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Qui sont les laïcs dans une Église de prêtres ?

Qui sont les laïcs dans une Église de prêtres ?

Le pape institue un ministère pour les fidèles catholiques non ordonnés

mais il le fonde sur un paradigme clérical qui s'effrite

Robert Mickens

Cité du Vatican

14 mai 2021

Beaucoup de gens ont crié des hosannas et chanté des alléluias à propos du nouveau "motu proprio", Antiquum ministerium.

"La Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements publiera prochainement le rite d'institution du ministère laïc de catéchiste", déclare le pape dans ce nouveau document.

À première vue, il semblerait que cette innovation, comme beaucoup l'appellent, soit à célébrer. Après tout, la création par le pape réformateur d'un nouveau "ministère laïc" semble être un autre clou dans le cercueil qu'il construit pour la mort du cléricalisme.

Malheureusement, ce nouveau ministère n'est pas ce clou.

En fait, même avec ses efforts pour empêcher la cléricalisation des laïcs (nous y reviendrons), François protège (et peut-être même consolide) le cléricalisme des hommes diacres, prêtres et évêques.

A quel moment de votre vie êtes-vous devenu un laïc ?

En lisant mon exemplaire sous embargo d'Antiquum ministerium (vieux ministère) le matin du 11 mai, jour de la publication du texte, j'ai eu le sentiment que le pape - ou la personne qui a rédigé le "motu proprio" - utilisait effectivement un langage nouveau.

Mais il ne faisait que reformuler des concepts anciens, intentionnellement ou pas.

Un de ces concepts que le document préserve jalousement, est le dualisme strict entre clergé et laïcat, codifié avec une grande précision au XVIe siècle par le Concile de Trente.     En lisant le "motu proprio", j'ai immédiatement pensé à Ladislas Orsy.

Ce brillant jésuite, avocat canonique et théologien, demande souvent, lors des conférences qu'il donne à des groupes paroissiaux : « À quel moment de votre vie êtes-vous devenu laïc ? »

Déroutés par la question ils finissent par reconnaître que cela doit être au moment du baptême.

Mais avez-vous été baptisé pour être « laïc »pour toujours ? » leur demande Orsy.

Il veut leur faire comprendre que chacun d'entre nous - du nourrisson qui vient d'être aspergé d'eau bénite ou plongé dans les fonts baptismaux à l'évêque de Rome - est baptisé pour être chrétien.

Il n'existe pas de charismes laïcs ou de ministères laïcs

C'est à ce moment - et à ce moment seulement - que nous devenons un membre à part entière du peuple de Dieu, de la "maison de Dieu" et du "peuple sacerdotal".

Le pape n'est pas plus chrétien qu'un enfant nouvellement baptisé. Et ce nouveau-né possède déjà les dons spirituels de base qui, s'ils sont acceptés et entretenus, le qualifient même pour la plus haute fonction de l'Église, en fonction des charismes ultérieurs qui lui seront donnés.

Mais les charismes laïcs et les charismes cléricaux (sacrés) n'existent tout simplement pas. Il n'y a que des charismes. Point final.

Ce sont des dons spirituels donnés librement par le Saint-Esprit à ceux et celles qu’il choisit. Le corps des croyants, par le discernement, a la tâche d'identifier ceux qui ont reçu des charismes spécifiques.

Il s'agit d'une théologie de base qui remonte aux écrits de saint Paul et de saint Luc (Actes des Apôtres).

 

"Les baptisés peuvent être appelés à exercer un ministère, à différents niveaux. Cela n'a rien à voir avec leur état de laïcs ou de clercs", explique Andrea Grillo, professeur de sacrements et de théologie à l'Athénée pontifical de Saint Anselme à Rome.

 

« Il y a des charismes et des 'ministères. Et parmi les ministères, il y a ceux qui sont ordonnés et ceux qui sont institués », note-t-il dans ses réflexions sur le nouveau "motu proprio" du pape. De fait François a décrété que les laïcs seront institués dans le ministère de catéchiste avec un rituel liturgique que le Vatican crée spécialement à cette fin.

