USA - Déconnecté de la réalité - LCI 7 sept. 2019

L'Église peut se redécouvrir et mettre le monde moderne au défi de se réformer

Déconnecté de la réalité

Compte rendu de lecture de « L'Ironie de l'histoire catholique moderne » de George Weigel

 

L'Église peut se redécouvrir et mettre le monde moderne au défi de se réformer

 

James Chappel[1]

États-Unis

Le 7 septembre 2019

 

 

Le pape contrôle beaucoup moins son troupeau que la plupart des gens ne le pense. Cela a toujours été le cas : aucun leader de l'histoire, et encore moins le dirigeant d'un milliard de personnes à travers le monde, n'a pu prétendre à une obéissance absolue.

C'est vrai du pape François, et particulièrement aux États-Unis. Ici, on néglige les missives papales et on finance la conquête de l’opinion publique catholique au nom du conservatisme clérical et de l'économie libérale.

Au cours des siècles, les papes ont dû faire face à toutes sortes de défis à leur pouvoir, y compris militaire. Et bien que certains défis aient été dévastateurs pour l'Église, aucun n'était peut-être aussi corrosif que celui-ci.

L'une des plus importantes parmi les organisations conservatrices est le Napa Institute, fondé et financé par un avocat et homme d'affaires millionnaire nommé Timothy Busch[2].

Sa neuvième conférence d'été a eu lieu en juillet. La liste de dix-sept conférenciers est intéressante à examiner : seize d'entre eux étaient blancs, seize d'entre eux étaient des hommes.

Lindsey Graham[3] et Scott Walker[4], qui ne sont pas catholiques mais qui sont conservateurs, ont pris la parole, tout comme le cardinal Raymond Burke[5], le chef de la résistance conservatrice à François.

De tous les dirigeants et hommes influents d'Eglise qui ont assisté à la conférence, George Weigel[6] se distingue. Il est affilié à un groupe de réflexion plutôt qu'à un parti politique et il est probablement le conférencier qui jouit de la meilleure réputation en dehors des milieux catholiques conservateurs.

Ses livres sont publiés par des maisons d'édition grand public et non par les maisons d'édition chrétiennes, celles qui publient des ouvrages comme The Homosexual Agenda[7] d'Alan Sears[8].

G. Weigel est surtout connu pour sa biographie du Pape Jean-Paul II parue en 1999. Elle est clairement hagiographique mais reste une étude compétente qui s'efforce de placer le personnage dans les nombreux contextes historiques qu'il a traversés.

 

 

S’inspirer des historiens

G. Weigel est important parce que le catholicisme conservateur qu'il représente est puissant. Surtout à la Cour suprême, mais ailleurs aussi, cet étrange assemblage catholique réunit le conservatisme et l'économie libérale d'une manière qui semble étrangère à l’Evangile mais qui est parfaitement à l'aise avec la droite contemporaine.

D'où l'importance du nouveau livre de G. Weigel « L'Ironie de l'histoire catholique moderne », sa première tentative de rendre compte de l'évolution de l'Église catholique au cours des derniers siècles. Il prétend l’avoir écrit pour les non-catholiques et les non-conservateurs.

Il s'appuie sur des historiens laïcs -dont moi-. Il réduit au minimum les atermoiements. Le tout est agréablement écrit et semble solide. C'est ce qui le rend si dangereux.

« L'ironie de l'histoire catholique moderne » se veut une œuvre historique savante. Je vais donc m'engager dans ce sens avant de me tourner vers ce qui me semble être son véritable propos qui est de fournir un argumentaire pour le catholicisme conservateur de type Napa.

En tant qu'œuvre populaire d'histoire, elle connaît un certain succès, parfois même surprenant, alors qu’il s'agit essentiellement d'un récit polémique allant de l'Église catholique de la Révolution française à nos jours, centré sur la papauté et sur le dernier demi-siècle.

La thèse de base est que l'Église catholique et la modernité (qui pas clairement définie) ont été en conflit pendant une grande partie des XIXe et XXe siècles. Les catholiques se méfiaient de la science et de l'État, tandis que les non-catholiques se méfiaient de l'Église comme d'une organisation de dogmes et d'intolérance. Il y avait pourtant des responsables d'Eglise et des théologiens qui cherchaient un dialogue plus constructif entre le catholicisme et le monde -certes ils étaient minoritaires-, mais l'intransigeance des anticléricaux violents les rendait inaudibles.

