Australie - Rater le bus Comment l'Église catholique n'a pas réussi à s'adapter depuis le concile Vatican II -

Rater le bus

Comment l'Église catholique n'a pas réussi à s'adapter depuis le concile Vatican II

 

Eric Hodgens

Australie

18 juillet 2019

 

Depuis la Seconde Guerre mondiale (1939-1945), l’Église catholique occidentale est visiblement en déclin. C’est une part d'un immense changement culturel d’ordre mondial.

La chrétienté était la structure sociale et politique dominante de l’Europe du IVe au XVIIe siècle. L’époque de Louis XIV fut une époque charnière ; mais alors qu’il était très lié avec le pouvoir dans la société française, les Lumières faisaient rage et minaient la structure même de la chrétienté.

Parallèlement un nouvel ordre social démocratique, basé sur les principes des Lumières, était mis en place aux États-Unis de l’autre côté de l'Atlantique. La démocratie a triomphé et l'Église est restée une veuve sans pouvoir.

Le plein effet des idées des Lumières, comme le pouvoir du peuple et les droits individuels de l'homme, a pris place dans la reconstruction de l'Europe après la dévastation de la Seconde Guerre mondiale. L'Église semblait ne pas avoir changé, mais elle n'était plus la force politique qu'elle avait été.

Le Concile Vatican II (1962-1965) a été appelé à réfléchir à ce nouvel ordre mondial. L'image de l'Église catholique - celle d'une organisation hiérarchique mise en place par Dieu pour son peuple - a été déplacée.

Les caractéristiques majeures du nouvel ordre mondial - égalité et interactivité - ont remplacé celles de l'ordre antérieur aux Lumières - hiérarchie et immobilisme -. L'Église s'adaptait au monde moderne, mais seulement sur le papier.

Beaucoup de ceux qui avaient été soumis à l'ordre ancien ont senti ce décalage et abandonné l'église. Le rythme des départs - assez faible initialement - devint gigantesque.

Vatican II nous avait parlé de l'égalité des hommes et de la nécessité de prendre en compte les changements sociaux rapides, mais il appartenait aux membres de l’Eglise de  s'adapter s'ils voulaient mettre un terme à l'effondrement.

Le Concile s'est terminé en 1965. Mais l'adaptation au nouvel ordre mondial s'est enlisée. L'autobus de l’opportunité est passé plusieurs fois et l'Église l'a raté. Pourquoi ?

Un mouvement de restauration de droite s'est mobilisé pour mettre un terme à toute adaptation et pour rétablir l'ordre ancien. Le groupe qui le conduit, restreint mais bien structuré, a eu une influence majeure sous le pape Paul VI. Mais il trouva un véritable champion en Jean-Paul II. Il en fut de même sous Benoît XVI.

Sa méthodologie pour étendre son pouvoir consistait à nommer des évêques partageant les mêmes idées. Le cardinal George Pell était le chef de file australien : il a réussi à nommer ses propres hommes archevêques de Sydney, Melbourne et Hobart.

 

Agiter le drapeau idéologique

La scène australienne évolue rapidement. Le mariage entre personnes de même sexe et l'aide à mourir ont fait l’objet de lois. Le champion de la guerre des cultures, le cardinal Pell, a été reconnu coupable d'abus sexuel sur enfant et est en prison. Les demandes de réparation financière sont en augmentation, épuisant rapidement les réserves des diocèses et des ordres religieux.

La campagne sur le mariage homosexuel était un sujet brûlant pour les conservateurs du Vatican et de l'Australie. Les évêques australiens l'ont décrié comme étant "contre nature et contre Dieu" mais des sondages ont montré que les catholiques n'étaient pas d'accord avec eux.

L'archevêque de Sydney a brandi le drapeau idéologique mais a été ignoré. Un autre évêque aurait fait un don de 250 000 dollars à la cause "Non" mais en vain.

Les conservateurs critiquent maintenant la liberté de religion pour leur permettre de maintenir la discrimination religieuse dans leurs institutions. Un scénario similaire s'est produit pour la question de l'aide à la mort. L'appel de la hiérarchie a été de criminaliser l'aide à mourir tandis que la plupart des catholiques disaient de laisser les gens libres de décider.