 

Coopération à l' »apostolat de la hiérarchie »

Mais il n'existe pas de ministères laïcs par opposition aux ministères cléricaux (ou sacrés). Il n'y a que des ministères d'Église. (Bien que, comme pour les termes "laïc" et "laïcité", il y ait des objections théologiques sérieuses soulevées sur la façon dont le "ministère" est actuellement défini et utilisé).

"Il faut reconnaître les laïcs, hommes et femmes, qui se sentent appelés, en vertu de leur baptême, à coopérer à l'œuvre de la catéchèse", dit Antiquum ministerium.

Plus loin, on peut lire que, "outre cet apostolat, les laïcs peuvent être appelés de diverses manières à une coopération plus immédiate à l'apostolat de la hiérarchie".

En d'autres termes, comme dans la gouvernance de l'Église (cf. Droit Canon 129 § 2), les laïcs peuvent "coopérer" à un apostolat ou à un ministère qui est à juste titre celui des clercs, mais ils ne partagent pas cet apostolat sur un pied d'égalité.

Peut-être que le véritable désir et l'intention du pape en instituant l' « apostolat laïc de catéchiste » est de surmonter ce problème. Mais plutôt que de faire de tous les fidèles baptisés (les Christifideles) - dont même les ordonnés sont membres - des co-partenaires dans le travail de catéchèse, il a effectivement renforcé la ségrégation du ministère clérical (sacré) et du ministère laïc.

Et la situation se dégrade à partir de là.

L'apostolat des laïcs est incontestablement « séculier », dit le nouveau document.

 

L'obsession de la "cléricalisation des laïcs"

« Il s'ensuit que l'accueil d'un ministère laïc comme celui de catéchiste soulignera encore davantage l'engagement missionnaire propre à tout baptisé, engagement qui doit cependant être réalisé de manière pleinement "séculière", en évitant toute forme de cléricalisation », est-il encore écrit.

Tout d'abord, que signifie exercer un ministère ecclésial de manière "séculière" ?

L'archevêque Rino Fisichella, le raffiné théologien italien qui a présenté le document à la presse, a déclaré que cela signifie que c'est un ministère qui « doit s'exprimer non pas principalement dans la sphère liturgique, mais dans la sphère spécifique de la transmission de la foi par la proclamation et l'enseignement ».

Et pourtant, il admet que dans les lieux où les catéchistes sont les plus essentiels et qui sont ceux-là même que François veut reconnaître avec ce nouveau ministère - c'est-à-dire ceux qui sont en territoire de mission - ne sont pas principalement impliqués dans le domaine dit séculier.

"Il ne faut pas oublier que dans diverses régions où la présence des prêtres est inexistante ou rare, la figure du catéchiste préside la communauté et la maintient enracinée dans la foi", a déclaré Fisichella.

Et cela signifie aussi diriger la communauté dans la liturgie.

Ensuite la notion de cléricalisation des laïcs.

Le pape François exprime une fois de plus dans ce document une quasi-obsession pour l'idée que les membres non ordonnés de l'Église deviendront en quelque sorte cléricalisés si on leur donne une responsabilité ou un rôle dans la communauté ecclésiale qui les change du passif "payez, priez et obéissez".

 

Nécessité urgente d'une révision complète du droit canonique et de ses structures

Grillo soutient dans son article qu’Antiquum ministerium "change les mots, mais ne change pas les structures".

Il souligne que c'est parce que le document travaille à partir de la notion cléricale de laïcs sanctifiant le monde et sanctifiés dans le monde.

"Mais cette vision, qui a aussi marqué le concile Vatican II, est pauvre et unilatérale", dit-il.

« Le ministère de catéchiste n'a pas besoin d'être défini comme un ministère laïc : c'est simplement un ministère », affirme le professeur italien, qui n'est d'ailleurs pas un clerc.

Il s'inquiète à juste titre du fait que, même si Antiquum ministerium a le potentiel à plus de service et de responsabilité pour les baptisés, on laisse aux évêques le soin de décider comment appliquer ces dispositions.