Depuis les années 1960  la situation a changé. C'est surtout pendant le pontificat de Jean-Paul II que le catholicisme et le monde se sont ouvert l'un à l'autre, d'une manière que G. Weigel juge, pour les deux, potentiellement saine.

Cet argument de base est incontestable, bien qu'un peu simple. La définition de la modernité est si vague qu'il est difficile de présenter l'argument de Weigel sous une forme acceptable pour les historiens ; puisqu'il n'y a pas d'argumentation claire, il n'y a pas grand-chose qu’ils puissent en faire.

À un niveau fondamental, cependant, il a raison au sujet de la portée générale de l'histoire. Il n'y a pas beaucoup d’ouvrages qui retracent l'histoire de l'Eglise depuis les débuts de la période moderne jusqu'à nos jours, et qui intègrent les histoires nord-américaines et latino-américaines avec l’histoire européenne. « L'ironie de l'histoire catholique moderne » en est un, et à un certain niveau il n’est pas si mauvais.

 

Une thèse purement historique

Avant de passer aux véritables objectifs de G. Weigel, il convient de souligner qu'il ne s'agit clairement pas d'une histoire détaillée de l'Eglise. L'histoire catholique a été un domaine en plein essor ces dernières années, même et surtout chez les non-catholiques, et bien que Weigel les cite parfois, il n’intègre pas sérieusement leurs avancées.

Plus que la plupart des historiens, il croit que l'histoire de la papauté est essentiellement la même chose que l'histoire de l'Eglise. Plus que la plupart des historiens, il ne s'intéresse pas à  l'antisémitisme catholique ; il est très vague sur la profondeur de l'attraction catholique pour la dictature et le fascisme des années 30 et 40, qui est couverte en quelques paragraphes seulement.

Son récit lénifiant de Pie XI, qui régna de 1922 à 1939, n'a rien à voir avec les conclusions du livre de David Kertzer[9] « Le Pape et Mussolini », un livre beaucoup moins charitable qui, ayant remporté le Prix Pulitzer en 2014, n'est pas spécialement imprécis.

Beaucoup de travail a été fait ces dernières décennies pour mettre à sa juste place l’Europe dans l'histoire catholique, mais cela ne laisse pas de traces dans le livre de Weigel. Et pour autant que je sache, la seule femme nommément mentionnée dans ce long livre est Marie. Les femmes dans le résumé du livre ne sont mentionnées que comme fondatrices d'écoles ou assistantes aux audiences des papes.

En tant que thèse purement historique sur l'Église catholique, les arguments de Weigel ne sont pas fondamentalement rejetables, même si ses fautes d'omission ne sont que peu susceptibles d'être pardonnées. Ce n'est cependant pas la façon la plus intéressante de réfléchir à ce livre qui, après tout, n'est pas écrit par un historien de formation et ne s'adresse pas à un public d'historiens. Le véritable but de Weigel est plus moral qu'historique.

L'imprécision et la banalité de ses affirmations historiques s'accompagnent d'affirmations tranchantes et controversées sur l'état du monde d'aujourd'hui. Commençons par énumérer ce qu’il considère comme les plus graves dangers auxquels nous faisons face, avant de passer à ses idées sur ceux auxquels l'Église catholique est confrontée.

Comme nous le verrons, dans les deux cas, sa position est bizarre au point d'en être absurde. Nous vivons dans un monde simple.  Cette idée condamnerait normalement un livre à une obscurité bien méritée mais le bizarre et l'absurde sont devenus de plus en plus courants parmi les conservateurs, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Eglise.

En général, G. Weigel croit que notre époque, qu'il nomme postmodernité, est caractérisée par le poids de l'individualisme rampant, dont les composantes sont à la fois intellectuelles et morales.

Intellectuellement, il croit que nous avons, dans nos universités en particulier, abandonné l’engagement à la rationalité et à la vérité, le remplaçant par un libre arbitre relativiste où seules les revendications de notre identité subjective ont leur importance. Moralement, il croit que nous avons abandonné toute prétention à la vérité objective, suivant nos pulsions sexuelles et consuméristes où qu'elles mènent.

