Thomas d’Aquin vs. QAnon[1] : que peuvent faire les catholiques face au conspirationnisme ?

26 avril 2022

Ann Garrido

National Catholic Reporter

 

Dans mon travail de médiation je remarque l’émergence de la question de la vérité. Bien sûr, tout conflit est enraciné dans des questions de vérité, mais ce qui rend une situation difficile, c'est d’abord que les parties impliquées ont des images différentes sur ce qui se passe et ce que cela signifie, et qu’elles présentent ces images comme la vérité.

La plupart des conflits ne portent pas vraiment sur la vérité, du moins pas de la manière dont nous le pensons. En règle générale, les deux parties sont d'accord sur les bases d’une situation. Mais elles divergent sur les faits importants, sur ceux qui sont les plus pertinents, sur ce qu’il faudrait faire.

Maintenant je remarque des situations où ce n'est plus une question de point de vue sur les faits mais un désaccord sur les faits eux-mêmes. Je vois des situations où collègues de travail, fidèles de mon Église mais aussi amis de longue date et membres de ma famille bien-aimée, sont incapables de s’accorder sur les sources d'information dignes de confiance pour les uns et les autres. Ce sont les premiers signes d'une pandémie d'un autre genre : la pandémie de la conspiration.

Aujourd'hui, les sujets relatifs à la pensée conspirationniste reviennent dans presque tous les ateliers que j’anime : QAnon, les origines du COVID-19, la sécurité des vaccins, l'élection présidentielle de 2020 volée, le but de la 5G. Occasionnellement, la Flat Earth Society (Mouvement pour la terre plate) fait une réapparition.

Ce qui les relie est un mépris commun pour les données factuelles largement disponibles et une importance excessive accordée aux données manquantes ou de portée limitée. Les conspirationnistes croient en leur capacité à séparer les vraies informations des fausses et à percevoir entre elles des schémas de connexion que les autres ne pourraient pas voir. Leurs opposants se sentent épuisés et sont en colère à la seule perspective de tenter une conversation qui - sur la base de leurs expériences précédentes - n'ira absolument nulle part.

Cette situation m'inquiète en tant que médiatrice, mais aussi en tant que théologienne et membre de l'Institut de théologie Thomas d'Aquin, où nous nous imprégnons de sa pensée. Parfois au cœur de la nuit, j'entends Thomas, comme un porte-voix, tenter de nous sensibiliser aux dangers de ce phénomène et à l'urgence d'une réponse coordonnée, en tant que nation et en tant qu'Église. Je crois qu'il verrait la pensée conspirationniste comme un sujet de préoccupation non seulement sur le plan politique - concernant la santé de notre vie ensemble - mais aussi sur le plan de la foi.

C'est de la « Somme théologique » de Thomas que nous tirons la définition classique de la vérité comme "l'adéquation de la chose et de la pensée". Plus simplement, la vérité est l’alignement de notre image du monde avec ce qu’est le monde réellement. Contrairement à certaines traditions spirituelles orientales, le christianisme occidental considère que le monde existe par lui-même, indépendamment de notre esprit et de ce que nous croyons à son sujet. Ainsi, soit le climat se réchauffe lentement, soit il ne se réchauffe pas lentement, mais le fait qu'il se réchauffe ou non ne dépend pas de ma conviction. Joe Biden a reçu plus de voix que Donald Trump, mais le fait que je crois l’inverse ne change rien à ce fait.

Nos convictions ont toutefois de l'importance, car elles motivent nos actions. Il est dans notre intérêt de nous assurer que notre pensée soit en phase avec la réalité, sinon nos choix seront mauvais. Je ne crois peut-être pas à la gravité mais si je saute du balcon de mon appartement, je vais toucher le sol à la même vitesse que quelqu'un qui y croit. Ce n'est pas la réalité qui est en danger. C'est moi.

De nombreuses théories du complot semblent inoffensives. Quelqu'un est-il vraiment gêné si je ne crois pas qu'Apollo a atterri sur la lune ? Est-ce que Paul McCartney se soucie du fait que je pense qu'il est mort en 1966 ? Mais alors pourquoi s'inquiéter ? Sur le plan théologique, en tant que chrétiens, nous vénérons la "vérité" et la "réalité ultime" comme des noms de Dieu. Ainsi chaque fois qu’une image dans notre esprit est moins vraie qu'elle ne pourrait l'être - même autour du destin d'un des Beatles - nous nous éloignons de Dieu. La pensée conspirationniste a des conséquences spirituelles, même si elles sont parfois subtiles.

