Comment le concile d'Australie peut résoudre l'insoluble

Comment le concile d'Australie peut résoudre l'insoluble

Sa tâche consiste à discerner où l'Esprit appelle l'Église. Cela ne signifie pas qu'il faille limiter ou restreindre ce discernement à ce que ses membres considèrent comme possible pour l'Eglise.

Nimmi Candappa

Australie

2 octobre 2021

Traduction Lyonaise

Ce concile est très important. Ce n'est que le cinquième dans l'histoire de l'Église australienne.

L’attente est forte au sein d’une grande variété de groupes : ceux qui sont éloignés de l'Église, les prêtres qui cherchent une direction pour leurs paroisses, les femmes privées d'expression de leur foi et qui attendent un regard de considération, les parents qui cherchent désespérément pour leurs enfants à combler le fossé entre les traditions de l'Église et la modernité, les exclus de l'Église et ceux qui ne veulent aucun changement.

Tous observent avec intérêt ce processus consultatif qui est parmi les plus formels de l'Église. Va-t-il, oui ou non, produire des résultats tangibles qui l’aideront à entrer dans l'ère post-commission royale[1] et post-COVID et à approfondir la foi de la communauté ?

La mesure dans laquelle le résultat peut contribuer à cet objectif échappe à son  contrôle immédiat.

Bien que le concile puisse établir des lois canoniques pour la région concernée (L'Australie en l’occurence), ce n’est que dans une mesure limitée. En d'autres termes, il est possible que la discussion se limite aux domaines particuliers que peut aborder une Église locale. Dans ce contexte, de nombreuses requêtes parmi plus de 17 000 soumissions intégrées dans les documents de préparation, peuvent n’être que des idéaux chimériques mis de côté dans les discussions.

Il s'agit notamment d’appels à des interprétations moins étroites des Écritures, à l’ouverture vers ceux qui sont en désaccord avec les enseignements de l'Église, à des suggestions pratiques pour faire face à la pénurie de prêtres et à des propositions concernant la gouvernance de l'Église.

C’est un défi que de répondre à l'appel du pape François en faveur d'une Église synodale, centrée sur l'écoute et l'apprentissage mutuels. Les membres des rencontres plénières doivent veiller à ce que le concile ne soit pas une conversation unilatérale ou un spectacle dicté par un scénario prédéfini par l'Église.

Certains affirment que des questions telles que l'ordination des femmes, le divorce ou l'homosexualité, ne méritent pas d'être discutées étant donné les enseignements clairs de l'Eglise sur ces sujets. C’est une attitude qui ferait courir un grand risque au concile.

Si des résultats pratiques sont un critère défini pour un concile réussi, le chemin pour y parvenir n’est pas clair

Voyez ces extraits du rapport final de la phase de préparation (Intitulée « écoute et dialogue ») :

« Les femmes sont traitées de manière symbolique. Elles en sont irritées »

« Si les hommes et les femmes sont créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, nous devons ordonner les femmes »

« Nous devons briser le comportement humain de recherche du pouvoir et de la manipulation »

« Où est la miséricorde et le pardon quand nous privons les personnes divorcées remariés de la communion ? »

« Vu des laïcs, le rejet par l'Eglise des homosexuels suggère qu’elle aime frapper vers le bas et non vers le haut ; il en est de même quand elle ne s'attaque pas à la culture consumériste »

Mais un concile n'est pas un processus visant à accepter toutes les suggestions et idées.

La question qui se pose est la suivante : comment un concile navigue-t-il au travers des propositions en étant "ouvert à l'Esprit" tout en honorant le discernement antérieur, lui aussi guidé par l'Esprit, qui a conduit aux positions et enseignements actuels de l'Eglise ?

Une réponse a été proposée lors d'une session de formation des futurs membres du concile : le "débordement de l'Esprit", attitude qui maintient la tension entre des points de vue contradictoires en restant sincèrement ouvert à un autre point de vue, tout en laissant parler notre cœur et notre intelligence des choses.