Ce sont des idées si rebattues qu’on en oublie leurs faiblesses.

Weigel ne développe aucun argument, ce qui est surprenant pour quelqu'un qui se dit engagé dans une enquête rationnelle. En vérité, il présente des stéréotypes réchauffés des années 1960 (la sous-culture hédoniste et étudiante de l'époque) qui ne tiennent plus debout aujourd’hui.

Il ne fait preuve d’aucune réelle connaissance du monde en dehors de celle de l’air conditionné des salles de conférences. C’est pourtant dans ce monde que les humains sont engagés, parfois héroïquement, à vivre une vie éthique.

Je tente de mettre en parallèle G. Weigel avec les gens que je connais sur mon lieu de travail et dans ma propre Eglise : des gens qui essaient désespérément de payer les factures médicales et d'assurer une éducation décente à leurs enfants dans des conditions qui rendent cette tâche presque impossible. Ces gens ne sont pas dans le libre arbitre relativiste de l'imagination conservatrice. G. Weigel, comme tant d'autres, traite des idées caricaturales de Fox News plutôt que de la réalité observable.

 

 

 

 

Une approche très sélective

Weigel ne s'intéresse pas aux nombreuses façons dont les laïcs et les religieux d'aujourd'hui s’impliquent dans la vie.

Il ne s'intéresse pas au rôle des universités dans ce processus. Un thème mineur, mais persistant, du livre est l'affirmation selon laquelle les universités sont des pourvoyeuses de relativisme et n'enseignent plus la recherche de la vérité. Ce genre d'affirmation est devenu banal, surtout à droite -si banal qu’aucune justification n’est nécessaire- et elle se transforme en violente attaque contre notre système éducatif.

Quiconque passe du temps dans les salles de cours de l'université ne peut l'accepter. Weigel ne sait rien de ce qui se passe réellement à l'intérieur d'elles. Il prétend, de façon stupide, que les départements de philosophie de Harvard et de la Sorbonne ont renoncé à la vérité et à la raison. Étant donné qu’ils sont remplis de gens qui enseignent la logique et la philosophie de l'esprit, on est en droit de se demander qui, exactement, a abandonné la rationalité.

La mauvaise foi évidente du diagnostic de Weigel est aggravée par ce qu'il choisit d'omettre, ces questions qui nous préoccupent : inégalités, catastrophes climatiques, réémergence des camps de concentration sur le sol américain, etc.

Il affirme, toujours sans analyse, que le capitalisme fait un excellent travail pour s'attaquer aux inégalités et que l'appauvrissement économique du tiers monde doit être imputé à la corruption des gouvernements. Il ne dit rien ni sur le changement climatique, ni sur la crise des réfugiés.

Certains lecteurs pourraient penser que je suis injuste : Weigel écrit en tant que catholique, à un auditoire catholique et ce serait trop lui demander d'abandonner ce cadre.

C'est précisément le danger du livre. Il ressuscite une forme archaïque et étroite du catholicisme à un moment où l'avenir de l'Église est en jeu. Beaucoup d'intellectuels catholiques sont totalement en désaccord avec Weigel. Le pape François, par exemple, a fait du changement climatique et de la prise en charge des réfugiés les piliers de son engagement dans la modernité. Ces sujets devraient être abordés dans un livre soi-disant consacré à la rencontre de l'Église avec le monde moderne. Pour la plupart ils ne sont pas mentionnés, en particulier le diagnostic de François sur le changement climatique conséquence négative  du capitalisme.

Dans certaines parties du livre, Weigel ne cache pas son catholicisme de cafétéria mais il est difficile d’accepter sa dénonciation des modernes, quand il les pense incapables de générer une morale.

Cette approche très sélective a longtemps marqué son œuvre et a donné lieu à certains des passages les plus étranges de sa biographie de Jean-Paul II. Essentiellement, chaque fois que le pape François écrit ou parle dans des termes compatibles avec le libéralisme économique, il est jugé droit mais là où il ne le fait pas, il est jugé laxiste et les lecteurs sont conseillés de ne pas le suivre.