L'archevêque Comensoli, de Melbourne, a interdit à la célèbre sœur bénédictine américaine Joan Chittester de prendre la parole lors d'une conférence nationale sur l'éducation catholique à Melbourne. Fidèle à Pell, son mentor, Comensoli annonce le retour du vieux temps de la censure et de la misogynie épiscopales, qui avaient disparu depuis longtemps.

Enfin, le livre de Frédéric Martel, Gomora, a choqué le monde. Wotyjla et Ratzinger ont mené une politique homophobe incessante au Vatican. Pourtant, la bureaucratie papale est extrêmement homosexuelle, compromise et hypocrite. Certains des plus puissants qui condamnent l'homosexualité sont eux-mêmes des homosexuels actifs.

La publication de ce livre rend les catholiques dégoûtés et honteux.

Nous (La première personne parce que je m'identifie personnellement à cette Eglise dans l’infortune) avons raté trois grandes opportunités d'adaptation : la mission, le message et le ministère.

La mission.

Les évêques sud-américains ont été les premiers à renouveler la mission en choisissant l'option préférentielle pour les pauvres. Ils ont mis en place des communautés chrétiennes de base pour répondre aux besoins des pauvres et les protéger de l'oppression. Jean-Paul II a délibérément combattu cette tendance en remplaçant les évêques pastoraux par des évêques rigides.

Le message.

La catéchèse centrée sur la vie a commencé à réarticuler le christianisme en tant que mode de vie plutôt qu’en un ensemble de doctrines à mémoriser et appliquer. Les conservateurs, sous Joseph Ratzinger (le futur Benoît XVI), nous ont légué le catéchisme catholique : plus de doctrine et de règles, y compris en contradiction avec ce que croient les catholiques traditionnels.

Le ministère.

Les vocations sacerdotales ont diminué après la Seconde Guerre mondiale malgré le baby-boom. Personne ne veut de ce style de vie réservé aux hommes célibataires. Dans ce cas l'appel de Vatican II à l’adaptation  ne pouvait franchir le mur de pierre du cléricalisme.

Le clerc d'aujourd'hui ressemble au chevalier blessé du Saint Graal de Monty Python, mais il ferme toujours la porte du ministère.

La liturgie, le ministère central, devrait être adaptée à la culture locale. Au lieu de cela, elle est devenue le champ de bataille de la guerre culturelle, conduisant à des liturgies et un langage inaudibles. C’est une victoire à la Pyrrhus pour le camp Jean-Paul II / George Pell parce que les gens abandonnent non seulement la liturgie, mais aussi l'Église. Et une fois partis ils ne reviennent pas. L'Eglise catholique est en chute libre.

La plupart des possibilités d'adaptation ont été ratées. Des paroisses fonctionnent encore bien, mais elles seront les dernières. Leurs pasteurs sont inquiets. Ils croient que leur ministère est toujours nécessaire et apprécié par les croyants encore présents. En offrant un service plein de foi, ils sont toujours dans le bus, mais c’est peut-être le dernier.

 

 

Eric Hodgens est théologien et un prêtre aîné de l'archidiocèse de Melbourne en Australie.

 

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Missing the bus

How the Catholic Church has failed to adapt since Vatican Council II

Eric Hodgens

Australia

July 18, 2019

Since the Second World War (1939-45), the Western Catholic Church has been visibly in decline. This is part of a huge cultural change that is worldwide.

Christendom was the prevailing social and political structure of Europe from the fourth to 17th centuries. A high point was Louis XIV, hand in hand with the French hierarchy. But at the same time the Enlightenment was raging, undermining its very core structure.

Meanwhile, across the Atlantic in America a new, democratic social order was being established, based on Enlightenment principles. Democracy won the day and the Church was left a disempowered widow.

The full effect of Enlightenment ideas, like power from the people and individual human rights, came to the fore in the reconstruction of Europe after the devastation of WWII. The Church still looked the same, but was no longer the political force it had been.

The Second Vatican Council (1962-65) was called to work out how to handle this new world order. It changed the preferred image of the Catholic Church from that of a hierarchical organization set up by God to the People of God on a common journey.