Dans l’idéal de l’Esprit la résolution de l'insoluble va au-delà des capacités humaines. Les membres du concile doivent se rappeler que leur vocation première est de discerner où l’Esprit appelle l'Église australienne. Cela ne signifie pas qu'il faille limiter ou restreindre le discernement à ce que les membres considèrent comme possible pour l'Eglise.

Tout en reconnaissant que la nature du concile qui empêche d'apporter des changements à certaines questions, peut être en désaccord avec la synodalité, les membres des rencontres plénières doivent se concentrer sur le discernement indépendamment des résultats pratiques qu’ils envisagent. En effet, si les résultats pratiques sont un critère de succès, le chemin vers eux n'est pas forcément clair.

Les membres doivent venir au concile en ayant chacun sa propre vision des questions, façonnée par leur formation et soutenue par la prière de leur communauté mais prêts à écouter les autres voix avec la volonté de les entendre.

Comme pour les images stéréogrammes[2] Magic Eye des années 90, le rôle des membres est de regarder au-delà des questions centrales auxquelles l'Église est confrontée, de chercher l’action de Dieu formant l'Église au sein de la discussion. Le rôle des membres est de chercher Dieu, plutôt que de se concentrer sur une question particulière. Il y a de la sagesse dans l'avertissement biblique de ne pas mettre du vin nouveau dans de vieilles outres. Mais parfois les outres actuelles ne sont pas aptes à contenir la richesse du vin qu'est la foi. Pour beaucoup de membres, il ne s'agit pas de conserver les outres : c'est le vin qui est au centre des préoccupations.

J'ai entendu ce commentaire, exprimé séparément par un membre du concile et par deux laïcs sages avec lesquels j'ai discuté, qui met en perspective l'ensemble du parcours du concile : "Il n'est qu'une des nombreuses manières de faciliter la réforme de l'Eglise". Ces mots tempèrent l'angoisse accumulée quant à la façon dont il va se dérouler.

Les membres du concile ont confiance que l'Esprit de Dieu parlera au travers d’eux, au travers des autres membres et au travers du processus lui-même. Ce dernier a commencé par la consultation nationale préalable, se poursuivra par le concile et progressera à l'avenir grâce à la synodalité, guidée par l'Esprit, entre la hiérarchie de l'Eglise et les fidèles.

Le Dr Nimmi Candappa, universitaire de Melbourne, est membre du concile

Pour en savoir plus : https://international.la-croix.com/news/religion/how-australias-plenary-council-might-resolve-the-unresolveable/14985

How Australia's Plenary Council might resolve the unresolveable

The task is to discern where the Holy Spirit is calling the Church. That doesn't mean limiting or restricting that discernment to what members consider possible for the Church to address.

By Nimmi Candappa

Australia

October 2, 2021

At one level a lot is riding on this Plenary Council.

Only the fifth such Council in the Australian church history, there is a great sense of anticipation among a wide variety of groups: those estranged from the church, priests looking for direction for their own parishes, women bereft of opportunities to express their faith and seeking a look-in, parents of uninterested children desperate for ways of bridging the gap between church traditions and modernity, those ostracised from the church, as well as those not wanting any changes at all.

All are looking on with interest at one of the most formal consultative processes within the church. Will it or won't it produce tangible output that will help direct the church into the post-Royal Commission, post-Covid era, and help bring about deeper faith across a wider congregation?

The extent to which any outcome can contribute to that goal is out of the immediate control of the present Plenary Council.

While the Council, through its definition can set binding canonical laws for the related region (i.e. Australia), the laws and norms applicable in this process are still limited.

That is, it is likely discussion will be restrained to the particular areas addressable by a local Church.

In this context, many pleas within more than 17,000 submissions collated for inclusion may be pie-in-the-sky ideals that are sidelined in the PC discussions.