Cette approche est encore plus radicale dans le présent ouvrage.

Dans ses travaux précédents, Weigel a critiqué certaines encycliques papales et encensé d'autres. C'est une tradition catholique séculaire car les encycliques ne sont pas nécessairement dogmatiques.

Mais ici Weigel vise Gaudium et Spes. Il est frappant de voir à quel point il rejette l’analyse anticapitaliste (de G.S.) comme étant une caractéristique malheureuse de son époque plutôt que de voir cette composante de la doctrine catholique s’adressant à la conscience libérale.

 

 

 

 

Dangers auxquels l'Église est confrontée

Cela nous amène à ce qui pourrait être l'aspect le plus choquant du livre : le diagnostic de Weigel sur les deux dangers les plus graves auxquels l'église est confrontée.

Le premier d'entre eux est le « gallicanisme », c'est-à-dire l'indépendance des synodes nationaux par rapport à l’autorité papale. Il est particulièrement préoccupé par certaines décisions que les évêques allemands voudraient prendre concernant l'éthique sexuelle et le célibat sacerdotal ; la menace, à son avis, est que ce pourrait être le signe d'une division de l'Église, le spectre redouté de l'anglicanisme, souvent évoqué par la droite catholique.

Le second est « l'historicisme », c'est-à-dire l'idée que les enseignements moraux, en particulier les enseignements sexuels et matrimoniaux, doivent évoluer avec le temps, au lieu d'être éclairés par la lumière universelle et intangible de la raison et des Écritures.

Le lecteur sceptique pourrait se demander si l'un ou l'autre constitue vraiment une menace. L'indépendance des synodes nationaux a varié avec le temps et l'on ne soupçonne pas l'Eglise allemande être sur le point de lancer une nouvelle Réforme.

Quant à « l'historicisme », il est curieux que Weigel s'y attache de la sorte, car le point central de son livre semble être que la doctrine de l'Église a et doit évoluer. On pourrait contester telle ou telle forme d'évolution mais il semble étrange de considérer le simple fait du changement comme un danger.

Le lecteur bienveillant ne peut être convaincu que ce sont les deux dangers les plus graves auxquels l'Eglise est confrontée. Parlez à n'importe quel jeune catholique d’aujourd'hui (en dehors de l'Institut de Napa) et ils vous diront que la crise des abus sexuels secoue leur foi. J'étais récemment à une conférence de jeunes catholiques : entre les discours d'ouverture, qui n'abordaient guère la question, ils ne parlaient que de ça.

G. Weigel, à son crédit, aborde la question dans les dernières pages du livre. Si ses lignes sont douloureuses à lire, elles nous éclairent sur ce qui ne va pas dans le catholicisme napatiste.

Toute analyse du scandale d’abus sexuel, en particulier dans une perspective chrétienne, doit commencer par le vécu et la souffrance des victimes. Toutes les pages de Weigel sur le thème ne parlent que « d’innocents vulnérables ». Dès le début, il se préoccupe davantage de l'Église en tant que victime. Il parle de la crise comme d'une « blessure auto-infligée » plutôt que d'une blessure infligée à un groupe de personnes vulnérables par un groupe de personnes puissantes.

Cette approche du problème l'amène à la revendication perverse que la crise est "un moment de purification nécessaire" pour l'Eglise.

 

Retrouver le noyau évangélique

Son principal souci dans son récit de la crise est de jeter des pierres. C’est une entreprise louable mais la question est de savoir à qui elles sont destinées.

Ces pierres devraient viser, comme l'ont fait valoir de nombreux historiens et érudits catholiques, la vielle culture de cléricalisme  et d’aristocratisme de l'Église. Weigel rejette cette approche, peut-être parce qu'elle tend à ternir l'héritage de Jean-Paul II.

Il blâme surtout la modernité tardive dont la culture de confusion sexuelle et de licence est si puissante qu'elle affecte l'Église. Il l’impute au pape François, ce qui est pratique, mais peu vraisemblable.

