Japon - Femmes dans l'Église : ce qui a été fait n'est pas ce dont nous avons besoin - 22/07/2019

La diffusion de l'Évangile souffre de la non-pertinence et de l'injustice des relations de l'Église avec les femmes.

Femmes dans l'Église : ce qui a été fait n'est pas ce dont nous avons besoin

La diffusion de l'Évangile souffre de la non-pertinence et de l'injustice des relations de l'Église avec les femmes.

 

Père William Grimm

Japon

22 juillet 2019

 

Pouvez-vous dire où, dans les évangiles, Jésus instaure le presbytérat et le diaconat ? Vous n’aurez pas d’indice car la réponse est : nulle part.

Saint Paul mentionne les diacres avec les évêques dans sa lettre aux chrétiens de Philippes. Plus tard, dans la première épître à Timothée, Paul (ou plus probablement quelqu'un écrivant en son nom) parle des qualifications pour ces ministères. Il existe une phrase sur les femmes qui pourrait faire référence à des diaconesses puisqu'elle se situe au milieu de la liste des qualités qui devraient caractériser un diacre. Les historiens de l'art ont découvert les premières représentations de la liturgie montrant des femmes jouant un rôle à l'autel avec des hommes.

Il est donc clair que depuis les débuts de l'Église, du moins à certains endroits, il y avait des évêques et des diacres, peut-être des deux sexes, même s'ils ont été très différents de leurs descendants actuels. Ces ministères sont postérieurs à la Pentecôte lorsque l'Église y a reçu le pouvoir de Dieu pour remplir sa mission.

Les presbytres (nous les appelons prêtres, bien que le rite de l'ordination les appelle ainsi) sont apparemment venus partager le ministère sacerdotal des évêques quelque temps après l’écriture du Nouveau Testament.

Les Actes des Apôtres montrent les origines d'un ministère qui est devenu le diaconat que nous connaissons aujourd'hui. Dans les Actes, sept hommes ont été nommés en réponse à un problème pratique dans l'Église. Le travail de bienfaisance de la communauté allait au-delà de la capacité des dirigeants de servir équitablement (Ac 6, 1-6). Ainsi, la communauté, à la demande des dirigeants, a choisi des hommes pour s’engager dans ce travail.

Après l’Ascension, l’Église nouvelle-née n’a eu aucun problème à organiser sa vie et son ministère en accord avec les besoins et les opportunités avec lesquels Jésus n’a pas, ne pouvait ni ne devait pas s’occuper.

Les ministères ordonnés de l'évêque, du presbytre et du diacre ont été créés à partir de besoins concrets qui ne pouvaient apparaître que lorsque l'Église se développait pour devenir une communauté structurée. Ce sont les besoins actuels et non les précédents, qui déterminent la manière dont l’Église fait face à de nouvelles situations.

Le Vatican a étudié la question de l’ordination des femmes en tant que diacres, en se concentrant sur l’histoire. Cependant, que les femmes du premier, deuxième ou troisième siècles aient exercé ou non ce que nous appellerions un ministère ordonné est sans importance.

Les réponses aux situations de l'époque dans le bassin méditerranéen ne sont d'aucune utilité au XXIe siècle. Ce qui est pertinent, et qui est la vraie tradition, est la confiance en la présence du Saint-Esprit qui guide l’Église pour innover en répondant aux besoins et aux situations culturelles d’une époque et d’un lieu.

Qu'est-ce que cela signifie deux millénaires plus tard, lorsque l'Église est devenue véritablement catholique, véritablement universelle ? De toute évidence les besoins sont différents et il ne pourra leur être répondu en continuant ou en restaurant d'anciens ministères.

Dans les principales régions du monde, la diffusion de l'Évangile est entravée par la perception croissante de l'injustice des relations de l'Église avec les femmes. Aujourd’hui dans le monde les femmes prennent leur place en tant qu'égales des hommes. Ce n'est pas le cas partout, mais c'est une tendance majeure et croissante dans de nombreuses régions du monde. Par conséquent, le défi auquel la communauté chrétienne est confrontée aujourd'hui est de prendre position dans une situation où les rôles et les relations des hommes et des femmes divergent – et vite - de ce qu'ils ont été dans le passé.

Ordonner des femmes ne sera pas une panacée et pourrait même ne pas être souhaitable lorsqu'il y a des besoins plus importants (que leur ordination) auxquels il faudrait répondre en les impliquant. Mais cela peut être un pas en avant comme un signe d'ouverture à l'appel de l'Esprit - une fois de plus - pour répondre aux besoins d’aujourd’hui avec créativité et confiance.

Nous avons un précédent pour reconnaître que les femmes ne doivent pas être exclues par leur sexe du statut de disciples à part entière. Ce précédent vient de Jésus lui-même.

Lorsqu'il a rendu visite à Marthe et à Marie, Marie s'est assise aux pieds de Jésus. Dans le monde où il vivait et enseignait, cette posture avait une signification particulière que ceux qui en avaient été témoins et ceux qui avaient lu à l'origine l'Evangile de Luc avaient compris. Ils en avaient été surpris ou même choqué. Cela dérangeait Marthe.

Celui qui s’asseyait aux pieds d'un enseignant était le disciple de cet enseignant. Nous parlons encore de disciples assis aux pieds d'un maître. Marie était un disciple de Jésus, autorisé à s'asseoir à ses pieds comme le ferait n'importe quel autre disciple.