Se référant à l’expérience, Grillo pense que la plupart d'entre eux ne le feront que "partiellement" et "a minima".

Le problème le plus important et le plus grave, selon lui, est d'ordre structurel. Le nouveau texte, comme nous l'avons dit plus haut, est toujours coincé dans le vieux paradigme d’inégalité fondamentale entre les clercs et les laïcs.

Cette inégalité est toujours soigneusement protégée par l'actuel Code de droit canonique.

Grillo affirme que tant que le code ne subira pas une "révision complète", les fidèles catholiques seront privés de l'exercice de tout ministère ayant "une autorité et une efficacité réelles".

"Pour que l'Antiquum ministerium ne reste pas un simple morceau de papier, il faudra être vigilant sur les mots et entreprendre une réforme juridique structurelle pour éliminer la forme la plus insidieuse de cléricalisme" qui se trouve dans les normes et structures canoniques qui prétendent représenter la vérité de la foi, un code de loi auquel la Parole de Dieu doit être soumise.

https://international.la-croix.com/news/letter-from-rome/who-are-the-laity-in-a-church-of-priestly-people/14309

Who are the laity in a Church of priestly people?

The pope institutes a ministry for the non-ordained Catholic faithful, but bases it on a crumbling clerical paradigm

By Robert Mickens

Vatican City

May 14, 2021

Lots of people have been shouting Hosannas and singing Alleluias over the new "motu proprio", Antiquum ministerium.

"The Congregation for Divine Worship and the Discipline of the Sacraments will soon publish the Rite of Institution of the lay ministry of Catechist," the pope says in the new document.

At first blush it would seem this innovation, as many are calling it, is something to truly celebrate. After all, the reformist pope's creation of a new "lay ministry" would appear to be another nail in the coffin he's been building for the death of clericalism.

Unfortunately, this new ministry is no such nail.

In fact, even with his stated attempt to keep the laity from being clericalized (more on that in a moment), Francis is actually protecting (and maybe even solidifying) the clericalism that has long persisted among the men who are deacons, presbyters and bishops.

"At what point in your life did you become a layperson?

"While reading my embargoed copy of Antiquum ministerium (Ancient ministry) on the morning of May 11, the day of the text's publication, I had the sense that the pope -- or the person who actually wrote the "motu proprio" -- was indeed using new language.

But it was merely reformulating old concepts, whether or not that was the real intention.

One of those concepts the new document safeguards, even jealously, is the strict dualism of clergy and laity, which was codified with great precision in the 16th century at the Council of Trent.

Reading the "motu proprio", I immediately thought of Ladislas Orsy.

The brilliant Jesuit canon lawyer and theologian often asks people during the talks he gives to parish groups, "At what point in your life did you become a layperson?

"Baffled by the question at first, they eventually acknowledge that it must have been at baptism.

"But were you baptized to be a 'layperson' forever," Orsy prods them.

His point is to get them to understand that each one of us -- from the infant who is newly sprinkled with holy water or submerged in the font to the Bishop of Rome -- is baptized to be a Christian.

There are no "lay charisms" or "lay ministries"

It is at this point -- and this point alone -- that we become a full member of the People of God, the "household of God" and the "priestly people".

The pope is a Christian to no greater degree than the newly baptized infant. And that infant already has the basic spiritual gifts that, if embraced and nurtured, qualify him (or her) to even the highest office in the Church -- depending on the subsequent charisms he (or she) has been given.

But lay charisms and clerical (sacred) charisms simply do not exist. There are only charisms. Period.

They are spiritual gifts freely given by the Holy Spirit to whom the Spirit chooses. The body of believers, through discernment, has the task of identifying those who have been given specific charisms.

This is basic theology that goes back to the writings of St. Paul and St. Luke (Acts of the Apostles).

"The baptized can be called to exercise a ministry, at a variety of levels. This has nothing to do with their state as laypersons or clerics," says Andrea Grillo, professor of sacraments and the theology of religion at the Pontifical Atheneum of Sant'Anselmo in Rome.

