l'Église est incapable de faire seule

Selon un ancien responsable de l'archevêché de Munich, l'Église est incapable de faire seule le ménage dans les affaires d'abus sexuels.

Mgr Peter Beer, vicaire général de Munich de 2010 à 2020, affirme avoir quitté son poste dans l'archidiocèse bavarois en raison de l'opposition interne contre ses efforts déployés pour lutter contre les abus sexuels du clergé.

Christa Pongratz-Lippitt

Allemagne

Le 3 février 2022

Un ancien haut responsable de l'un des diocèses catholiques les plus riches du monde affirme avoir quitté son poste il y a deux ans en raison de l'opposition interne à ses efforts contre les abus sexuels du clergé.

Mgr. Peter Beer, qui a occupé de 2010 à 2020 le poste de vicaire général de l'archidiocèse de Munich et Freising, a déclaré que les terribles détails du rapport récemment publié sur les abus sexuels dans son diocèse sont "absolument plausibles".

"Le rapport documente objectivement ce que tout le monde craignait et ce que j'ai moi-même vécu - à savoir que l'Église ne peut pas se remettre en question seule. C'est ma propre et amère expérience", a déclaré le prêtre de 56 ans dans une interview d’une page publiée le 27 janvier par l'hebdomadaire allemand Die Zeit.

"C'est pourquoi j'ai renoncé à mon poste de vicaire général de Munich il y a deux ans. L'opposition à laquelle j'étais confronté était trop importante, même pour un vicaire général", a-t-il révélé.

Le rapport dit « de Munich », qui a été publié le 20 janvier, a disculpé P. Beer et prouvé qu'il s’opposait fermement aux abus, confirmant que ses efforts avaient suscité une "opposition amère".

Du vicaire général à Munich au professeur d'université à Rome

P. Beer a déclaré à Die Zeit que cette opposition provenait de tous ceux qui se sentaient supérieurs au reste de la société, qui avaient l'habitude de juger les autres sans jamais être jugés eux-mêmes, et qui craignaient que « l'œuvre de leur vie » soit affectée.

L'opposition venait aussi de ceux qui pensaient être entourés d'ennemis de l'Église et de ceux qui, tout en étant soumis à un chantage mutuel pensaient être inattaquables.

Après avoir quitté son poste de vicaire général en 2020, P. Beer a volontairement quitté Munich et rejoint l’Université pontificale grégorienne de Rome où il enseigne à l'Institut d'anthropologie, d'études interdisciplinaires sur la dignité humaine et les soins (IADC), une institution majeure de l'université.

Il a été vicaire général du cardinal Reinhard Marx pendant les dix premières années du tsunami des abus qui a balayé le monde germanophone. Bien qu'il ait été violemment combattu par un certain nombre de clerc de haut rang à Munich pour s'être exprimé, P. Beer ne se considère pas comme une victime du système. "Non ! Je ne suis en aucun cas une victime ! Au contraire, je suis responsable", a-t-il répondu. Il ajoute se rendre compte aujourd'hui qu'il est naïf de penser que l'Église peut résoudre seule la question des abus sexuels commis par des clercs.

"Pourquoi ne demandez-vous pas au cardinal Marx, vous-même ?"

Il a déclaré que le rapport de Munich, qui a prouvé que certains hauts clercs n'avaient pas protégé les victimes, "n'est malheureusement pas qu’un aperçu du passé, il l’est aussi du présent".

À la question de savoir si le cardinal Marx veut vraiment faire la lumière sur la façon dont les abus ont été gérés dans son diocèse - d'autant qu'il avait choisi de ne pas être présent lors de la présentation du rapport -, P. Beer a marqué une longue pause.

"Pourquoi ne pas lui demander vous-même ?" a-t-il répondu.

Le rapport de Munich accuse Benoît XVI d'avoir étouffé les abus, mais l'ancien pape s’est opposé à cette accusation. On a demandé à P. Beer quelle version était la bonne. "Seul Benoît XVI lui-même a la réponse à cette question", a-t-il répondu.

Nombre de ceux que le rapport accuse d'avoir étouffé les abus se taisent aujourd'hui ou affirment qu'ils n'étaient pas responsables à l'époque. Lorsqu'on lui a demandé pourquoi il était, lui, prêt à parler, P. Beer a répondu que l'Église devait cela aux victimes, qu'elles avaient droit à un interlocuteur authenthique, à un vrai visage en face d'elles, pas seulement un appareil d’Église.

"La critique ne nous fera pas de mal"

Le prêtre bavarois a déclaré qu'il ne porte plus d'habit sacerdotal parce que la simple vue d'une chemise noire et d'un col romain est encore "tout simplement insupportable" pour de nombreuses victimes.

Il a reproché à l'Église d'être un refuge pour les clercs socialement maladroits. "L'Église ne doit pas rester un environnement protégé pour les prêtres qui ont peur de la vie, peur de la sexualité, peur de la proximité et de la responsabilité", a-t-il déclaré. "Elle doit apprendre à comprendre que la critique ne nous fera pas de mal. C'est la condition d'un nouveau départ."

Mgr Beer a déclaré qu'il pouvait facilement comprendre pourquoi tant de personnes quittaient l'Église.

"Je n'ai pas l'intention de partir, mais il y a parfois des heures sombres où je me demande si c'était une erreur de devenir prêtre", a-t-il avoué. "J'ai été ordonné tardivement et ma décision de devenir prêtre, a blessé des personnes. Il y a des moments où je doute que cela en vaille la peine", poursuit-il.