Je reconnais que cette préoccupation théologique peut sembler un peu ésotérique. Permettez-moi donc d'aborder une question plus immédiatement préoccupante : au cours de l'histoire, de nombreuses théories du complot qui semblaient sans conséquence ont généré des conséquences horribles. L'obscur livre de 1905 "Protocoles des Sages de Sion" affirmait l'existence d'une conspiration juive visant à dominer le monde. Trois décennies plus tard, il a été utilisé par les nazis pour justifier le génocide juif. Le déni de l'existence du sida par le gouvernement sud-africain dans les années 1980 a contribué à des centaines de milliers de morts inutiles. Les campagnes de désinformation actuelles sur les vaccins contre la COVID-19 ont contribué à des décès stupides. L'impact réel des théories du complot les rend non seulement spirituellement mais aussi moralement gênantes.

Thomas noterait que si nous sommes véritablement induits en erreur par des informations et que nous les croyons vraies alors qu'elles ne le sont pas, il n'y a pas de péché. Nous sommes simplement en situation d'erreur. Mais si nous savons que l'information est fausse et que nous affirmons néanmoins qu'elle est vraie, alors nous mentons et sommes en état de péché. Si d'autres ont tenté de nous faire remarquer que nous nous trompons et que nous refusons d’accepter des informations plus précises ou exactes alors que nous sommes des créatures douées de raison, nous sommes coupables du péché de l'ignorance vincible[2] - un terme du passé que nous devons probablement ressortir du placard et dépoussiérer.

En tant qu'Église, nous devons traiter la pensée conspirationniste avec la même vigueur que d'autres questions morales importantes, telles que l'immigration, l'avortement, le racisme et l’exploitation des êtres humains. Dans ses prédications de l’an dernier le pape François a régulièrement tancé la désinformation sur le vaccin contre la COVID-19. Ses messages annuels à l'occasion de la Journée mondiale des communications n'ont cessé de tirer la sonnette d'alarme sur les fake news, notamment dans les médias sociaux.

Les paroisses et les diocèses devraient s’engager pour traiter la pensée conspirationniste comme une crise morale (par des articles, des prédications, des formations sur la foi et sur l'éducation aux médias, des études de livres, des discussions sur des films comme The Social Dilemma -Derrière nos écrans de fumée- de Netflix). En parallèle de ce que chacun d'entre nous peut faire c’est un effort coordonné et soutenu qui est nécessaire de la part des communautés. Chacun d'entre attend de savoir comment gérer efficacement ces situations dans ses relations personnelles.

Alors, que pouvons-nous faire, personnes attachées à la vérité, tout en continuant à aimer notre prochain ? Quelques conseils tirés de l'étude des conflits peuvent nous aider, même s'ils ne produisent pas les solutions immédiates que nous espérons.

Premièrement, il faut reconnaître que la pensée conspirationniste n'est pas l'apanage de la gauche ou de la droite, des jeunes ou des vieux. Elle n'est pas particulière à la race ou à la religion, à la classe socio-économique ou au degré d'instruction. En tant qu'universitaire, je sais que je suis tenté de tenir en haute estime ma capacité à discerner les informations et à percevoir des schémas de connexion que les autres ne peuvent pas voir. Réaliser que le désir de savoir partage une frontière avec le désir d'être à la pointe des choses peut nous inciter à l’empathie. La vérité n'est pas facile à discerner et, bien qu'il n'existe pas de "faits alternatifs" dans l'esprit thomiste, il y aura toujours des "faits supplémentaires". Aucun d'entre nous n'a sa pensée totalement alignée sur la réalité. Nous pouvons reconnaître que la poursuite de la vérité est une lutte et un chemin universels.

Deuxièmement, considérez l'objectif de vos conversations. Nous participons généralement à des conversations sur les théories du complot dans le but de faire changer d'avis l'autre personne et de l'aider à voir la vérité. Pourtant, si nous ne considérons comme fructueuses que les discussions qui amènent l'autre à changer d'avis, nous nous exposons à la frustration et à l'échec. Nous devons plutôt nous fixer des objectifs plus faciles à gérer.

