Inde - Pourquoi je suis restée... et pourquoi je pars - LCI 8/5/2019

L’église doit réconforter, non juger

Why i stayed why i m leavingWhy i stayed why i m leaving

 

Pourquoi je suis restée... et pourquoi je pars

L’église doit réconforter, non juger

Jo McGowan, Inde, 8 mai 2019

 

Ma fille Moy Moy est morte soudainement et de façon inattendue en juillet 2018.

Mon premier papier dans Commonweal (important journal catholique de la ville de New-York, créé et géré par des laïcs, ndt) écrit en 1999 quand elle avait dix ans, parlait d’elle.

Notre pédiatre nous avait dit alors que Moy n’avait probablement que quelques mois à vivre. Ma chronique portait sur notre angoisse et notre chagrin, sur ce que nous avions appris de sa brève vie et combien nous ne comprenions pas.

Les lecteurs de longue date de Commonweal peuvent se rappeler que notre pédiatre s’est trompé. Moy Moy n’est pas morte.

Elle a défié les pronostics et a continué à nous étonner, triomphant des pneumonies sévères, des crises chroniques, alors qu’elle continuait à régresser.

Même si elle pouvait bouger, était indépendante, bavarde et très drôle, à partir de l’âge de cinq ans elle a graduellement perdu toutes ses capacités.

Au moment où elle atteignit douze ans, elle avait cessé de parler complètement et utilisait un fauteuil roulant pour se déplacer. Quand elle eut seize ans, une sonde fut implantée dans son estomac car elle ne pouvait plus avaler.

Mais tout ça ne semblait pas important. En 1994, j’ai ouvert une école pour elle ici en Inde.

L’école a grandi et grandi, de deux enfants à 300 aujourd’hui. Des milliers de familles de tous les coins du pays ont bénéficié de nos services d’évaluation, de diagnostic, de formation, de sensibilisation et de soutien.

Sans dire un mot ou soulever le petit doigt, Moy Moy a changé le monde. Elle attira les gens vers elle d’une manière que nous ne pouvions pas comprendre ou expliquer, ce qui se passait autour d’elle et à cause d’elle ne pouvait que s’appeler miracle.

Les chèques arrivaient alors que nous avions perdu espoir ; la bonne personne avec les compétences dont nous avions besoin se présentait au moment même où nous en avions besoin ; les portes semblaient s’ouvrir et les problèmes se résoudre au bon moment. Il n’y avait aucun moyen d’expliquer ça.

Quand elle est morte, je me suis tourné instinctivement vers l’Eglise. J’avais cessé d’aller à la messe en 2009 (à cause des questions de pédophilie, de la place des femmes, de la politique anti gay, de la soif de pouvoir, du système de valeurs que je n’acceptais pas), mais avec la mort de Moy, mon instinct et mon histoire ont repris le dessus. Je n’étais plus moi-même.

D’une certaine façon, je croyais que l’énormité de notre perte toucherait le prêtre et que la cérémonie de ses funérailles serait une source de force et de réconfort.

400 personnes ont affluées dans l’église. Peut-être vingt d’entre elles étaient des chrétiens. Le reste était hindou, musulman, sikh, jain (religion indienne, ndt), parsee (zoroastrisme, ndt) ou bouddhiste. Presque tous ne parlaient que l’hindi.

Le prêtre, bien que indien et le parlant couramment, a choisi de s’exprimer seulement en anglais. Et ses mots d’ouverture furent : "Beaucoup d’entre vous n’ont probablement jamais assisté à une messe catholique. S’il vous plaît ne venez pas pour la communion. Ce n’est que pour les catholiques".

Il est commun en Inde que les non-Catholiques assistent à des services religieux par respect, curiosité ou obligation sociale, comme un enterrement pour un ami. Et puisque prasad (une viande sucrée) est offerte à toute personne qui visite un temple hindou ou un gurdwara (temple) sikh, les gens pensent naturellement que la communion est donnée à tous.

La mort est souvent un temps d’enseignement.

J’ai donc tenté de ne pas être trop dépitée par le message glacial et peu accueillant du prêtre. Mais quand il a commencé son sermon, j’ai dû me retenir physiquement.  "Nous savons qu’elle était un enfant abandonné, " dit-il comme dans une sentence.

 "Nous savons qu’elle n’était pas normale, pas comme nous. Et bien que nous ne puissions jamais comprendre ce qui est dans l’esprit de Dieu quand il permet de telles tragédies, pour nous sa vie doit être une occasion de lui rendre grâces, un rappel de la chance que nous savons d’être en bonne santé et sains d’esprit ".

Il a continué dans cette veine, incapable de comprendre la tristesse de l’assistance. Heureusement, la plupart des participants n’avaient aucune idée de ce qu’il disait parce qu’ils ne comprenaient pas l’anglais.

Ceux qui ont compris ont fermement rejeté ses mots. En effet, chaque personne dans l’église ce jour-là avait une vision complètement différente de la vie de Moy Moy et de ce que nous avions tous perdu avec sa mort.

