Chroniques sans Nihil Obstat de Zorobabel

Rss 6

29 avril 2018 - Vous aviez dit ‘’mouvements’’ ? dites ‘’paroisses’’

28 janvier 2018, le forum inter-mouvements organisé par la Délégation Episcopale aux Mouvements et Associations de Fidèles (DEMAF) a été un plein succès réunissant environ 1 000 participants. Cela a été l’occasion pour beaucoup de mesurer toute la richesse de cet aspect de l’Eglise par trop dispersé et pas assez mis en valeur. Ce fut aussi l’occasion de ‘’penser’’ réseau et interconnexions pour un plus grand service de l’Evangile.

27 avril 2018, le diocèse annonce officiellement la disparition de la DEMAF et le rattachement direct des mouvements aux services diocésains.

Comment ne pas mettre en perspectives ces deux dates et chercher la signification profonde à cette réorganisation ?

 

Bien des évêques de France (et le notre en particulier) semblent trouver les mouvements suspects. Il est vrai que nombre d’entre eux :

  • ont des instances de gouvernance nationales (voire internationales) et donc éloignées de l’influence diocésaine,
  • sont dirigés par des laïcs,
  • rassemblent des baptisés dont certains peuvent être bien loin des pratiques paroissiales mais qui trouvent  ainsi leur lieu d’Eglise,
  • ont des accompagnateurs spirituels laïcs.

Alors pour les ‘’politiques’’ diocésaines qui visent à renforcer le lien hiérarchique, les mouvements sont une épine dans le pied, une contradiction inacceptable.

Pas question d’accepter qu’ils renforcent leur visibilité, leur attrait et leur dynamisme, eux dont la vocation est d’être aux périphéries …

Circulez, il n’y a rien à voir !

La DEMAF est morte, vive la hierarchie !

 

Zorobabel de Lyon

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'est ni froid ni bouillant, je te vomirais de ma bouche" Apoc 3,16

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20 avril 2018  - De la pyramide inversée à la joie du Jeudi Saint !

Les hasards sont parfois surprenants. Un groupe auquel j’appartiens avait décidé de vivre l’Eucharistie du Jeudi Saint dans la paroisse de l’un des membres (St Luc de Ste Foy les Lyon).

Cette célébration toute particulière avec le lavement des pieds et le récit de la Cène fut d’une grande fraternité ; il se dégageait un vrai sentiment de ‘’Communauté chrétienne’’, unie avec son Dieu pour le célébrer.

Mais un moment qui m’a particulièrement bouleversé : quand le curé de la paroisse a demandé à l’assemblée de bénir son vicaire et lui-même ; quand cette même assemblée a lu d’une seule voix cette bénédiction assortie d’un envoi en mission au service de la paroisse.

Quel beau geste de voir ces deux prêtres face à l’autel, et derrière eux, des laïcs la main posée sur leurs épaules, symbole de cette bénédiction et de cet envoi.

Dans cette attitude toute en humilité, on réalisait pleinement la signification de la pyramide inversée chère au pape François.

Le curé n’est plus le phare de la paroisse, il est serviteur de celle-ci.

Un autre élément m’a aussi bouleversé : la lumineuse jubilation du jésuite, accompagnateur de notre équipe. Il y avait chez lui, après cette célébration, une espèce de rayonnement intérieur communicatif comme si cette bénédiction des prêtres de la paroisse lui avait été adressée à lui-même.

Pour nous tous, il y eut ce soir-là le sentiment de se sentir soi-même envoyé parce que d’autres l’avaient été par leur communauté.

 

Oui, la pyramide inversée peut pour nous conduire à la jubilation de Pâques.

 

Zorobabel de Lyon

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'est ni froid ni bouillant, je te vomirais de ma bouche" Apoc 3,16

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23 mars 2018 - Protocole et préséance ou l’humilité selon St Matthieu !

Ars, il y a quelques semaines.

Lors d’une session de formation interdiocésaine de prêtres et laïcs, une célébration eucharistique ponctuait la journée du dimanche.

Les prêtres qui ne concélébraient pas la messe étaient invités à s’installer dans la nef avec les laïcs.

Un ami-laïc, assis au premier rang, tout à sa méditation sur l’enseignement reçu au cours de ces quelques jours, en fut tiré par une interjection outrée : « les premiers bancs sont réservés aux prêtres ! ».

Le mien-ami, de répondre qu’il n’était pas question pour lui de changer de place, qu’il était un baptisé comme le sont tous les prêtres, au service de l’Eglise comme eux et qu’il avait suivi le même cursus au cours de cette formation.  Mon laïc-ami s’indigna de cette outrecuidance qui voulait honorer des baptisés plus que d’autres. Le murmure monta d’un ton car dans la nef d’une chapelle, il est de bon usage de s’apostropher en mode confessionnal.