Quel objectif pouvons-nous raisonnablement atteindre dans une telle conversation ? Nous pouvons toujours en apprendre davantage sur ce que l'autre croit. Nous pouvons poser des questions sur son point de vue, non pas dans l'intention de nous y convertir nous-mêmes, mais dans le but de comprendre pourquoi son avis le fascine. Je m'imagine parfois dans le rôle d'un journaliste, posant des questions pour m'assurer que j'ai bien compris son histoire et que je peux la résumer de manière à ce qu'il puisse hocher la tête et dire "Oui, vous m'avez entendu".

C'est important car si les personnes changent rarement d'avis sur leurs convictions, elles ne changent jamais d'avis si elles se sentent rabaissées ou rejetées. Les personnes qui ont le sentiment de ne pas être prises au sérieux risquent de s'enraciner davantage dans leurs schémas de pensée et non de les critiquer.

Une autre façon d'aider les personnes à se sentir respectées et entendues est de reconnaître leurs sentiments. Reconnaître ses sentiments ne signifie pas, encore une fois, qu'il faut être d'accord avec les convictions de l'autre personne, mais qu'il faut noter que sous ses croyances conspirationnistes se cachent souvent de fortes émotions de peur, d'anxiété, voire de désespoir.

Par exemple : "On dirait que vous êtes vraiment inquiet que la vaccination puisse affecter votre capacité à avoir des enfants à l'avenir" ou "J'entends derrière ce que vous dites une grande crainte pour l'avenir de notre pays - qu'il puisse devenir un lieu où votre voix ne compte plus".

Même si nous ne pouvons pas, par souci de vérité, partager leur récit, nous partageons souvent leurs sentiments, et cela peut constituer un point de rencontre : "Moi aussi, je ressens beaucoup d'anxiété en ce moment. Moi aussi, je veux que nos enfants - y compris ceux qui ne sont pas encore nés - soient en bonne santé. Moi aussi, je veux que notre pays ait un avenir."

Trouver un terrain d'entente au niveau de l'émotion peut également constituer un pont pour partager notre propre perspective. Il peut parfois être utile d'identifier brièvement pourquoi vous n'êtes pas convaincu par leur théorie. Par exemple, "Voici ce que j'ai entendu de plus convaincant pour moi..." ou "Je pense que ce qui m'a persuadé de penser différemment est...". En même temps, il n'est pas utile de s'enfermer dans une bataille des faits, car c'est là que la conversation risque le plus de s'enliser. Les changements possibles pour que la conversation reste constructive sont les suivants :

- Inviter à l'humilité intellectuelle et à la réflexion sur les sources d'information : "Ni vous ni moi ne sommes des scientifiques, des médecins ou des responsables des sondages et nous ne serons pas en mesure de régler cette question une fois pour toutes par nous-mêmes. Le mieux que nous puissions faire est de nous assurer que nous avons vérifié la qualité des sources que nous utilisons pour éclairer nos points de vue. J'ai obtenu mes informations de x et de y parce que... ".

- Nommer vos propres sentiments à propos de la conversation elle-même et de l'impact qu'elle a sur votre relation : "Je suis frustré parce que nous avons toujours la même conversation, encore et encore, et que cela ne fait changer aucun de nos avis, et j'ai l'impression que cela nuit à notre amitié. Je suis inquiet parce que je me soucie de toi. J'ai peur que nos divergences sur ce sujet ne deviennent un fossé que nous ne pourrons pas combler."

- Proposer des stratégies pour aller de l'avant dans votre relation : "Je sais que nous avons tourné en rond sur ce sujet et, à moins que de nouvelles informations importantes ne soient communiquées, il n'est probablement pas utile de continuer à y revenir. Peut-être que la question la plus importante est de savoir comment nous voulons continuer à être frères et sœurs alors que nous pensons si différemment sur ce sujet. Quels engagements pouvons-nous prendre les uns envers les autres ?"

L'engagement envers la vérité est fondamental dans notre vie de chrétien. Nous en témoignons en essayant de toujours nous assurer que nos esprits sont alignés sur la réalité. En même temps, nous témoignons de notre engagement envers la vérité par la manière dont nous choisissons d'être vrais les uns envers les autres, même dans des situations entachées de contre-vérité. Parfois, nous devons fixer des limites aux conversations que nous sommes prêts à avoir de nouveau. Pendant une pandémie, nous devrons peut-être créer une distance physique entre nous par souci de sécurité.

