Un participant au colloque témoigne :

Le pari d’un colloque réussi

 

Comment témoigner en quelques lignes de mon enthousiasme d’avoir participé au colloque « Désir d’enfant : sa genèse, les techniques procréatives, quelles limites ? » organisé par la Conférence Catholique des Baptisé(e) de Lyon avec le groupe Lyonnais des Amis de la Vie et le groupe lyonnais des lecteurs de Témoignage Chrétien. Ce colloque qui s’est tenu ce samedi 30 novembre à l’Espace Saint Ignace de Lyon a regroupé près d’une centaine de participants. Six intervenant(e)s avaient été invité(e)s dans les domaines du droit, de la sociologie, de la psychanalyse, de la philosophie, de la théologie et de la biologie.

C’est un sujet difficile qui déchaîne parfois beaucoup de passions et il n’était pas aisé de réussir le pari de la compétence sur un tel sujet, mais aussi et particulièrement celui de l’écoute, du dialogue pour mieux comprendre ces enjeux de société. La forme (approches multidisciplinaires, courtes interventions, travail en carrefours, questions posées aux intervenants, interpellations croisées entre eux) m’a permis d’une part d’apprendre beaucoup et d’autre part de renforcer ma conviction sur le fait que les réponses simplistes et toutes faites, au nom d’une Loi morale ou autres, sont caduques.

 

J’ai été personnellement très impressionné par la compétence des intervenants, chacun dans son domaine et à se situer et à demeurer dans leurs champs de compétence.

J’ai compris avant tout que pour se positionner d’une manière ou d’une autre sur cette question, un minimum de connaissances scientifiques était indispensable pour ne pas se laisser piéger par des aprioris qui n’ont pas lieu d’être (embryon, ovocytes, blastocyste, fécondation, développement embryonnaire et fœtal et j’en passe). J’ai appris beaucoup à ce sujet. Ces connaissances sont indispensables pour éclairer les faits et leurs conséquences.

 

Je retiens de plus quelques réflexions, très réductrices et très subjectives bien évidemment, qui m’ont personnellement éclairé. D’abord le désir d’enfant qui peut naître aussi bien d’une souffrance de l’infertilité mais aussi d’un désir d’ajouter une plénitude de joie à la vie. En fonction de l’un ou l’autre désir, l’accompagnement ne peut être identique. Dans la rencontre avec des couples homosexuels d’hommes, j’ai souvent constaté ce désir d’une plénitude de joie à ajouter de la vie à la vie existante. Dont acte…

« On n’arrêtera pas la science ». De deux choses l’une : ou l’on se lamente en fustigeant les progrès de la science dans certains domaines en se retranchant derrière ses peurs (ou plutôt ses angoisses, j’y reviendrais) ou l’on se pose les questions suivantes : comment le progrès scientifique peut-il être un progrès d’humanité ? Comment accompagner ce progrès pour qu’il soit un progrès d’humanité ? C’est, après ce colloque, ma conviction profonde.

Il faut distinguer la peur et l’angoisse. J’ai retenu qu’on avait peur de quelque chose ou de quelqu’un, mais que l’angoisse était la peur de rien en quelque sorte, c’est la peur de ce qu’on ne connaît pas, d’où la nécessite de travailler sur ses peurs ou plutôt sur ses angoisses que l’on nomme parfois peur. Dans le carrefour auquel je participais, l’un d’entre nous a fait remarquer, à juste titre à mon sens, que toutes ces nouvelles questions soulèvent des peurs et que si l’on ne travaille pas sur ses peurs, les passions se déchaînent et l’on rate des occasions de progresser ensemble vers plus d’humanité. Belle leçon de sagesse d’un des plus jeunes participants de l’assemblée.

Un autre point m’est apparu essentiel, celui de revisiter nos concepts : parenté, parentalité, nature, fécondité, filiation pour n’en exprimer que quelques-uns. Par exemple, d’autres types de parentés, de filiations existent dans d’autres sociétés qui ne sont pas moins bonnes que les nôtres, loin de là. Elles sont simplement autres et ce n’est pas le fait de penser différemment la filiation dans notre société qui bouleversera la donne et engendrera des enfants malheureux ou obligatoirement « cassés » comme certains le prétendent.

 

Dernier point (mais il y en aurait bien d’autres), c’est le thème de la dissociation que des participants ont exprimé. Un exemple la dissociation entre parentalité et relations amoureuse dans le cadre d’une AMP (Assistance Médicale à la Procréation). J’ai particulièrement apprécié la réponse d’une des intervenantes. Je l’exprime avec mes mots : plutôt que de nous crisper sur ces dissociations qui sont un fait, notre défi est plutôt d’aider à les articuler. C’est pour moi une perspective intéressante qui rejoint ce que je retenais au début de ce bref témoignage : Plutôt que de m’angoisser sur les progrès scientifiques en ce domaine, je préfère, à mon humble niveau, participer à accompagner ces progrès pour qu’ils deviennent progrès d’humanité, regardant ce monde avec bienveillance pour le chrétien que j’essaie de devenir à la suite du Christ.

 

En conclusion, le dialogue serein, comme il l’a été tout au long de ce colloque, ne peut être que bénéfique. On ne peut clore le débat avant de l’avoir véritablement engagé, nous rappelait le sociologue. J’entends le dialogue dans son sens étymologique (dia= travers ; logue = logos, parole), à savoir se laisser traverser par la parole de l’autre, éclairé pour moi par la Parole d’un Autre.

Ne nous arrêtons pas en chemin. Personnellement, mon désir de continuer à approfondir ces questions s’est renforcé. Rien de ce qui est humain ne peut m’être étranger. « L’opposé de la foi, ce n’est pas le doute, souligne Jean Rigal[1], c’est la peur : la peur de changer, de bouger, d’innover, de faire confiance à l’Esprit Saint. L’Eglise de ce temps serait-elle habitée par le doute, non celui qui s’interroge sur les données essentielles de la foi chrétienne, mais celui qui craint d’avancer sur des terres nouvelles ? »

Merci et mille bravos à toute l’équipe de la CCB Lyon qui a permis ce dialogue pour moi fructueux. La parole a non seulement circulé entre nous, entre les intervenants, entre les participants mais elle a aussi circulé à l’intérieur de moi-même pour déplacer mes aprioris et interroger mes angoisses peut-être « tapies » au plus profond de moi-même.

Claude Besson



[1] Jean Rigal, L’Eglise en quête d’avenir, Paris, le Cerf, 2003

Date de dernière mise à jour : 24/08/2014