Là où se trouve l'action

Là où se trouve l'action

Le ministère dans l'Église devient le centre du renouveau

Rita Ferrone

5 janvier 2022

États-Unis

Récemment l’agitation a grandi autour de la question des ministères dans l'Église catholique - dans la liturgie et dans la vie ecclésiale.

Qui exerce un ministère ? Comment ce service est-il honoré comme un don de l'Esprit Saint pour l'édification du Corps du Christ ? Les ministères découlent-ils de la liturgie et nous ramènent-ils à la liturgie ? Qui est le sommet et la source de la vie de l'Église ?

Il convient de résumer certains développements récents, dont beaucoup dans l'année écoulée, et d'en examiner les implications.

La possibilité d'ouvrir le diaconat permanent aux femmes continue de susciter de nombreuses discussions, tant au niveau de la base des baptisés qu'à Rome.

Une organisation populaire « Discerner pour le diaconat »[1]  prend de l'ampleur, et deux comités ont été formés à Rome sous l'égide du pape François pour étudier la question.

Le second vient de commencer à se réunir. Entre-temps, François a ouvert aux femmes les ministères de lecteur et d'acolyte. Il s'agit d'une initiative modeste à première vue, mais qui peut s'avérer importante. En mai 2021, il a créé un nouveau ministère, celui de catéchiste, également accessible aux femmes. Il permet de reconnaître les personnes engagées de longue date dans la catéchèse. Les ministres laïcs qui animent les communautés, diffusent la foi, conduisent la prière, aident les malades, célèbrent les funérailles, promeuvent la justice et représentent l'Église dans des lieux éloignés, sont touchés par cette décision.

Le rite d'institution des catéchistes vient d'être publié et sa mise en place est prévue en janvier. C'est la vitesse de l'éclair pour Rome : annonce en mai, mise en œuvre en décembre. (Il a fallu plus d'un an au cardinal Robert Sarah pour modifier une ligne de la liturgie du Jeudi saint afin que les femmes puissent participer au rituel du lavement des pieds !).

Le sacerdoce ministériel semble également faire l'objet d'un renouveau. En mars, la basilique Saint-Pierre a été le théâtre de la décision qui a supprimé les messes privées au profit de la concélébration.

Il s'agit d'un changement inspiré par Vatican II. Ce problème de plusieurs prêtres célébrant "leur" messe en privé, alors que d'autres se déroulent en parallèle, a été explicitement abordé par le concile, qui, pour le régler, a introduit la pratique de la concélébration. La liturgie eucharistique est un évènement communautaire et non solitaire. La concélébration souligne l'unité du sacerdoce. Ce point, malheureusement, a été oublié dans la couverture médiatique qui a réduit ce changement à l'hostilité de François aux anciennes formes de la Messe. Or c'est bien plus que cela.

L'institution [à un ministère] est-elle importante ? Dans l'affirmative, comment l'est-elle ?

Le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, a annoncé une conférence théologique majeure au Vatican en 2022, qui portera sur - vous l'aurez deviné - le sacerdoce.

Il est intéressant de noter qu’elle ne sera pas uniquement axée sur le sacerdoce ministériel, mais qu'elle examinera la relation entre le sacerdoce des fidèles et le sacerdoce ministériel. Il s'agira d'une "théologie constructive", ce qui signifie qu'il faudra se poser de nouvelles questions. Restons à l'écoute.

Alors que les questions relatives au ministère ordonné occupent le devant de la scène, l'idée que divers ministères sont au service de la liturgie - qui n'est pas une chasse gardée des clercs – reste chère au Concile Vatican II.

L'élargissement de l'accès aux ministères institués poursuit ce processus créatif de retour aux sources qui a malheureusement été interrompu peu après le concile. La question des ministères laïcs institués - électeur et acolyte, et maintenant catéchiste - mérite donc d'être examinée de plus près.

Les laïcs, hommes et femmes, exercent ces ministères depuis longtemps, mais pas en tant que "ministres institués". L'institution est-elle importante ? Si oui, en quoi est-elle importante ?

Un rappel s'impose. Avant le Concile Vatican II, le chemin vers l'ordination sacerdotale comportait plusieurs étapes. Certaines d'entre elles étaient ce que l'on appelle les "ordres mineurs". Selon le théologien du XIIe siècle Peter Lombard, il y avait sept degrés d'ordre : portiers, lecteurs, exorcistes, acolytes, sous-diacres, diacres et prêtres. Les cinq premiers étaient considérés comme des ordres "mineurs" parce qu'ils n'étaient pas conférés par une imposition des mains, mais tous faisaient partie du cléricat.