These include calls for broader interpretations of scripture, a gentler approach to those who are at odds with church teachings, practical suggestions for dealing with priest shortages, and more detailed suggestions around responsible church governance.

This presents a challenge for heeding the call by Pope Francis for a church of synodality, centred on mutual listening and learning.

Plenary members must take care that the Council will not be a one-sided conversation or a show of mutual listening contrained to a Church-defined 2000-year-old script.

Some argue that issues, such as women's ordination, divorce, views on homosexuality, are not worth discussing in the PC given the clear teachings of the church on these. Yet this runs the risk of ignoring raw feedback.

While practical outcomes are a defined criteria for a successful PC, the road to these outcomes might not be clear

Consider these excerpts from submissions from the Final Report for the Plenary Council Phase 1: Listening and Dialogue:

'Women are treated in a tokenistic manner and are angered by this…'

‘If men and women are made in the image and likeness of God, we must start to ordain women', '(We need) to break down the human construct that we use as tools to gain power and manipulate',

' Where is the mercy and forgiveness when we deprive divorcees who have remarried commune?

''As a layperson, the Church's decision to vilify homosexuals and not attack a consumerist culture suggests that the Church likes punching down, not up...'

On the other hand, a PC is not simply a process to accept all suggestions and ideas.

The question remains: how does a PC navigate the condundrum of being clearly 'open to the Spirit' across these new submissions, while honouring earlier Spirit-led discernment that produced long-accepted stances and teachings of the church?

One answer was presented at a member formation session: a 'Spirit overflow', which is a notion of holding the tension between conflicting views by staying sincerely open to another viewpoint, while continuing to speak from our own heart and understanding.

Members can then, ideally, expect a resolution to the unresolvable that goes beyond human capabilities.

Members of the PC would do well to remember their foremost calling is to discern where the Holy Spirit is calling the Australian Church. That doesn't mean limiting or restricting that discernment to what members consider possible for the church to address.

While recognising that the nature of this PC, which inhibits making changes to some issues, may be at odds to synodality, plenary members can still stay focused on discernment the Spirit irrespective of how practical they think they outcome might be.

Because while practical outcomes are a defined criteria for a successful PC, the road to these outcomes might not be clear.

Members simply need to present themselves at the PC, each with individual takes on various issues, moulded through formation, and supported by the prayer of the wider faith community.

They come, ready to listen to the other voices, not through the head or the ears, but through a stillness and a willingness to absorb the points being made by the other.

As with the Magic Eye stereogram images of the 90s, it is the role of members to look beyond the obvious or central issues facing the Church, to look for the 3D sense of God forming the church within the discussion.

The role of members is to look for God, rather than focusing on a particular issue. There is wisdom in the Biblical caution of not putting new wine into old wineskins.

Sometimes the current wineskins are just no longer suitable to hold the richness of the wine that is the faith. The focus for many on the Plenary Council is not on retaining the wineskins; it is the wine that is the focus.

I heard a comment, expressed separately by both a Plenary Council member as well as a couple of wise and grounded laywomen I was chatting to, that seemed to put the whole Plenary Council journey into some perspective: 'this council is just one of many ways in which church reform can be facilitated.' It helped alleviate some of the angst that has been building up about how it will all turn out.

In the same way, the council members trust that God's Spirit will speak through them, and the Spirit will also speak through other members, as well as through the PC process.

The process began with the National Consultation, will continue through the Plenary Council and progress into the future through continued Spirit-led discussion and action between the Church's hierarchy and the faithful.

Dr Nimmi Candappa is a Melbourne writer, Plenary Council member and academic.

Read more at: https://international.la-croix.com/news/religion/how-australias-plenary-council-might-resolve-the-unresolveable/14985


[1] Enquête gouvernementale ayant conduit l’état australien à demander à l’Eglise un audit de ses modes de fonctionnement et à faire des propositions de changement

[2] Effet 3D obtenu en regardant au-delà du plan de l’image (qui a été modifiée par calcul)

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