possible, builds for himself a holy place to God and builds an altar within." When "God in his holy place" (Psalm 67:6), God is nowhere and everywhere:

God, whom neither heaven nor earth contains—for all creation is smaller than the creator—when he chooses, becomes spatially present; he becomes spatially present in a holy place, for wherever a place is defiled and profane, God cannot be there. What [not "where"]...is the holy place?

That place concerning which the Apostle tells you "Do not give a place to the devil" (Ephesians 4:17), concerning which Solomon says to you "if the spirit of one having authority rises upon you, do not cede your place" (Ecclesiastes 10:4).

The "time" when time begins to be redeemed is Pentecost, "the Day of the Lord" that Christians celebrate whenever they gather. In the homilies Origen speaks about how we redeem the time:

When someone spends the day on bodily affairs, he spends it in emptiness, even when, at intervals, it is not only spent in emptiness but in something good. And may it be that most of us may not pass the whole day in emptiness, but the lesser part in emptiness, the greater part not in emptiness!

The activities that divinize the body in space also redeem time:

Times of gathering are not in emptiness, times of prayer are not in emptiness, times of looking after one's neighbor are not in emptiness. It is not in emptiness, when, in haste and without shirking, we are zealous for our neighbor.

But it is in emptiness, when I take down storehouses and build bigger ones and I say to my soul "Soul, you have goods laid up for many years, relax, eat, drink, enjoy" (see Luke 12:18–19).... Also it is not "in emptiness of mind" when the mind is engaged in understanding God, preparing itself to understand the things of God.

Those who understand that the law is spiritual perceive in the story of Israel the reintegration of scattered humanity, twice released from its captivity to the mental disturbances that separate us from each other and alienate us from the Holy Land, the ground of our being.

 

Pentecost is a superspreader of healing

Immediately after humanity scatters at the Tower of Babel, God begins, with the call of Abraham, the process of reintegration.

This fusion of the Bible story with Platonic metaphysics began, like just about everything else in early Christianity, in Second Temple Judaism.

It is most fully developed in the works of Philo, whom Origen used extensively and cited in his homily on Psalm 75. Alexandrian Jews two centuries before Philo paved the way for this fusion when they used Greek philosophical terms to translate the Hebrew Bible; God tells Moses from the burning bush that his name is "Being" (ho ōn).

Biblical scholars commonly observe the same phenomenon in the work of other Second Temple Jews such as the authors of Wisdom, Hebrews, and (the preface at least) of the Gospel of John.

Origen finds it preeminently in the writings of yet another Second Temple Jew, the Apostle Paul. In Romans the whole Creation reveals and waits for God. In Second Corinthians all believers have passed through the sea out of Egypt and have been supplied with food and drink in the wilderness.

In Philippians the divine Logos comes to us, meeting us where we are by taking on the form of a servant and enduring death on the cross, enabling us to stretch toward the goal of unity with God.

In First Corinthians, as members of the body of Christ "in part," we are able to know and to prophesy "in part" until, at the final consummation when God is "all in all," we shall know even as we are known because, one with God, God will know himself in us.

This time of pandemic and mass interracial demonstrations enables us to appreciate Origen's fusion of the Bible and Platonism in a new way.

Perhaps he consistently referred to Christ's presence with a word that ordinarily meant "epidemic" because that term best conveyed the spiritual dynamism of his thought; when the divine logos comes to humanity, it catches and spreads.

Gatherings become superspreader events. In the Pentecost story in Acts, in the immediate aftermath of ignition, the Church grows exponentially, like a pandemic.

Unlike the gatherings that spread COVID-19, though, or the plagues that Origen dreaded in the cities of the ancient world, Pentecost is a superspreader of healing.

Now, all of a sudden, most white Americans catch on to the way things are—our "system of justice" systematically perverts justice. Mass interracial gatherings on the streets of America and around the world demand respect for black Americans.

Learning from Origen, we can perceive this "wonder"—in our hearts as well as in our streets—and as an epidemic of healing, the healing of the human politeia as part of the ongoing redemption of the cosmos. A president and attorney general, who count on holding on to power by dividing us, have good reason to worry.

The contrast between the dynamics of gathering and the dynamics of scattering has never been so stark.

Origen enables us to see these dynamics in a new light. His newly discovered homilies on the Psalms, like the rest of his work, are a resource the Church today should not neglect in its endeavor to spread healing and reconciliation.

 

Joseph W. Trigg retired from parish ministry in the Episcopal Diocese of Washington. He has written extensively on Origen and early Christian biblical interpretation. He and his wife live in Louisville, Kentucky.

This article first appeared in Commonweal Magazine

 

 

 

[1] Origène est le père de l'exégèse biblique. Théologien de la période patristique, il est né à Alexandrie v. 185 et mort à Tyr v. 251. Il est un des Pères de l'Église.

[2] 201-251

[3] Politeia : concept  grec qui allie la citoyenneté au mode d'organisation de la cité (Respublica romaine)

[4] Évagre le Pontique(346-399) est un moine du IVe siècle ayant vécu dans le désert  d'Égypte ; il fut le premier qui systématisa la pensée ascétique chrétienne.

[5] Election présidentielle américaine du 8 novembre 2016

[6] Visite, qui circule dans le peuple

[7] Au moment où D. Trump s’exprimait depuis la Maison Blanche sur les manifestations liées à la mort de George Floyd, la police délogeait brutalement des centaines de manifestants pacifiques rassemblés à l’extérieur. Cette évacuation avait pour objectif de permettre au Président de traverser à pied Lafayette Square pour se rendre, entouré de proches et de membres de son cabinet, devant l’église Saint John, église emblématique des présidents américains. Sur place, Donald Trump s’y est fait photographier, une bible à la main.

[8] Voir l’article de LCI : « Nouvelles traductions du lectionnaire »

[9] Professeur d’hébreux à l’université de Californie (Berkeley). A publié en 2018 une traduction -et les commentaires associés- de la bible hébraïque qui a fait date.

[10] Philosophe et théologien de l’Institut des Etudes Avancées de l’université Notre-Dame (Indiana). A publié en 2017 une nouvelle traduction remarquée du NT.

[11] Ammonios Saccas (IIIe siècle) est un philosophe grec d'Alexandrie, souvent considéré comme le fondateur de l'école néoplatonicienne de Rome.

[12] Plotin (205 - 270), philosophe gréco-romain, est le représentant principal du courant philosophique appelé « néoplatonisme ». L'originalité de la pensée de Plotin tient à une réflexion d’une grande subtilité, élaborée à partir de Platon et d'Aristote, où métaphysique et mystique se fondent et se confondent. 

[13] Psaume 76, 11 (numérotation grecque)

Bible Gateway : « And I said, now I have begun », traduction AELF : « J'ai dit : une chose me fait mal », traduction TOB : « Je le dis, mon mal vient de là »

[14] « Et nous en parlons, non avec les discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles ». (Bible Louis Segond)

[15] Débora (livre des Juges) est une des rares prophétesses de la Bible et la seule femme parmi les Juges d'Israël.

[16] « Comme ils sont beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut, et vient dire à Sion : Il règne, ton Dieu ! »

[17] Le temps kairos, le juste instant

[18]Philon d’Alexandrie, philosophe juif hellénisé né à Alexandrie vers 20 av. J.-C., où il est mort vers 45 apr. J.-C. est contemporain des débuts du christianisme.

[19] Commonweal est un journal catholique édité et géré par des laïcs de la ville de New York. Fondé en 1924 il est le plus ancien journal d'opinion d'inspiration catholique aux États-Unis.

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