Je fais remarquer à mon ami-outragé qu’il n’a pas bien compris la demande qui lui était faite car elle avait une double vocation :

  • Lui éviter de se trouver dans la situation du pharisien au temple (Lc 19, 9-14) qui s’exposait ostensiblement mais au contraire l’inviter à se mettre dans la position du publicain qui se tenait à distance,
  • Mettre en pratique que ce que nous rapporte l’apôtre Matthieu (20,16) : « Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers. ». Il s’agissait simplement pour le clergé de montrer son humilité et de reconnaître qu’il ne sera pas accueilli en premier auprès du Père !

 

Zorobabel de Lyon

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'est ni froid ni bouillant, je te vomirais de ma bouche" Apoc 3,16

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17 février 2018 - ‘’Doctrine et fric’’ : même combat ?

Le 19 janvier 2018 le MRJC publiait un communiqué se désolidarisant de la ‘’Marche pour la vie’’ et affirmant que l’avortement était un ‘’droit fondamental’’. Que n’avait-il pas déclenché) ?(voir le dossier)

Mon propos n’est pas d’entrer dans le débat moral et théologique autour de l’avortement, mais plutôt de pointer la réaction de l’évêque de Montauban (voir).

Au lieu de se réjouir que des jeunes :

  • s’engagent au nom de leur foi dans un monde qui se déchristianise; où afficher la foi est plutôt ringard,
  • osent une parole décalée par rapport à la pensée dominante de l’Eglise, ouvrant à un débat qui concerne en premier lieu les jeunes adultes qu’ils sont, croyants ou non-croyants.

Au lieu d’entrer dans ce débat avec la sérénité, la bienveillance et l’écoute qui sied aux ‘’anciens’’ face à la fougue de la jeunesse (voir)

Au lieu de … la réponse fut ‘’vous n’êtes pas chrétiens’’ et ‘’je vous coupe tout financement’’.

Mais quelle idée Mgr Ginoux a-t-il de sa charge de pasteur ? La doctrine, que la doctrine… ! Je ne veux voir qu’une seule ‘‘auréole’’, sinon pas de fric !

Mais où est la douceur du Christ s’adressant à la femme adultère, à Zachée ou au jeune homme riche… ? Où est le dialogue prôné par le pape François ?

Avant de dégainer immédiatement l’arme du fric, Mgr Ginoux aurait mieux fait d’engager le dialogue avec le MRJC. D’autres l’ont fait et le MRJC l’a compris ! Belle occasion manquée de la part d’un évêque : écouter et essayer de comprendre avant de condamner.

Ne serait-il pas temps que notre Eglise se reconnaisse diverse, qu’elle entre dans une réflexion ouverte avec ce que vit et pense au quotidien le peuple de Dieu ?

 

Zorobabel de Lyon

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'est ni froid ni bouillant, je te vomirais de ma bouche" Apoc 3,16

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12 février 2018 - Le porche de l’église, ultime périphérie… ! 

 

Le 1er février 2018, dans le diocèse de Grenoble, les funérailles sont « relocalisées » dans les églises (voir le dossier) ; exit les célébrations en funérarium ou crématorium… L’évêque du lieu, sans concertation avec les membres de l’équipe funérailles concernée, a décidé de retirer toute autorisation de célébration catholique en dehors des églises, pour permettre de « replacer la paroisse et la communauté chrétienne au centre de la pastorale des funérailles, dans un souci d’évangélisation ».

 

Dommage que ce pasteur ne soit pas sur le terrain tous les jours ! Il constaterait alors que c’est précisément parce qu’on est hors paroisse et hors église qu’il est possible de rencontrer une population blessée par l’Eglise, de dialoguer avec des hommes et des femmes en souffrance qui ne veulent plus entendre parler de ‘’curé’’.

Les préparations et les cérémonies dans les centres funéraires publics sont des périphéries permettant à des chrétiens de parler du Dieu qui pardonne et accueille sans restriction à des personnes qui ne franchiront jamais le porche d’une église pour des tas de raisons.

 

Mais l’évêque se rassure en limitant son champ pastoral à une structure bien bordée, aux rites normés et à une approche plus ou moins standardisée plutôt que de permettre un dialogue en vérité dans un lieu ‘’neutre’’ dans lequel la dimension religieuse et spirituelle des funérailles viendra… ou ne viendra pas !

 

L’évêque affirme aussi que « L’Église ne peut pas dépendre d’un organisme à but lucratif pour assurer un service pastoral ».

Mais suis-je bête… ! Il y a de l’argent en jeu ! Pour l’organisation des célébrations, ce qui n’ira pas dans les comptes d’un ‘’organisme à but lucratif ’’ tombera dans l’escarcelle des paroisses … CQFD !

 

Une fois encore, voilà un évêque qui prend une décision sans concertation avec les baptisés qui font le boulot ! Ainsi va l’Eglise !