Je suis toujours membre du chapitre de la cathédrale de Munich et j'ai pensé à renvoyer ma lettre de nomination et ma croix de chapitre. Je suis tiraillé et toujours indécis", a admis l'ancien vicaire général.

Ce qui le réconforte le plus aujourd'hui est d'aider les autres, soulignant que les prêtres devraient être joyeux et pleins d'espoir.

P. Beer a ajouté qu'il serait bon que les prêtres "cessent de prononcer des phrases creuses quand ils disent leur grande préoccupation pour les victimes".

Christa Pongratz-Lippitt écrit depuis Vienne où elle a passé de nombreuses années en tant que reporter et commentatrice des affaires de l'Église dans le monde germanophone.

Pour en savoir plus : https://international.la-croix.com/news/religion/church-is-incapable-of-cleaning-up-abuse-mess-on-its-own-says-former-munich-archdiocesan-official/15584

traduit par Jean-Paul 

Church is incapable of cleaning up abuse mess on its own, says former Munich archdiocesan official

Mgr Peter Beer, Munich's vicar general from 2010-2020, says he quit key post in the Bavarian archdiocese because of internal opposition to efforts to deal with clergy sex abuse

By Christa Pongratz-Lippitt

Germany

February 3, 2022

A former top official in one of the world's wealthiest Catholic dioceses says he quit his key post two years ago because of internal opposition to his efforts to clean up clergy sex abuse.

Mgr. Peter Beer, who served from 2010-2020 as vicar general of the Archdiocese of Munich and Freising, said the horrific details that emerged from a recently published report on sex abuse in the archdiocese are "absolutely plausible".

"It objectively documents what everyone feared and what I myself experienced – namely that the Church cannot reappraise itself. That is my own, bitter experience," the 56-year-old priest said in a full-page interview published January 27 in the German weekly Die Zeit.

"That is why I gave up my job as vicar-general of Munich two years ago. The opposition I faced was too great even for a vicar general," he revealed.

The so-called Munich Report, which was published January 20, exonerated Beer and proved he was strictly against abuse, confirming that his efforts were met with "bitter opposition".

From vicar general in Munich to university professor in Rome

Beer told Die Zeit it came from all those who felt they were superior to the rest of society, who were used to judging others without ever being judged themselves, and who were frightened that their life's work would be destroyed.

He said opposition also from those who suffered from the delusion that they were surrounded by enemies of the Church and from those who were on the one hand mutually blackmailable but at the same thought they were unassailable.

After stepping down as vicar general in 2020, Beer left Munich of his own will and is now at the Pontifical Gregorian University in Rome where he teaches at the Institute of Anthropology, Interdisciplinary Studies on Human Dignity and Care (IADC), the university's safe-guarding institute.

He served as vicar general under Cardinal Reinhard Marx during the first ten years of the Catholic sexual abuse tsunami that has swept through the German speaking world.

And although he was fiercely opposed by a number of senior clerics in Munich for speaking out, Beer does not consider himself a victim of the system.

"No! I am in no way a victim! On the contrary, I am responsible!" he replied.

But he said he now realizes that it was naïve to think that the Church could clear up clerical sexual abuse all by itself.

"Why don't you ask Cardinal Marx, yourself?"

He said the Munich Report, which proved that certain senior clerics had failed to protect the victims, "is unfortunately not only a glimpse into the past but also into the present".

Asked if Cardinal Marx really wanted to clear up the way abuse had been handled in his archdiocese – especially as he chose not to be present at the presentation of the report --, Beer paused for a long moment.

"Why don't you ask him yourself?" he then replied.

The Munich Report also accused Benedict XVI of hushing up abuse, but the former pope contradicted the accusation. Beer was asked which version is correct.

"Only Benedict himself has the answer to that," he replied.

Many of those who the report has accused of hushing up abuse are now silent or pointing out that they were not responsible at the time.

When asked why he, on the other hand, was willing to talk, Beer said the Church owed that to the victims.

He said they have a right to a genuine counterpart, a real face in front of them and not just an anonymous apparatus.

"Criticism will not harm us"

The Bavarian priest said he no longer wears a priestly garb because the mere sight of a plain black shirt and clerical collar is still "simply unbearable" for many survivors of clergy sex abuse.

And he criticized the Church for being a haven for clerics who are socially awkward.

"The Church must not remain a sheltered environment for priests who are afraid of life, afraid of sexuality, afraid of closeness and of responsibility," he said. "It must learn to understand that criticism will not harm us. It is the condition for a new beginning."

Mgr Beer said he could easily understand why so many people were leaving the Church.

"I myself do not intend to leave but sometimes there are dark hours when I ask myself whether it was a mistake to become a priest," he confessed.

"I was ordained late and with my decision to become a priest I have hurt others. There are times when I doubt whether it was worth it," he continued."

I am still a member of the Munich cathedral chapter and have thought about sending back my letter of appointment and chapter cross. I am torn back and forth and still undecided," the former vicar general admitted.

He said what most comforts him now is helping others, pointing out that priests should be joyful and full of hope.

Beer added that it would be better if priests would just "stop uttering empty phrases expressing their great concern for the victims".

Christa Pongratz-Lippitt writes from Vienna where she has spent many years as a reporter and commentator on Church affairs in the German-speaking world.

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