The egalitarian and interactive qualities of the new world order replaced the hierarchical and static qualities of the pre-Enlightenment order. The Church was adapting to the modern world. But only on paper.

Many who formerly had submitted to the old order had sniffed the breeze and abandoned the church. That flow of departures — small enough to start — was to grow into a torrent.

Vatican II had alerted us to equality of membership and the need to adapt to fast social changes, but it was up to the membership to be nimble-footed in adapting if it was to stem the collapse.

The Council finished in 1965. But the adaptation to the new world order got bogged down. The opportunity bus has driven by time after time and the Church has missed it. Why?

A restorationist, right-wing movement mobilized to halt any further adaptation and to reinstate the old order. This small but well-connected group had major influence under Pope Paul VI. But it found a real champion in John Paul II and then under Benedict XVI.

Their methodology in extending their power was to appoint like-minded ideological bishops. The Australian leader of the pack was Cardinal George Pell, who has succeeded in getting his own men appointed as archbishops of Sydney, Melbourne and Hobart.

Waved the ideological flag

The Australian scene is fast changing. Same-sex marriage and assisted dying are now legislated. Culture war champion Cardinal Pell has been convicted of child sexual abuse and is in jail. Financial compensation claims are growing, rapidly depleting the reserves of dioceses and religious orders.

The same-sex marriage campaign was a hot button issue for the Vatican and Australian restorationists. Australian bishops decried it as "against nature and against God" but polls showed that Catholics disagreed with them.

The archbishop of Sydney waved the ideological flag but was ignored. Another bishop was reported as donating $250,000 to the "No" cause — but in vain.

The restorationists are now crying foul on religious freedom to enable them to continue religious discrimination in their institutions. A similar scenario happened on assisted dying. The hierarchy's call is to continue criminalization of assisted dying while most Catholics say leave people free to decide.

Melbourne's Archbishop Comensoli has banned the renowned American Benedictine Sister Joan Chittester from speaking at a national Catholic education conference in Melbourne. True to Pell, his mentor, Comensoli signals a return to the bad old days of episcopal censorship and misogyny, which we thought were long gone.

Finally, Frederick Martel's book, Inside the Closet of the Vatican, has shocked the world with its exposé. The Vatican has pursued a relentless, homophobic policy under Wotyjla and Ratzinger — yet the papal bureaucracy are overwhelmingly gay, heavily compromised and hypocritical. Some of the loudest to condemn homosexuality are themselves active gays.

As this book sinks in, Catholics will become more disgusted and ashamed.

We (first person because I personally identify with this hapless Church) missed three main opportunities for adaptation: mission, message and ministry.

Mission: The South American bishops were the early adopters of a new mission — the preferential option for the poor. They set up Basic Christian Communities to serve the needs of the poor and protect them from oppression. John Paul II deliberately reversed this by replacing pastoral bishops with hard-liners.

Message: Life-centered catechesis started rearticulating Christianity as a way of life to be lived, rather than a set of doctrines to be memorized. The restorationists, under Joseph Ratzinger (the future Benedict XVI), gave us the Catholic Catechism — more doctrine and rules including positions at odds with what mainstream Catholics believe.

Ministry: Counterintuitively, priestly vocations have been dropping since World War II, even during the baby boomer period. Proportions were dropping.

Nobody wants that lifestyle, especially as a male preserve with celibacy attached. Vatican II's call for nimble-footed adaptation could not break through the rock barrier of clericalism.

Today's cleric may be like the wounded knight in Monty Python's Holy Grail, but he still blocks the ministry door.

Liturgy, the central ministry, was to be adapted to local culture. Instead, it became a culture war battleground resulting in unspeakable liturgies and language.

This has been a Pyrrhic victory for the John Paul II-George Pell camp because the people are abandoning not only the liturgy but the Church itself. And once they go they do not return. The Catholic Church is now in freefall.

Most of the opportunities for adaptation have been missed. Some parishes are still working well, but they will be the last. Their worried pastors can take heart that their ministry is still needed and valued by the remnant of believers. By providing faithful service they are still on the bus — even though it may be the last.

 

Eric Hodgens is a theologian and senior priest from the Archdiocese of Melbourne in Australia.

 

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