Zorobabel de Lyon

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1er février 2018 - Le Bouffon et le Clown

Autrefois, du temps des rois, le bouffon avait la charge d’amuser les princes et, en toute impunité, de leurs ramener aux réalités du royaume et leur présenter les pensées de leurs sujets…

Ce dimanche 28 janvier 2018, lors de la table ronde clôturant le forum des mouvements sur le thème de « prendre soin de la maison commune », deux clowns étaient chargés de raviver la vigilance du public par des propos décalés et impromptus.

Des bouffonneries de ce dimanche, une a retenu mon attention :

Elle était au second degré : les intervenants de la table ronde venaient de débattre sur le thème de l’Ecologie intégrale et l'un des clown de s'exclamer : « Alors ainsi le réchauffement climatique est à l’origine de la fonte du presbyterium ».

L’évidence de cette fonte a été mise en avant en 2011 par une étude confidentielle du diocèse de Lyon avec une projection à 50 prêtres diocésains en paroisse à l’horizon 2030 (confirmée par les travaux de la CCB-Lyon en 2016).

Depuis 2011 que s’est-il passé pour anticiper un futur annoncé : un synode diocésain ? des états-généraux des baptisés ? un brainstorming des paroisses ? une expérimentation avec des prêtres itinérants en milieu rural ? une recherche autour d’assemblées dominicales animées par les laïcs ? Que nenni ! Rien ! Ah si : des grands rassemblements tournés vers les paroisses plus ou moins annuels… Comme si cela permettait de dynamiser la pratique religieuse en milieu rural, comme si cela permettait l’accès aux sacrements pour tous, tous les dimanches, comme si cela permettait aux chrétiens de construire de vraies communautés !

Alors oui, les Bouffons et les Clowns ont encore de l’avenir devant eux pour faire entendre aux puissants les réalités du monde.

Dommage que notre Eglise en ait aussi besoin !

 

Zorobabel de Lyon

 

26/11/2017 - « Pourquoi es-tu venu nous déranger ? »

En retrouvant cette citation de Dostoïevski dans les ''Frères Karamazov'', j’ai ressenti un choc. Un choc devant une évidence oubliée tapie au tréfond de l’homme mais qu’il prend bien soin de ne pas réveiller.

« Pourquoi es-tu venu nous déranger ? ». N’est-ce pas là le cœur de l’Evangile ?

Jésus n’a de cesse de nous appeler à changer d’attitude : devenir des veilleurs de la présence de son Père, prendre soin des exclus, des faciles comme des difficiles.

Cette exhortation permanente de Jésus à nous « convertir » (nous retourner) St Irénée l’exprime si bien : « La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant ».

Etre vivant, c’est être capable de mouvements.

Etre debout, c’est être en capacité d’être dérangé, c’est refuser l’immobilisme.

Alors, pourquoi ne pas l’affirmer : « Viens nous déranger plus souvent, plus fort, dans nos convictions, dans nos attitudes, dans notre foi ».

Bouscule-nous dans nos manières de faire envers les autres, ceux que nous rencontrons, ceux que nous ignorons… Bouscule notre immobilisme vis-à-vis des institutions politiques, économiques et sociales et bouscule notre frilosité passive vis-à-vis Ton Eglise.

 

Zorobabel de Lyon

 

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15/11/17 - Dieu merci

Avoir participé l’organisation de l’événement ‘’Eglise 2030’’ fut une aventure personnelle d’une richesse incommensurable, tant intellectuelle que spirituelle ; cela m’aura appris à mieux comprendre ma vocation de baptisé. C’est peu, mais c’est déjà ça !

Comme beaucoup d’entre nous je suis balloté par divers mouvements :

Crispation, quand je constate le refus du diocèse d’ouvrir un dialogue ouvert avec les laïcs concernant la préparation de notre Eglise particulière à son futur.

Crispation quand j’entends parler d’un ‘’ministère de chauffeur’’ pour « conduire » les gens à la messe en milieu rural.

Crispation quand j’écoute l’appréhension de paroissiens avant l’arrivée d’un nouveau curé, inquiets de voir un retour en arrière comme cela s’est réalisé dans d’autres lieux.

Optimisme, quand je lis un livre écrit par des trentenaires, dont la tonalité est proche de celui écrit par Paul Ricoeur en 1967, il y a 50 ans ; leurs réflexions ne sont pas éloignées de celle de Joseph Moingt 101 ans ou de Pierre Bezin, 98 ans.  Voilà qui est rassurant : les jeunes cathos ne se réduisent pas une jeune garde ultraconservatrice.

Optimisme lorsque je vois qu’il y a 67.900 bénévoles qui œuvrent pour les plus pauvres avec le Secours Catholique ; qu’au niveau du diocèse de Lyon, 55 paroisses depuis deux ans logent et accompagnent plus de 140 familles de migrants.

Optimisme, car les chrétiens agissent au plus près des exclus ; ils sont du monde.

Oui, c’est cela faire l’Eglise de 2030 !

 

Dieu merci.   

 

Zorobabel de Lyon