 

L’analyse abrégée et biaisée du scandale des abus sexuels représente le véritable point bas du livre, cet instant où il devient évident que Weigel a perdu le contact avec le noyau vivant de l'Eglise dans son ascension vers le panthéon de Napa. Il revendique retrouver le noyau évangélique de la mission catholique pour convertir les modernes rebelles en vrais catholiques.

Une telle mission implique de rencontrer le monde là où il est : les jeunes, les femmes, les pauvres et les incarcérés. Beaucoup cherchent un refuge contre les abus du capitalisme tardif mais craignent, à juste titre à la suite de la crise des abus sexuels, que l'Église ne puisse en être un.

Cette mission, comme le Christ l’a fait, commence par les opprimés. Il a tendu la main au percepteur des impôts et à la prostituée, aujourd'hui nous pouvons le faire au prisonnier, au réfugié et à la victime d'une agression sexuelle.

Weigel est tellement désintéressé de cette mission qu'on se demande si l'évangélisation est vraiment son but.

Il semble plus intéressé à délivrer son récit historique à ce christianisme étroit qui a un énorme pouvoir politique, en oubliant pauvres et solitaires.

Il semble plus intéressé à donner un visage rassurant et des arguments à un projet réactionnaire qui  est désastreux pour le monde dans lequel nous vivons. Weigel nous dit que l'Eglise est indispensable pour sauver la modernité d'elle-même. Il propose une vision déformée de l'Église catholique qui nous met tous en danger.

Il se peut que nous ayons besoin d'être sauvés et il se peut que l'Église catholique soit à la hauteur de la tâche. Mais pas comme cela. 

 

 

Out of Touch

Book Review: George Weigel's 'Irony of Modern Catholic History'

James Chappel

United States

September 7, 2019

The pope is far less in control of his flock than most people realize. This has always been the case: no leader in history, let alone one in charge of a billion people across the globe, has been able to claim absolute obedience.

It is especially true, though, of Pope Francis, and especially true in the United States. Here, the standard-issue neglect of papal missives coincides with a well-financed effort to conquer the Catholic public sphere in the name of clerical conservatism and libertarian economics.

Over the centuries, popes have had to deal with all manner of challenges to their rule, including military ones. And while some of those were devastating to the church, perhaps none were as corrosive as this one to the world the church calls home.

One of the most prominent of these conservative organizations is the Napa Institute, founded and financed by a millionaire attorney and businessman named Timothy Busch.

Its ninth summer conference took place in July, and its list of seventeen speakers makes for interesting reading. Sixteen of them were white; sixteen of them were men.

Lindsey Graham and Scott Walker, who are not Catholic but are certainly conservative, spoke, as did Cardinal Raymond Burke, the leader of the conservative resistance to Francis inside the church.

Of all the politicians and church leaders who attended the conference, however, George Weigel stands out. He is affiliated with a think tank rather than a political party, and he is probably the speaker with the best reputation outside of conservative Catholic circles.

His books are published by mainstream publishing houses, not the Christian operations that publish works like Alan Sears's The Homosexual Agenda, to name another of the luminaries onstage at the Napa gathering.

Weigel is best known for his 1999 biography of Pope John Paul II, which is clearly hagiographical but is also a competent study that labors to place that larger-than-life figure in the many historical contexts he traversed.

Drawing on secular historians

Weigel matters because the conservative Catholicism he represents matters. Especially on the Supreme Court, but elsewhere too, this strange Catholic brew brings together gender conservatism and libertarian economics in ways that seem alien to the gospels but which are perfectly at home on the contemporary right.

Hence the importance of  Weigel's new book, The Irony of Modern Catholic History, which represents his first attempt to give a full accounting of how the Catholic Church has evolved in the past few centuries. Weigel's book claims to be written for non-Catholics and non-conservatives.

He draws on secular historians, including me, and keeps the jeremiads to a minimum. The whole thing is pleasantly written and has an air of plausibility about it. And this is what makes it so dangerous.

The Irony of Modern Catholic History does purport to be a scholarly work of history, so I will engage it on those terms before turning to what seems to me to be its true intent, which is to provide a usable history for the conservative, Napa brand of Catholicism.

As a work of popular history, it is reasonably successful, and sometimes even exciting. It is, essentially, a polemical account of the Catholic Church from the French Revolution to the present, focused on the papacy and focused on the past half-century (Vatican II is reached at around the halfway mark).