Mais nous pouvons aussi nous efforcer de maintenir ouvertes les passerelles de communication - en parlant d'autres sujets, en participant à des activités communes lorsque la discussion ne fonctionne pas, en offrant des cadeaux, en rendant service à l'autre. Bien qu'ils ne soient peut-être pas aussi connus que ses écrits sur la vérité, les commentaires de Thomas d’Aquin sur les vertus du respect - ce que nous devons à nos proches - peuvent être pertinents en ces temps difficiles. Notre respect à la vérité ne peut effacer notre respect les uns envers les autres.

Notre attention constante les uns envers les autres rendra possible ce que tous nos débats rigoureux n'ont pas permis. Thomas nous rappelle que seul Dieu peut conduire l'esprit d'une personne vers une plus grande vérité. Ce n'est que par le don de la grâce que quiconque fait l'expérience de la conversion. Mais lorsque nous travaillons ensemble contre la pensée conspirationniste, nous agissons comme les yeux, la bouche, les mains et les pieds de Dieu. Et, pas immédiatement mais finalement, la vérité l'emporte.

Ann Garrido est professeur associé d'homilétique[3] à l’Institut Thomas d’Aquin de Saint-Louis et consultante pour Triad Consulting[4]. Elle est l'auteure de « Let's Talk About Truth : A Guide for Preachers, Teachers, and Other Catholic Leaders in a World of Doubt and Discord » (Parlons de la vérité : un guide pour les prédicateurs, les professeurs et les responsables catholiques dans un monde de doute et d’affrontement), Ave Maria Press, 2020 et « Rules_of_Engagement : 8 Christian Habits for Being Good and Doing Good Online » (Les règles de l’engagement : huit réflexes chrétiens quand on est sur internet), Ave Maria Press, 2021.

Elle est membre du projet "Preaching and the Sciences"[5] (La prédication et la science) financé par la Fondation John Templeton[6].

On peut la joindre à l'adresse anngarrido.com.

Aquinas vs. QAnon: What Catholics can do about conspiracy thinking?

Apr 26, 2022

by Ann Garrido

 

Lately, in my work as a conflict facilitator, I've noticed a trend about the question of "truth." Of course, every conflict is rooted in questions of "truth" — what makes a situation difficult in the first place is that the parties involved hold different pictures in their minds about what is going on and what it means. Parties frame these as questions of "truth."

Yet most conflicts are not really about "truth" — at least not in the way we think they are. As a rule of thumb, both parties agree on the basic facts of the situation. What they disagree about is which facts matter, which ones are more relevant, what we should do about the facts.

A couple of years ago, however, I began to see situations where it wasn't merely a matter of perspective concerning the facts, but disagreement about the facts themselves. I began to hear stories of not only fellow co-workers and congregants, but also longtime friends and beloved family members unable to find sources of information that both would find trustworthy. I was witnessing the early signs of a different sort of pandemic — a conspiracy pandemic.

Now questions about conspiracy thinking come up in almost every conflict workshop that I offer: QAnon, the origins of COVID-19, the safety of vaccines, the stolen 2020 presidential election, the purpose of 5G. Occasionally even the Flat Earth Society makes a reappearance.

What links these disparate narratives is a common disregard for widely available factual data and an overemphasis on data that is missing or limited in scope. Conspiracy thinkers believe in their own capacity to discern information and perceive patterns of connection that others can't see, while their counterparts feel angry and exhausted at the very prospect of trying to have another conversation that — based on previous experience — will go "absolutely nowhere."

The situation alarms me as a conflict facilitator, but also as a theologian and faculty member at Aquinas Institute of Theology, where we steep ourselves in all things Dominican, especially of course the thought of Thomas Aquinas. In the dead of night I can sometimes hear Thomas as if through a bullhorn wanting to wake all of us up to the dangers of this phenomenon and the urgency of some sort of coordinated response, not just as a nation, but as a church. I believe he would see conspiracy thinking as a matter of concern not only politically — pertaining to the health of our common life with one another — but in terms of faith.

It is from Thomas' Summa Theologiae that we derive the classical dictionary definition of truth as "the adequation of thing and intellect." More simply, truth is having a picture of the world in your mind that aligns with how the world really is. In contrast to some Eastern spiritual traditions, Western Christianity understands the world as existing on its own separate from our minds and regardless of what we believe about it. So either the climate is slowly warming or it is not slowly warming, but whether it is warming or not is not dependent on me believing it is. Either Joe Biden received more votes or Donald Trump did, but me believing one way or the other does not change the actual number.