"There are 'charisms' and 'ministries'. And among the ministries there are those that are 'ordained' and those that are 'instituted'," he notes in reflections on the pope's new "motu proprio".In fact, Francis has decreed that lay people will be instituted into the ministry of Catechist with a liturgical ritual the Vatican is creating especially for this purpose.

"Cooperation in the apostolate of the hierarchy"

But there are no such things as lay ministries as opposed to clerical (or sacred) ministries. There are just Church ministries. (Although, like the terms "layperson" and "laity", there are some serious theological objections being raised over how "ministry" is currently being defined and used.)

"Recognition should be given to those lay men and women who feel called by virtue of their baptism to cooperate in the work of catechesis," says Antiquum ministerium.

Further on it notes that that,"in addition to this apostolate, the laity can be called in different ways to more immediate cooperation in the apostolate of the hierarchy".

In other words, as in Church governance (cf. CIC 129§2), members of the so-called laity can "cooperate" in an apostolate or ministry that is rightly that of clerics. They do not share this apostolate as equals.

Perhaps the pope's real desire and intention in instituting the "lay apostolate of Catechist" is to overcome this problem. But rather than make all the baptized faithful (the Christifideles) -- of which even the ordained are members -- co-sharers in the work of catechesis, he has effectively reinforced the segregation of clerical (sacred) ministry and lay ministry.

And it goes downhill from there.

"The lay apostolate is unquestionably 'secular'," the new document says.

The obsession with "clericalization of the laity"

"It follows that the reception of a lay ministry such as that of Catechist will emphasize even more the missionary commitment proper to every baptized person, a commitment that must however be carried out in a fully 'secular' manner, avoiding any form of clericalization," it says once more.

First of all, what pray tell does it mean to carry out a Church ministry in a 'secular' manner?

Archbishop Rino Fisichella, the extremely refined Italian theologian who presented the document to the press, said this means it's a ministry that "must express itself not primarily in the liturgical sphere, but in the specific sphere of the transmission of the faith through proclamation and systematic instruction"

And yet he admits that in places where catechists are most essential and who are the very people Francis wants to "recognize" with this new ministry -- that is, those in mission territory -- are not primarily involved in the so-called secular field.

"It should not be forgotten that in various regions where the presence of priests is inexistent or rare, the figure of the Catechist is that of one who presides over the community and keeps it rooted in the faith," Fisichella said.

And that also means leading the community in liturgy.

Second of all, this notion of clericalizing lay people.

Pope Francis expresses once again in this document a quasi-obsession with the idea that non-ordained members of the Church will somehow become clericalized if they are given any responsibility or role in the ecclesial community that makes them more than just the proverbial "pay, pray and obey" people that sit passively in the pew.

Urgent need for full-scale revision of Canon Law and structures

Grillo argues in his article that Antiquum ministerium "changes words, but does not change structures".

He points out that this because the document works from a clerical notion of the "laity" as those "who sanctify 'the world' and are sanctified 'in the world'."

"But this vision, which also marked Vatican Council II, is too impoverished and too unilateral," he says.

"The ministry of Catechist does not need to be defined as a 'lay ministry': it is simply a 'ministry'," says the Italian professor -- who is, by the way, not a cleric.

He rightly worries that even if Antiquum ministerium has the potential of opening up greater roles of service and responsibility for the baptized, it is being left to individual bishops to decide how to apply its provisions.

If history is a guide, Grillo suggests most of them will do so only "partially" and "minimally".

The bigger and more serious issue, as he sees it, is structural. The new papal text, as stated earlier, is still stuck in an old paradigm where there is a basic inequality between clerics and the so-called laity.

This is still carefully protected by the current Code of Canon Law.

Grillo says that until the code undergoes a "complete revision", the Catholic faithful will be deprived of exercising any ministry that has "real authority and efficacy".

"To ensure that (Antiquum ministerium) does not to remain just a piece of paper, it will be necessary to be vigilant about equivocal words and undertake a structural juridical reform to eliminate the most insidious form of clericalism," says Grillo.

And where is that found?

In the canonical norms and structures that claim to represent the "truth of faith", a code of law to which even Word and Sacrament must be subjected.

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