The basic thesis is that the Catholic Church and "modernity" (not clearly defined) were at loggerheads for much of the nineteenth and twentieth centuries. Catholics were suspicious of secular science and the secular state, while non-Catholics were wary of the church as a hothouse of dogma and intolerance.

While there were some church leaders and theologians who sought a more constructive dialogue between Catholicism and the secular world, they were in the minority, and the intransigence of violent anticlericals rendered the time unripe for them.

Since the 1960s, however, this has changed. Especially during the pontificate of John Paul II, Catholicism and the world opened up to one another, in ways that Weigel thinks are healthy, or at least potentially healthy, for them both.

This basic argument is unobjectionable, if a little banal. "Modernity" is defined so vaguely that it is challenging to put Weigel's argument in a form that would be acceptable to historians; since there is no clear causal argument at work, there is not much for the guild to grapple with.

At some basic level, though, he is clearly right about the broad sweep of the story.

There are not that many volumes that trace the history of the church from the early modern period to the present, or which integrate the North American and Latin American stories with the well-trod European ones. The Irony of Modern Catholic History is, at one level, just such a volume, and not a bad one.

A purely historical thesis

Before moving on to Weigel's true purposes, it is worth pointing out that this clearly is not a cutting edge history of the church. Catholic history has been a boom field in recent years, even and especially for non-Catholics, and while Weigel does sometimes cite them, he does not seriously grapple with their findings.

More than most historians, he believes that the history of the papacy is essentially the same thing as the history of the church.

And more than most historians, he is uninterested in the long Catholic heritage of anti-Semitism; he is risibly sketchy about the depth of the Catholic attraction to dictatorship and fascism in the 1930s and 1940s, which is covered in just a few paragraphs.

His rosy account of Pius XI, who reigned from 1922 to 1939, does not grapple at all with the conclusions of David Kertzer's The Pope and Mussolini, a much less charitable book that, having won the Pulitzer Prize in 2014, is not exactly obscure.

A great deal of work in recent decades has been done to decenter European men in Catholic history, but this leaves not a ripple in Weigel's book. As far as I can tell, the only woman mentioned by name in this long book is Mary. Women in the abstract are mentioned once as founders of schools, and once as an audience talked at by a pope.

As a purely historical thesis about the Catholic Church, then, Weigel's argument is not especially objectionable, even if its sins of omission are just shy of forgivable.

This is not, though, the most interesting way to reflect on this book, which after all is not written by a trained historian and is not aimed at an audience of historians.

Weigel's true purpose is more moral than historical. The vagueness and banality of his historical claims are matched by razor sharp and controversial claims about the state of the world today.

Let's begin by listing what Weigel sees as the grave dangers that we face in general, before turning to his more specific thoughts about the dangers faced by the Catholic Church.

As we will see, in both cases Weigel's position is bizarre to the point of absurdity. While this would normally doom a book to well-deserved obscurity, these are not normal times. The bizarre and the absurd have increasingly become commonplace among conservatives, inside the church and without.

In general, Weigel believes that our present moment, which he calls "post-modernity," is defined by the curse of rampant individualism, which has both intellectual and moral components.

Intellectually, he believes that we have, in our universities especially, abandoned a commitment to rationality and truth, replacing that commitment with a relativist free-for-all in which only the claims of our subjective identity have import.

Morally, he believes that we have abandoned any claims of objective truth, following our sexual and consumerist impulses wherever they might take us.

These are such familiar canards of this genre that it is easy to skim over them without noticing how outrageous they are. Weigel cites no evidence for any of them, which is surprising for someone so apparently committed to rational inquiry.

In truth, he is presenting a warmed-over stereotype from the 1960s, which may have accurately reflected some pockets of a hedonist, student subculture then but hardly does so now.

He shows no evidence of actual familiarity with the world outside of the frigid AC of the lecture circuit, in which people are obviously and sometimes heroically committed to living an ethical life, in all sorts of ways.

I have tried to compare Weigel's portrait with the people that I know from my own workplace, and my own church: people trying desperately to pay medical bills and provide a decent upbringing for their children amid conditions that make doing so almost impossible.

