L'Esprit guide le processus synodal

L'Esprit guide le processus synodal. Mais comment ?

Heidi Schlumpf

NCR

Washington

7 octobre 2022

Le Saint-Esprit était l'invité d'honneur d'un récent rassemblement de responsables d'Église sur le thème de la synodalité. Au sens propre, après qu'un participant ait suggéré de laisser une chaise vide lors des réunions pour symboliser la place du Saint-Esprit.

Le timing était parfait : le document de synthèse des États-Unis a été publié quelques jours seulement avant le Sommet du partenariat catholique des 22 et 23 septembre à Washington, D.C. L'événement était organisé par Leadership Roundtable, une organisation qui promeut la co-responsabilité entre clercs et laïcs pour une meilleure pratique de gouvernance de l'Église. Le cardinal maltais Mario Grech, secrétaire général du Synode, a mentionné l'Esprit à plusieurs reprises dans son discours engagé : citant le pape François, il a rappelé aux participants que l'Esprit est le protagoniste du synode.

La synodalité est "un processus de dialogue que l’Esprit initie et guide", a déclaré M. Grech, s'exprimant par vidéo depuis Frascati, en Italie, où près de trois douzaines de personnes ont synthétisé les rapports nationaux en vue de la prochaine étape du synode mondial dont la première session se tiendra à Rome en octobre 2023.

« Nous devons reconnaître la puissance de l’Esprit et le fait que chaque membre de l'Église a un pouvoir donné par l’Esprit », « Trop de gens, y compris certains responsables d'Église, ne semblent pas faire confiance au peuple de Dieu », a-t-il dit, qualifiant ce manque de confiance de "nouvelle forme d'abus".

« L’Esprit doit avoir plus d'espace pour respirer. Nous ne pouvons pas l'enfermer dans une cage », a-t-il déclaré.

« Tout cela semble bien et bon, jusqu'à ce que vous réalisiez que ceux qui sont en désaccord profond avec vous croient très probablement qu'ils sont, eux aussi, inspirés par l’Esprit. Discerner la présence de l'Esprit demande de la patience, de l'écoute et de la prière. Il est trop facile d'imposer un ordre du jour et d'y apposer l'autocollant de l’Esprit », a dit un participant.

Vers la fin de la séance de questions-réponses avec M. Grech, le cardinal a fait remarquer que la présence de l'Esprit se manifeste par l'harmonie : "Là où il y a division, l’Esprit n'est pas présent".

Mais un autre membre, auteur et expert en négociation de conflits, a respectueusement exprimé son désaccord avec le cardinal, affirmant que "le conflit est là où l'Esprit agit".

Il a encouragé à vivre le conflit avec un esprit de résilience, cette attitude qui permet de dialoguer avec ceux avec on est en désaccord et de ne pas nécessairement résoudre les différences.

Fondé sur une véritable curiosité, ce dialogue doit offrir un espace sûr où les gens peuvent parler de leurs expériences, a ajouté l'expert. Plutôt que de promouvoir une uniformité pacifique, le dialogue exige en fait que les gens s'affirment pour pouvoir être entendus.

La réunion du sommet a fonctionné selon la règle de Chatham House[1], selon laquelle les informations peuvent être partagées, mais pas l'identité ou l'affiliation de l'orateur. M. Grech a par la suite accepté que son intervention soit enregistrée.

La frustration de ne pas être entendu était palpable lors d'un panel sur "Le rôle vital de la présence des femmes dans l'Église". Bien que les femmes puissent diriger et dirigent effectivement de nombreuses manières dans l'Église, les panélistes ont partagé des exemples de profondes frustrations sur la façon dont les femmes sont traitées. Lors des questions-réponses, un évêque a fait part de ses inquiétudes quant à la "dangereuse intersection du cléricalisme et de la misogynie", notamment chez les séminaristes.

Le document de synthèse américain résume clairement la vague de fond des préoccupations concernant les groupes marginalisés, y compris les femmes et les catholiques LGBTQ+, bien que, comme me l'a fait remarquer un responsable de la pastorale hispanique, le document ne mentionne pas spécifiquement les Latinos ou les Hispaniques, sauf dans le cadre d'une liste de "diverses communautés ethniques et culturelles, dont les communautés d'immigrants d'Amérique latine, d'Asie, d'Afrique et d'autres arrivées récentes".

C'est une déception, car, comme l'a fait remarquer un panéliste du sommet à propos de la série de rencontres Encuentro d'Hispaniques américains, ces réunions ont été "la meilleure école sur la synodalité et le leadership des femmes dans l'Église catholique aux États-Unis".

À quoi ressemblera la présence de l'Esprit dans le processus synodal ? Traditionnellement, des images telles que le vent et le feu sont utilisées pour l’illustrer : nous ne devons donc pas nous attendre au calme et à la douceur.

Trop souvent, l’Esprit est considéré comme un élément mineur, voire oublié, de la trinité : c’est le problème des "deux hommes et un oiseau" identifié par la théologienne féministe Sandra Schneiders. Mais comme le rappelle une autre théologienne féministe, Elizabeth Johnson, dans son livre révolutionnaire She Who Is[2], le nom "Esprit" a été traditionnellement donné au "mouvement du Dieu vivant dans et à travers l'expérience du monde". (Elle note également que, tout au long de l'histoire, on a parlé de l'Esprit avec une imagerie féminine).

La présence de l'Esprit est souvent plus perceptible dans l'obscurité que dans la lumière, écrit-elle, notant la prévalence de "Dieu qui s'approche et passe en vivifiant, soutenant, renouvelant et libérant le pouvoir au milieu des luttes".

"C'est si profondément vrai que chaque fois que les gens parlent de manière générique de Dieu, de leur expérience de Dieu ou de l'action de Dieu dans le monde, le plus souvent, ils se réfèrent à l'Esprit", écrit Johnson.

Ce n'est pas une coïncidence si le pape François a confié le processus de synodalité à l'Esprit, tout en encourageant une conversation ouverte dans laquelle les personnes partagent leurs expériences de Dieu dans leur vie, dans leur Église et dans le monde. L'Esprit est manifestement déjà à l'œuvre dans ce processus. Puisse-t-on continuer à lui faire confiance, afin que l'Église puisse être renouvelée pour accomplir son travail dans le monde.

hschlumpf@ncronline.org

Suivez sur Twitter à @heidischlumpf

Traduit par Jean-Paul


[1] Le Royal Institute of International Affairs, fondé en 1920, est un institut de réflexion basé à Londres, plus connu sous le nom de Chatham House.

[2] She Who Is: The Mystery of God in Feminist Theological Discourse (Qui est-elle : le mystère de Dieu dans le discours théologique féministe)

Ajouter un commentaire