Mais à cette époque et à ce lieu, les femmes appartenaient à la cuisine, faisant ce que Martha faisait. Pour une femme occuper la place de disciple à part entière, était un défi radical à la société dans laquelle Jésus vivait. Marie réclamait l'égalité avec les hommes ! Non seulement Jésus l'a permis mais il a dit à Marthe que Marie avait "choisi la meilleure part". Et, a-t-il ajouté, "cela ne lui sera pas enlevé".

En fait, peu de temps s’est écoulé avant que l’on refuse aux femmes qui ont suivi Marie en tant que disciples du Christ ce que Jésus leur avait donné. La vision radicale de l'égalité qu’avaient Jésus et l'Église primitive n'a pas survécu longtemps. Les attitudes traditionnelles envers les femmes et même parmi les femmes, étaient tout simplement trop fortes.

Aujourd'hui, alors que les attitudes (envers les femmes) opposées à la pratique de Jésus changent dans de nombreux endroits, nous sommes mis au défi d'accepter le fait que Jésus ait encore quelque chose à nous apprendre pour subvertir l'ordre soi-disant "normal" de la société et de l'Église.

Ce qui a été n'est pas ce qui doit être.

 

 

Le père William Grimm est un prêtre né à New York et travaillant à Tokyo. Il a également servi au Cambodge et à Hong Kong et est l'éditeur de ucanews.com.

 

 

Women in the Church: What has been is not what need be

Gospel's spread is hampered by the perception of the irrelevance and injustice of the Church's relationship with women

Father William Grimm

Japan

July 22, 2019

Can you say where in the Gospels Jesus institutes the presbyterate (priesthood) and the deaconate? Hint: nowhere.

St. Paul mentions deacons along with bishops in his letter to the Christians of Philippi. Later, in the first epistle to Timothy, Paul (or more likely someone writing in his name) talks of the qualifications for those ministries. There is a sentence about women that might refer to deaconesses since it is in the middle of the list of qualities that should typify a deacon. Art historians have discovered early representations of the liturgy that show women sharing a role at the altar with men.

So, it is clear that from the early days of the Church, at least in some places, there were bishops and deacons, perhaps of both genders, though they would have been very different from their evolved descendants. Those ministries postdate Pentecost when the Church received the power of God to fulfill its mission.

Presbyters (we call them priests, though the ordination rite calls them presbyters) apparently came to share the priestly ministry of bishops sometime after the New Testament period.

The Acts of the Apostles presents the origins of a ministry that evolved into the deaconate we know today. In Acts, seven men were appointed in response to a practical problem in the Church. The charitable work of the community was expanding beyond the ability of the leaders to equitably serve all (Acts 6:1-6). So, the community, at the behest of the leaders, chose men to engage in that work.

After the Ascension, the newborn Church had no problem organizing its life and ministry in accord with needs and opportunities with which Jesus did not, could not nor needed not deal.

The ordained ministries of bishop, presbyter and deacon arose out of concrete needs and were intended to meet those needs that could only arise after the Church developed into a more or less structured community. It is need, not precedent, that determines the way the Church meets new situations.

The Vatican has been studying the question of ordaining women as deacons, focusing on history. However, whether or not women in the first, second or third century exercised what we would call ordained ministry is irrelevant.

Answers to situations back then in the Mediterranean basin are, in themselves, of no use in the 21st century. What is relevant, and is the true tradition, is confidence in the presence of the Holy Spirit guiding the Church to innovate in meeting the needs and cultural situations of that time and place.

What does that mean two millennia later when the Church has become truly catholic, truly universal? Obviously, there are different needs, needs that will not and cannot be answered by continuing or restoring ancient precedents.

In major parts of the world, the spread of the Gospel is hampered by the increasing perception of the irrelevance and injustice of the Church's relationship with women. Women are taking their place as equals of men. That is not the case everywhere, but it is a major and growing trend in large parts of the world. Therefore, the need facing the Christian community today is to respond to that fact where the roles and relations of men and women are rapidly diverging from what they have been in the past.

Ordaining women will not be a panacea and may not even be desirable when there are more important needs that should be met by involving women. But it may be step toward being a sign of openness to the call of the Spirit to once again answer the needs around us with creativity and confidence.

We do have a precedent for recognizing that women may not be excluded from full discipleship by their gender. The one who broke the precedent was Jesus himself.

When he visited Martha and Mary, Mary sat at the feet of Jesus. In the world in which he lived and taught, that posture had a special meaning that those who saw it and those who originally read Luke's Gospel would have understood. And that meaning would have surprised or even shocked them. It bothered Martha.

One who sat at the feet of a teacher was that teacher's disciple. We still speak of disciples sitting at the feet of a master. Mary was a disciple of Jesus, entitled to sit at his feet as any other disciple would.

But in that time and place, women belonged in the kitchen, doing what Martha was doing. For a woman to occupy the position of a full disciple was a radical challenge to the society in which Jesus lived. Mary was claiming equality with men! And Jesus not only allowed it; he even said to Martha that Mary had "chosen the better part." And, he added, "it will not be taken from her."

In fact, not much time passed before it was taken from those women who followed Mary as disciples of Christ. Jesus' and the early Church's radical view of equality did not long survive. Customary attitudes toward women, even among women, were just too strong.

Today, as attitudes toward women that subverted the practice of Jesus are changing in many places, we are challenged to accept the fact that Jesus still has something to teach us that seems subversive of the so-called "normal" ordering of society and the Church.

What has been is not what need be.

 

 

Father William Grimm is a New York-born priest active in Tokyo. He has also served in Cambodia and Hong Kong and is the publisher of ucanews.com.

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Date de dernière mise à jour : 20/08/2019