These people do not inhabit the relativist free-for-all of the conservative imagination. Weigel, like so many others, is dealing with Fox News caricature rather than observable reality.

Highly selective approach

Weigel is not interested in the many ways that secular and religious people today craft morally meaningful lives for themselves. And he is not interested in the role of the universities in that process.

A minor yet persistent theme in the book is the claim that universities are purveyors of relativism, and no longer teach people to apprehend truth.

This kind of claim has become commonplace, especially on the right: so commonplace that there is no perceived need to provide a shred of evidence, even as it legitimates a world-historical assault on our educational system.

Nobody who spends time in university classrooms could countenance it, and Weigel does not display any familiarity with what actually goes on inside them.

He claims, preposterously, that the philosophy departments of Harvard and the Sorbonne have given up on truth and reason. Given that those departments are full of people who teach logic and the philosophy of mind, we are justified in wondering who, exactly, has given up on rationality.

The transparent bad faith of Weigel's diagnosis is compounded by what he chooses to leave out.

The issues that consume most of us—inequality, climate catastrophe, the re-emergence of concentration camps on American soil, and so on—simply do not merit discussion for him.

He asserts without evidence that contemporary capitalism is doing a wonderful job at addressing domestic inequality, and that economic impoverishment abroad can be chalked up to the corruption of third-world governments. He says nothing about climate change and nothing about the refugee crisis.

Some readers might think this is unfair: Weigel is writing as a Catholic, to a Catholic audience, so perhaps it is asking too much for him to abandon this framework.

This, though, is precisely the danger of the book. It resurrects an antiquated and narrow form of Catholicism at a historical moment when the future of the church is very much in contest. Many Catholic intellectuals would disagree with Weigel almost completely, although this is hardly mentioned in the text.

Pope Francis, for instance, has made climate change and refugee care the linchpins of his own engagement with "modernity," including secular scientists and non-Christian refugees.

These would seem to be reasonable topics of consideration in a book supposedly dedicated to the church's encounter with the modern world—and yet they go mostly unmentioned.

Francis's own diagnosis of climate change as a negative externality of the capitalism. Weigel champions is both transparently correct and transparently incompatible with Weigel's system.

In some parts of the book, Weigel is admirably upfront about his cafeteria Catholicism, even as it is hard to square with his denunciations of us moderns for believing we can craft our own morality.

This highly selective approach has long marked his work, and resulted in some of the strangest passages of his biography on John Paul II.

Essentially, whenever the pope wrote or spoke in terms compatible with economic libertarianism, he is judged correct; but where he did not, he is judged wanting, and readers are counseled that they need not make too much of it.

This same model is followed even more radically in the current book.

In his previous work, Weigel criticized some papal encyclicals in favor of others. This is a time-honored Catholic tradition: encyclicals are not necessarily dogmatic, and really constitute little more than the pope writing to his bishops. Here, though, Weigel takes aim at Gaudium et spes.

As the pastoral constitution of Vatican II, this is significantly bigger game, and it is striking how freely Weigel bats away its anti-capitalist findings as baleful features of their own time rather than a component of Catholic doctrine that ought to trouble the libertarian conscience.

Dangers facing the Church

This leads us to what might be the most shocking aspect of the book: Weigel's diagnosis of the two gravest dangers facing the church. The first of these is "Gallicanism," by which he means the independence of national synods from papal guidance.

He is particularly concerned with some decisions that the German bishops have threatened to make regarding sexual ethics and priestly celibacy; the threat, in his view, is that this could portend a fracturing of the church into component parts—the dreaded spectre of Anglicanism, often invoked on the Catholic right.

The second of these is "historicism," by which he means the view that moral teachings, specifically sexual and marital ones, should evolve over time, instead of being informed by the universal light of reason and Scripture.

The skeptical reader might wonder whether either of these really constitutes much of a threat. The independence of national synods has risen and fallen over time, and there is no inkling that the German Church is about to launch a new Reformation.

As for "historicism," it is curious that Weigel is so exercised by this, as the whole point of his book seems to be that the doctrine of the church has and should evolve. One might dispute this or that form of evolution, but it seems strange to posit the mere fact of change as a danger.