Notre fille Cathleen, au moment où le prêtre s’est assis, a improvisé instantanément et tenté de réparer les dégâts. Elle nous a replongés dans ce sentiment collectif d’émerveillement et de gratitude qui nous habite par un refrain sur  "miracle", un poème de Seamus Hebert sur l’homme paralysé de l’Évangile que ses amis ont descendu vers Jésus par un trou dans le toit. Ainsi était transmise la force que Moy Moy avait exercée sur ceux qui l’avaient connue depuis le début. 

Dans l’éloge qui a suivi, notre fils Anand a décrit la présence agissante de Moy dans tant de vies, inspirant des milliers de personnes, dont beaucoup ne l’avaient jamais rencontrée.

Mon mari a parlé de l’ange au milieu de nous, un ange au sens ancien et vrai : un messager de Dieu. Il a dit ce que nous tous dans cette communauté croyons : "nous avons eu de la chance au-delà de la foi ».

Moy Moy nous a constamment rappelé de ne jamais rejeter quelqu’un dans l’incapacité d’accomplir l’extraordinaire. Elle a vu la lumière dans tous ceux qu’elle a rencontrés et elle les a encouragés à utiliser cette lumière pour faire de ce monde un monde d’amour.

Le prêtre, bien qu’il dirigea la cérémonie et fut chez lui, était au-delà de tout ça. Accroché à la compréhension de l’inutilité de l’invalidité (abandon, anormalité, malchance), il n’a que prouvé combien il était extérieur à ce qui se passait.

Ce n’est pas droit de juger l’Eglise en fonction de la performance d’un homme, et je ne le fais pas. Je ne le juge même pas. C’est un homme limité et qui n’a pas eu la chance d’être touché par une personne comme Moy.

L’angoisse que je ressentais à l’enterrement de notre fille, comme le sentiment d’une trahison personnelle par une institution dont j’ai partagé autrefois les valeurs de sagesse et de compassion, m’a rappelé celle que l’Eglise inflige dans d’autres domaines. Parce que tout se tient.

Le pape François répond à la crise des abus sexuel (créée par les hommes) en appelant un sommet dont les participants sont presque entièrement des hommes. Et si c’est toujours une crise dix-sept ans après l’histoire de Boston, il est juste de penser que les responsables de l’Eglise institutionnelle ne savent toujours pas ce qu’ils font.

Nous sommes choqués que dans de nombreux pays l’homosexualité soit punie par la mort, mais nous acceptons l’enseignement de l’Eglise que les catholiques homosexuels sont  "objectivement désordonnés " et que leur amour peut conduire à la damnation éternelle.

Nous hochons la tête quand les femmes saoudiennes ne sont pas autorisées à obtenir un permis de conduire, mais nous acceptons que les femmes catholiques ne puissent prétendre à la prêtrise.

La mort est souvent un temps d’enseignement, une pause dans le déroulement des jours ordinaires assez forte pour nous faire regarder la vie avec des yeux neufs.

La mort de Moy Moy et l’homélie ridicule et insultante que nous avons supportée à ses funérailles m’ont fait comprendre enfin que j’avais été choisi le mauvais cheval. J’avais mis ma foi dans une institution dont le temps est terminé, dans ses rituels qui ne servent plus à rien et dans ses hiérarchies qui ont perdu toute crédibilité.

Cette institution et bon nombre de ses rituels c’est ce que Jésus a rejeté de la manière la plus ferme ; les récits de l’Évangile montrent qu’à maintes reprises il a dépassé les hiérarchies et le pouvoir religieux.

Il a fustigé les prêtres amoureux du pouvoir et de l’autorité plus que de la justice et de la miséricorde. Les gens qu’il aimait vivaient en marge, et bien que sans éducation ils avaient de la valeur à ses yeux.

La Samaritaine qui puisait l’eau du puits, le lépreux qui disait merci, la femme qui saignait et qui avait la foi et le culot de défier sa propre culture et de l’approcher, c’était eux son peuple.

Je suis venu à l’église ce jour-là pour enterrer ma fille avec  "ceux qui l’avaient connue malgré tout " et je quitte l’Eglise avec eux à mes côtés. Je crois que Moy Moy reste au milieu de nous et que Jésus marche avec nous.

Nous sommes tous en très bonne compagnie.

 

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Why I stayed...and why I'm leaving

The Church should comfort, not judge

Jo McGowan, India, May 8, 2019

 

My daughter Moy Moy died suddenly and unexpectedly in July 2018. My first Commonweal column—written in 1999 when she was ten years old—was about her.

Our pediatrician had told us then that Moy probably only had months left to live. My column was about our anguish and grief; about what we had learned from her brief life and how much we still didn't understand.

Longtime Commonweal readers may remember that our pediatrician got it wrong. Moy Moy didn't die.

She defied the odds and went on to astonish us, triumphing over severe pneumonias, chronic seizures, and continued regression.

Though she had once been mobile, independent, verbal (and very funny), starting at the age of five, she gradually lost all her skills.

By the time she was twelve, she had stopped talking completely and used a wheelchair to get around. When she was sixteen, we had a tube implanted in her stomach because she could no longer swallow.

It didn't seem to matter. In 1994, I started a school for her here in India.