Our beliefs do matter, however, because they motivate our actions. It is in our own best interest to make sure our minds align with reality, or our choices will be poor ones. I may not believe in gravity, for example, but if I jump off my apartment balcony, I'm going to hit the ground at the same speed as someone who does. It is not reality that is in danger. It is me.

Many conspiracy theories seem fairly innocuous. Is anyone really the worse off if I don't believe Apollo landed on the moon? Does even Paul McCartney care that I think he actually died in 1966? Why be concerned? Two reasons. First — on a theological plane — as Christians, we reverence "Truth" and "Ultimate Reality" as names for God and any time that we have a picture in our mind that is less true than it could be — even around the fate of a Beatle — we are also one step further from God than we could be. Conspiracy thinking has spiritual consequences, even if sometimes subtle ones.

But I concede this big-picture theological concern can sound a bit esoteric. So let me name the more immediately worrisome one: Across history, many conspiracy theories that perhaps seemed inconsequential at first have led to horrendous results. The obscure 1905 "Protocols of the Learned Elders of Zion" book asserted a Jewish conspiracy to achieve world domination. Three decades later it was used by Nazis to justify Jewish genocide. The denial of the existence of AIDS in the 1980s by the government of South Africa contributed to hundreds of thousands of unnecessary deaths. Current disinformation campaigns about COVID-19 vaccines have already contributed to unnecessary deaths as well. The very real impact of conspiracy theories makes them not only spiritually but morally troublesome.

As a church we need to treat conspiracy thinking with the same vigor as other significant moral issues of our time, such as immigration policy, abortion, racism and human trafficking.

Aquinas would note that if we are genuinely misled by information and believe it to be true when it is not, there is no sin involved. We are simply in the very unfortunate state of error. But if we know the information to be fictitious and nevertheless assert that it is true, then we are lying and in a state of sin. Moreover, if others have tried to point out to us that we are mistaken and we refuse to receive more accurate information when we could do so as creatures gifted with reason, we are culpable of the sin of "vincible ignorance" — a term from the past that we probably need to take out of the closet and dust off.

As a church we need to treat conspiracy thinking with the same vigor as other significant moral issues of our time, such as immigration policy, abortion, racism and human trafficking. Pope Francis regularly confronted disinformation about the COVID-19 vaccine in his preaching this past year. And his annual World Communications Day messages have been consistently strong in raising alarm about "fake news," especially on social media.

Parishes and dioceses could be doing much more to take on conspiracy thinking as a moral crisis. Possibilities include bulletin articles, preaching from the pulpit, faith formation opportunities on media literacy, book studies and discussion of films like Netflix's The Social Dilemma. Making headway on this issue is going to require coordinated, sustained effort as a community dedicated to truth. It is more than any one of us can take on individually. And yet, at the same time, each of us hungers to figure out how to deal effectively with the situation in our own personal relationships.

So, what can we do as people who are committed to truth and, at the same time, to "loving our neighbor"? A few tips from the field of conflict studies could help, even if they may not produce the immediate solutions we hope for.

First, recognize that conspiracy thinking is not something unique to the left or the right, the young or the old. It is not particular to race or religion, socioeconomic class or even degree of education. As an academic, I know that I am tempted to hold in high estimation my own capacity to discern information and perceive patterns of connection that others can't see. Realizing the desire to "know" shares a border with a desire to be "in the know" can give us greater empathy. Truth is not an easy thing to discern and, while there are no such things as "alternative facts" from a Thomistic mindset, there are almost always going to be such things as "additional facts." None of us yet has a mind entirely aligned with reality. So we can acknowledge the pursuit of truth is a universal struggle and journey.

Second, consider the purpose of your conversations. We generally participate in conversations about conspiracy theories with the goal of changing the other person's mind and helping them to "see the light." Yet if we only consider as successful discussions that result in the other changing their view, we are setting ourselves up for frustration and failure. Instead, we should embrace more manageable goals.

What can we reliably achieve in any conversation? We can always learn more about what the other believes. We can ask questions about their view, not with the intention of being converted to it ourselves, but with the goal of figuring out why this story is compelling to them. I sometimes imagine myself in the role of a journalist, asking questions to make sure I have their story clear enough that I could summarize it back to them in such a way they would be able to nod and agree, "Yes, you heard me."

This is important because while people rarely change their minds about their convictions, they never change their minds if they feel belittled or dismissed. Persons who feel they are not being taken seriously are likely to become more entrenched in their patterns of thought, not less.

