Un groupe catholique-anglican

Un groupe catholique-anglican à l'origine des développements œcuméniques en cours

Le Groupe de Malines poursuit le mandat de Vatican II d'œuvrer pour le rétablissement de la pleine unité des chrétiens.

Thomas O'Loughlin

Royaume-Uni

26 mai 2022

Le décret du Concile Vatican II sur l'œcuménisme, Unitatis redintegratio, a sorti l'œcuménisme des périphéries du monde catholique pour en faire une préoccupation centrale. Publié le 21 novembre 1964 au cours de la troisième session du Concile, il affirme que chaque catholique doit travailler à l'unité pour laquelle le Seigneur Jésus a prié (Jn 17, 21).

Il exprimait sa vision dans un langage très clair :

  • La réalisation de l'union est l'affaire de toute l'Église, des fidèles comme des pasteurs. Ce souci est pour chacun, selon son talent, qu'il l'exerce dans sa vie chrétienne quotidienne ou dans sa recherche théologique et historique.
  • Il révèle en partie le lien de fraternité entre tous les chrétiens et il contribue à l'unité pleine et parfaite que Dieu, dans sa bonté, veut.
  • Tout renouveau de l'Église est essentiellement fondé sur une plus grande fidélité à sa propre vocation. C'est sans aucun doute la base du mouvement vers l'unité.

Cependant, les progrès de l'œcuménisme sont incroyablement lents. Si dans chaque Église, certains s'imaginent que cela signifie "compromis", c’est pour les partisans de la ligne dure un gros mot !

Mais le travail continue.

Malgré l'inertie - que certains ont décrite comme "un hiver œcuménique" - de nombreux groupes travaillent discrètement en arrière-plan pour examiner les problèmes et les questions qui séparent les Églises.

L'un de ces groupes est le Groupe de conversations de Malines[1], un groupe international de théologiens anglicans et catholiques romains engagés dans le dialogue et l'unité.

Le groupe tire son nom et son inspiration des premières Conversations de Malines dans les années 1920. Ces premiers échanges informels, tenus entre un petit groupe d'anglicans britanniques et de catholiques romains européens, ont été rendus possibles grâce aux liens d'amitié entre les membres du groupe ; elles ont constitué un important tremplin vers l'Unitatis redintegratio[2].

L'actuel groupe de Malines est placé sous le patronage du cardinal Jozeph De Kesel (archevêque de Malines-Bruxelles) et de l'archevêque Rowan Williams (ancien archevêque de Canterbury).

Il bénéficie de la bénédiction et du soutien du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens et du Palais de Lambeth[3]. Comme son prédécesseur, il s'agit d'un groupe informel, mais qui tente de rester en contact étroit avec les organes œcuméniques officiels des deux communions.

Il comprend des membres de la Commission internationale anglicane catholique romaine (ARCIC) et de la Commission anglicane catholique romaine pour l'unité et la mission (IARCCUM).

Rencontre à Madère

Depuis 2013, le groupe de Malines se réunit chaque année - mais la récente réunion du 14 au 19 mai sur l'île portugaise de Madère était la première depuis le début de la pandémie.

Le lieu a été choisi pour commémorer la rencontre accidentelle, en 1890, d'un lazariste français, Fernand Portal, avec un Anglais, le vicomte Halifax. Leurs discussions informelles et leur amitié ont posé la première pierre des efforts œcuméniques modernes de l'Église catholique romaine avec les Églises de la Réforme.

Un œcuménisme de cocktail

Nombreux sont ceux qui considèrent que le travail des théologiens dans les dialogues œcuméniques n'est qu'une perte de temps. Pour certains, il ne s'agit que de traiter des problèmes d'hier. Pour d'autres, il s'agit simplement d'universitaires qui font leur travail d’universitaires. Un commentateur a récemment déclaré :

Je n'ai jamais vraiment compris si et comment cela faisait avancer les choses. J'aime l'œcuménisme de cocktail comme tout le monde, mais je pense que ces discussions ne vont pas plus loin... un rassemblement agréable autour de gin et de tonic.

Mais ce travail est important - et voici pourquoi :

  • Les vieux problèmes de notre histoire religieuse ont tendance à ressurgir comme Frankenstein. Qui, en 1970, aurait pu imaginer la régression vers une vision cléricaliste de l'Eucharistie ? En 1970, peu de gens ont pris le temps de montrer pourquoi les réformes de Vatican II étaient nécessaires. On supposait que la mauvaise théologie serait oubliée. Le Groupe de Malines part du principe qu'il faut explorer les mauvaises théologies pour les réfuter.
  • Il existe de nombreuses plaies qui séparent non seulement les Églises, mais aussi les familles et les personnes. L'une d'entre elles est la position selon laquelle les anglicans ne peuvent pas vraiment célébrer l'Eucharistie. Ce groupe a publié un document important, Sorores in spe, qui peut aider les deux Églises à aller de l'avant.
  • De nouveaux problèmes apparaissent sans cesse - par exemple, la question des femmes et du ministère - et les factions et groupes de pression génèrent souvent plus de chaud que de lumière. La question de l'ordination des femmes n'est pas seulement un sujet brûlant au sein de l'Église catholique, mais une question cruciale entre l'Église catholique romaine, les Églises de la Réforme (qui toutes ordonnent les femmes) et l'Église vieille-catholique (qui ordonne également les femmes). De petits groupes de théologiens travaillant ensemble peuvent être en mesure de générer la lumière pour toutes les Églises et d'éliminer un peu du chaud de la division.

Je suis sûr que de nombreux cocktails ont été bus pendant la réunion à Madère (ainsi qu'un verre ou deux de son célèbre vin), mais en parallèle de beaucoup de théologie.

Au cours de la réunion, le groupe a visité le Reid's Palace Hotel, où Halifax et Portal se sont rencontrés, et son vieux couloir du XIXe siècle ; quelqu'un a fait la remarque suivante : "C'est comme l'œcuménisme - un long chemin".

Thomas O'Loughlin est prêtre du diocèse catholique d'Arundel et Brighton et professeur émérite de théologie historique à l'Université de Nottingham (Royaume-Uni).

Son dernier livre est “Eating Together, Becoming One : Taking Up the Pope Francis's Call to Theologians”, Liturgical Press, 2019 (Manger ensemble : suivre l’appel du pape François aux théologiens, Presses liturgiques, 2019)

Pour en savoir plus : https://international.la-croix.com/news/religion/catholic-anglican-group-behind-on-going-ecumenical-explorations/16141

Traduit par Jean-Paul 

 

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Date de dernière mise à jour : 23/06/2022