It grew and grew—from two children to three hundred today. Thousands of families from all over the country have benefited from our services in assessment, diagnostics, training, awareness, and advocacy.

Without speaking a word or lifting a finger, Moy Moy changed the world. She drew people to her in ways we couldn't understand or explain—things happened around her and because of her that one could only call miraculous.

Checks arrived just as we had given up hope; exactly the right person showed up with the skills we needed at the very moment we needed them; doors seemed to open and caverns to close as we approached. There was no way to explain any of it.

When she died, I turned instinctively to the church. I had stopped going to Mass in 2009 (pedophilia, the place of women, the anti-gay policies, the lust for power, the corporate values) but with Moy's death, instinct and history took over. I was not myself.

Somehow, I believed that the enormity of our loss would be communicated to the priest and that her funeral and burial service would be a source of strength and comfort.

Four hundred people crowded into that church. Perhaps twenty of them were Christians. The rest were Hindu, Muslim, Sikh, Jain, Parsee, and and Buddhist. Almost all of them spoke only Hindi.

The priest, though Indian and fluent, chose to speak only in English. And his opening words were: "Many of you have probably never attended a Catholic Mass. Please do not come up for Communion. It is only for Catholics."

Now, this is standard protocol in India, where non-Catholics often attend services out of respect, curiosity, or social obligation—like a funeral for a friend. And since prasad (a sweetmeat) is given to anyone who visits a Hindu temple or Sikh gurdwara, people naturally feel that Communion is the same: meant for everyone.

Death is often a teaching moment

So I tried not to be too annoyed at the priest's frosty, unwelcoming message. But when he began his sermon, I had to physically restrain myself. "We know she was a deprived child," he said, two sentences in.

"We know she was not normal, not like us. And though we can never understand what is in the mind of God when He allows such tragedies, for us her life should be an occasion of thanksgiving to Him, a reminder of how fortunate we are to be healthy and of sound mind."

He went on and on in this vein, bewilderingly unable to read the mood of the audience. Luckily, most in attendance had no idea what he was saying because they didn't understand English.

Those who did rejected his premise categorically. Indeed, every single person in the church that day had a completely different take on Moy Moy's life and what we all had lost with her death.

Our daughter Cathleen—improvising instantly the moment the priest sat down—took the pulpit and tried to repair the damage, bringing us back to our collective sense of amazement and gratitude with a riff on "Miracle"—a Seamus Heaney poem about the disabled man in the Gospel whose friends lowered him down to Jesus through a hole in the roof—to convey the power Moy Moy had exerted over "the ones who had known her all along."

And in the eulogy which followed, our son Anand described Moy's magical transformative presence in so many lives, inspiring thousands, many of whom had never met her.

My husband spoke of the angel in our midst—an angel in the true, ancient sense: a messenger from God. He said what all of us in that congregation believed: "We were lucky beyond belief.

Moy Moy constantly reminded us never to dismiss anyone as unable to accomplish the amazing. She saw the light in everyone she met and she encouraged them to use that light to make this world a kinder, more loving place."

The priest, though running the show and in his own territory, was the outlier. Clinging to a conventional, useless understanding of disability (deprived, abnormal, definitely not lucky), all he proved was how out of touch he was.

It's not fair to judge the whole church based on one man's performance, and I don't. I don't even judge him. He is a limited man and not lucky enough to have been touched by a person like Moy.

Yet the anguish that I felt at our daughter's funeral, the sense of personal betrayal from an institution whose claims of wisdom and compassion I once believed in, reminded me of the anguish the church inflicts in other areas. Because it's all of a piece.

Pope Francis responds to the sexual-abuse crisis (created by men) by calling a summit whose participants are almost entirely men. And if it's still a "crisis" seventeen years after the story broke in Boston, it's fair to assume that the people in charge of the institutional church still don't know what they're doing.

We are shocked that in many countries being gay is punishable by death, but we accept the church teaching that gay Catholics are "objectively disordered" and that their love may lead to eternal damnation.

We shake our heads over Saudi women not being allowed to get a license, yet we accept that Catholic women may not aspire to the priesthood.

Death is often a teaching moment, a pause in the catalogue of ordinary days that is startling enough to make us look at everything afresh.

Moy Moy's death and the insulting, ridiculous homily we sat through at her funeral made it clear to me at last that I had been backing the wrong horse. I had been putting my faith in an institution whose time is up, in rituals that no longer serve any purpose and in hierarchies that have lost credibility.

This institution and many of its rituals grew out of the very things Jesus rejected most stridently; the Gospel accounts repeatedly show him subverting hierarchy and upending the religious pecking order.

He lambastes the priests for loving power and authority more than justice and mercy. The people he likes live out on the margins, and while they may not be educated or know the language, their values are clear.

The Samaritan drawing water from the well, the leper who said thank you, the bleeding woman who had the faith and the nerve to defy her culture and approach him—these were his people.

I came into the church that day to bury my daughter with "the ones who had known her all along," and I left the church with them still beside me. I believe that Moy Moy remains in our midst and that Jesus is walking along with us. We are all in very good company.

 

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Date de dernière mise à jour : 17/05/2019