Another way to help persons feel respected and heard is to acknowledge their feelings. Acknowledging feelings is, again, not the same as agreeing with the other person's story but noting that underneath their conspiracy beliefs are often strong emotions of fear, anxiety, even despair.

For example, "It sounds like you are really worried that being vaccinated might affect your ability to have children in the future" or "I hear underneath what you are saying a grave fear for the future of our country — that it might become a place where your voice no longer counts."

Even if we cannot for the sake of truth share their narrative, we do often share their feelings, and this can provide a point of connection: "I, too, feel a lot of anxiety right now. I, too, want our children — including those not yet born — to be healthy. I, too, want our country to have a future."

Finding common ground at the level of emotion can also provide a potential bridge to share our own perspective. It may sometimes be helpful to identify briefly why you are not persuaded by their theory. For example, "Here's what I've been hearing that is most persuasive to me … " or "I think what has persuaded me to think differently is … ". At the same time, it is not helpful to get locked into a "battle of the facts" because this is where the conversation is most likely to get stuck. Possible shifts to keep the conversation constructive include:

  • Inviting intellectual humility and reflection on sources of information: "Neither you nor I are scientists/doctors/polling officials and we are not going to be able to sort this issue out once and for all on our own. The best we are going to be able to do is make sure that we've checked out the quality of the sources we are using to inform our perspectives. I've been getting my information from ____ and ____ because … ".
  • Naming your own feelings about the conversation itself and the impact the conversation is having on your relationship: "I'm frustrated because we keep getting into the same conversation over and over again and it's not changing either of our minds but it does feel like it's hurting our friendship. I'm worried because I care about you and I care about our wider family. I'm scared our differences on this matter are becoming a rift we won't be able to heal."
  • Inviting strategies for moving forward in your relationship: "I know we've gone in circles on this topic and unless some major new information comes forward it's probably not helpful to keep revisiting it. Maybe the bigger question is how we want to still be sisters when we think so differently on this topic. What commitments can we make to each other?"

A commitment to truth is fundamental to our lives as Christians. We witness to this by trying to always make sure that our own minds are aligned with reality. At the same time, we witness our commitment to truth by the way that we choose to "be true" to one another even in situations marred by untruth. Sometimes we might need to set boundaries on what conversations we are willing to have repeatedly. During a pandemic, we might need to create physical distance from one another for safety's sake.

But we can also work to keep bridges of care for one another open — talking about other topics, engaging in common activities when talking isn't working, gift-giving, acts of service toward one another. Although perhaps not as well known as his writing on truth, Aquinas' comments on "pietas" — or what we owe our kin and "countrymen" — may be relevant during this tough time: Our religious devotion to truth can't erase our devotion to each other.

And, hopefully, our ongoing devotion to each other will make possible what all of our rigorous debates have not. Thomas reminds us that it is only God that can lead a person's mind toward greater truth. It's only by the gift of grace that anyone experiences conversion. But when we work together to form a circle of both concern and compassion around persons with conspiracy thinking, we are working as God's eyes, mouth, hands, feet. And, perhaps not immediately, but eventually, truth wins out.

Ann Garrido is associate professor of homiletics at Aquinas Institute of Theology in St. Louis and a consultant with Triad Consulting. She is the author of Let’s Talk About Truth: A Guide for Preachers, Teachers, and Other Catholic Leaders in a World of Doubt and Discord (Ave Maria Press, 2020) and #Rules_of_Engagement: 8 Christian Habits for Being Good and Doing Good Online (Ave Maria Press, 2021). She is a member of the “Preaching and the Sciences” grant project funded by the John Templeton Foundation. She can be reached at anngarrido.com.


[1] QAnon est une mouvance conspirationniste d'extrême droite née aux États-Unis, regroupant les promoteurs de théories du complot selon lesquelles une guerre secrète a lieu entre Donald Trump et les élites gouvernementales, les milieux financiers et les médias, qui commettraient des crimes pédophiles, cannibales et sataniques. (Source Wikipédia)

[2] Casuistique : une ignorance qui peut être vaincue (Littré)

[3] L'homilétique est l'application des méthodes de la rhétorique au domaine religieux (source Wikipédia).

[4] https://www.triadconsultinggroup.com/

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[5] Projet de la Société Théologique Catholique (CTU). La CTU est engagée dans la formation théologique.

[6] Fondation philanthropique protestante nord-américaine

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