But even the sympathetic reader could not possibly be convinced that these are the two gravest dangers facing the church. Talk to any young Catholic today (outside of the Napa Institute at least) and they will tell you that the sex-abuse crisis is rocking their faith.

I was recently at a conference of young Catholics, and in between the keynotes, which hardly addressed the issue, they spoke of nothing else.

Weigel does, to his credit, address the matter in the closing pages of the book. And while the results make for painful reading, they are also illuminating as to just what is wrong with Napa Catholicism.

Any analysis of the sex-abuse scandal, especially one that purports to come from a Christian perspective, must begin with the experience and suffering of the victims. In all of Weigel's pages on the theme, he has nothing to say about or to them other than to point out that they were "frequently vulnerable innocents."

Even that comes several pages in: from the beginning, his concern is more with the church as a victim. He refers to the crisis, for instance, as a "self-inflicted wound," rather than a wound inflicted on one group of vulnerable people by another group of powerful ones.

This approach to the problem leads him to the perverse claim that the crisis was "a moment of necessary purification" for the church.

Recovering the evangelical core

His main concern in his account of the crisis is to cast stones. This is a valuable enterprise, if a secondary one—the question is where they are aimed.

Those stones ought to be aimed, as many Catholic scholars and historians have argued, at a longstanding culture of clericalism and noblesse oblige in the church. Weigel rejects this approach, perhaps because it tends to tarnish the legacy of John Paul II.

Instead, he places most of the blame on "late modernity," whose culture of sexual confusion and license was so powerful that it affected even the church. And the cover-up is blamed, conveniently if implausibly, on Pope Francis.

The abbreviated, skewed coverage of the sex-abuse scandal represents the true nadir of the book—the point at which it becomes obvious that Weigel has lost contact with the living core of the church in his ascent to the Napa pantheon. He claims a desire to recover the evangelical core of the Catholic mission, converting wayward moderns back to the Catholic fold.

Such a mission would, presumably, involve meeting the world where it is: mainly young and mainly female; many poor or incarcerated; many seeking some kind of refuge from the horrors of late capitalism but rightly worried, in the wake of the sex-abuse crisis, that the church cannot provide one.

This mission would, like Christ himself, begin with the downtrodden. Christ reached out to the tax collector and the prostitute, while followers today might begin with the prisoner, or the refugee, or even the victim of sexual assault.

Weigel is so uninterested in this task that one wonders if evangelism is truly his goal.

He seems more interested in providing a plausible historical narrative for a brand of narrow Christianity that has enormous political power, to the detriment of the poor and the lonely.

He seems more interested, too, in providing an affable face and a scholarly apparatus for a reactionary project that, whatever it might augur for the church, is disastrous for the common world we share. Weigel wants to argue that the church is necessary to save modernity from itself.

And yet he proposes a vision of the Catholic Church that celebrates and amplifies the very impulses that are putting us all in danger. It might be that we need saving, and it might even be that the Catholic Church is up to the job. But not like this. 

The Irony of Modern Catholic History

How the Church Rediscovered Itself & Challenged the Modern World to Reform
 

 

[1] James Chappel, professeur assistant d’histoire à l’université Duke de Durham (Caroline du nord)

[2] « L'Institut Napa cherche à combler un vide en aidant les leaders catholiques influents à réaliser qu'ils ne sont pas seuls à se soucier de la foi » (Cf. site du Napa Institute). Organisation catholique conservatrice

[3] Lindsey Olin Graham, homme politique américain, membre du Parti républicain et sénateur de la Caroline du Sud

[4] Scott Kevin Walker, homme politique américain, membre du Parti républicain et gouverneur du Wisconsin

[5] Raymond Leo Burke, évêque catholique américain, archevêque de Saint-Louis

[6] George Weigel, écrivain américain, spécialisé dans la théologie et les sciences politiques

[7] Terme ironique introduit par certains secteurs de la droite religieuse chrétienne américaine contre le plaidoyer en faveur de l’acceptation des orientations et des relations non hétérosexuelles.

[8] Alan Sears, avocat américain

[9] David Israel Kertzer, universitaire américain spécialiste de l'Italie, professeur d'anthropologie et d'histoire à l'université Brown de Providence (Rhode Island)

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