Le pape Paul VI, dans le cadre des réformes du concile Vatican II, a supprimé certains des ordres mineurs et a décrété que les autres seraient appelés non pas ordres mais ministères.

Les deux principaux de ces ministères qui, selon lui, devaient être généralisés dans l’Église, étaient le lectorat et l’acolytat. Ce sont des ministères laïcs. Il pensait qu'ils étaient si importants que ceux qui les exercent devaient être institués officiellement. Mais il y a un hic. Paul réservait les ministères institués aux hommes. On ne sait pas très bien pourquoi. Mon intuition me dit que c'est parce qu'il pensait encore sur le mode " pas de femmes dans le chœur ".

Quoi qu'il en soit, cela a tué le projet. Les seuls lecteurs et acolytes institués sont restés les séminaristes qui étaient en chemin vers l'ordination sacerdotale. C'était des ordres mineurs sous un autre nom. Nous étions de retour au point de départ.

Cependant, le lectorat et l'acolytat laïcs, sans bénéfice d'institution, se développaient à un rythme fantastique. Dès 1970, les femmes étaient explicitement autorisées à servir dans le ministère de lecteur. L'autorisation pour les femmes de servir comme acolytes a été plus lente à venir, mais en 1994, le pape Jean-Paul II l'a autorisée, tout en laissant la décision aux évêques locaux.

Les évêques du monde entier ont demandé un changement.

Par deux fois, des synodes d'évêques ont demandé que les femmes soient admises dans les ministères institués : le synode sur la Parole de Dieu en 2008 et le synode d'Amazonie en 2019. Enfin, le pape François a introduit le changement dans le droit canonique en 2021. Est-ce une question de justice ? Bien sûr. Mais c'est aussi un pas vers l’élargissement car il reconnaît les charismes et les dons de l'Esprit.

Cela permet d’ancrer le service des lectrices et des acolytes sur le plan institutionnel. Lorsque vous instituez quelque chose, ce n'est plus ad hoc. Ce n'est pas une concession. C'est un engagement.

L'Église aura toujours des ministres ad hoc selon les besoins. Mais ils existeront aux côtés d'un noyau stable.

Cette décision cache une autre nouveauté que nous devons encore analyser.

Un regard sur l'histoire des ministères institués de lecteur et d'acolyte montre qu'ils participaient tous deux au ministère diaconal.

Ainsi, la tendance à ouvrir ces ministères institués aux femmes n'est pas sans rapport avec les discussions sur le diaconat féminin.

Encore un point. Le modèle de l'Église primitive montre que les ministères du sanctuaire étaient liés, non seulement les uns aux autres au sein de la liturgie, mais aussi au travail d'évangélisation et de charité. Ainsi, un lecteur peut instruire les catéchumènes et un acolyte peut servir les pauvres.

Cette approche, si elle est poursuivie, pourrait être très fructueuse. Elle aura une incidence sur la manière dont nous recrutons et formons les laïcs au ministère. Il ne s'agit pas de se contenter de remplir des cases ou de faire exécuter des tâches. Il s'agit d’appeler et d'habiliter la bonne personne chargée de la mission de servir l'Église à l'extérieur et à l'intérieur de ses murs. La liturgie nous attire et nous envoie à la fois.

Ces nouveautés concernant les ministères - les femmes dans les ministères institués, les discussions sur l'ouverture du diaconat, le réexamen de la signification du sacerdoce des fidèles et de son lien avec le sacerdoce ministériel, l'application de la discipline concernant les messes privées - participent au réexamen de la mise en pratique de Vatican II.

Traduit par J.P. 

Rita Ferrone est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la liturgie, dont « Liturgy : Sacrosanctum Concilium » (La liturgie et Sacrosanctum concilium [2]), Paulist Press.

Elle participe à la rédaction de Commonweal.

Cet article a été publié pour la première fois dans le magazine Commonweal

Pour en savoir plus : https://international.la-croix.com/news/religion/where-the-action-is/15438


[1] Forum de discussion sur le sujet du diaconat  

[2] Constitution de Vatican II sur la liturgie

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