Vienne - Réforme : « L’Eglise a 5 ans pour se redresser ou c’est fini » LCI 7/3/

Le prêtre autrichien Helmut Schüller pense que la crise des abus sexuels montre un besoin urgent de « désacraliser » le sacerdoce catholique et de responsabiliser les laïcs -

Réforme : « L’Eglise a 5 ans pour se redresser ou c’est fini »

Le prêtre autrichien Helmut Schüller pense que la crise des abus sexuels montre un besoin urgent de « désacraliser » le sacerdoce catholique et de responsabiliser les laïcs

Christa Pongratz-Lippitt

Vienne, Autriche, 7 mars 2019

 

L’un des prêtres catholiques ‘pensant réforme de l’Eglise’ et des plus crédibles au monde affirme que le temps est venu pour l’Eglise de faire des changements structurels majeurs si ses dirigeants veulent la sauver de l’effondrement.

 « Si l’Eglise n’accomplit pas un redressement majeur dans les quatre ou cinq prochaines années, alors c’est fini » a déclaré le père Helmut Schüller, ancien vicaire général de l’archidiocèse de Vienne, lors d’une conférence de presse le 27 février dans la capitale autrichienne.

Le clerc de 66 ans, co-fondateur en 2006 de l’Initiative des Prêtres Autrichiens (IPA), a déclaré que la crise actuelle des abus sexuel doit pousser l’Eglise catholique à repenser (überdenken) sa constitution, donner aux catholiques laïcs plus de droits et introduire des mécanismes de contrôle de ceux qui occupent des postes de pouvoir.

S’adressant aux journalistes lors d’une réunion des mouvements de réforme de l’Eglise autrichienne, Schüller a déclaré que l’une des réformes les plus nécessaires est de désacraliser la prêtrise.

« Nous devons revenir à une prêtrise de service et non de pouvoir, car c’est ainsi que naissent les abus » at-il dit.

Une réforme connexe est également urgente, a-t-il ajouté, celle de rendre redevables les détenteurs de responsabilité. De même, une charte est nécessaire pour établir et protéger les droits fondamentaux des laïcs baptisés, a déclaré Schüller.

Il a noté que Paul VI avait formulé des propositions dans ce sens, mais quand il s’est rendu compte de ses implications elles ont été  "enterrées " par le pape Jean-Paul II.

Schüller a insisté sur le fait qu’un système de contrôle et d’équilibre doive être mis en œuvre sans tarder dans l’Eglise car « aujourd’hui tout se retrouve toujours sur le bureau du pape ». Il a ajouté que les membres de l’Eglise à tous les niveaux devaient être impliqués dans sa rédaction ; c’est une question urgente.

« La crise des abus a grandi dans un système qui est devenu malsain » a-t-il conclu.

 

Une voix crédible pour la réforme de l’Eglise

Schüller, qui a été ordonné prêtre en 1977, est une voix crédible sur la question des abus et la réforme de l’Eglise.

Ancien chef de Caritas Autriche, il a été vicaire général du cardinal Christoph Schönborn de 1995 à 1996 et a dirigé de 1996 à 2005 le bureau de médiation de l’archidiocèse de Vienne  en charge de l’aide aux victimes des abus sexuels du clergé, puis il a poussé pour qu’un laïc prenne cette responsabilité.

L’année suivante, Schüller et le père Udo Fischer, moine de l’abbaye bénédictine de Göttweig, fondent l’IPA.

L’initiative soutenait la communion pour les catholiques divorcés et remariés, la réinstitution d’un sacerdoce marié et l’ordination des femmes.

Elle a conduit à la création et au renforcement de mouvements de prêtres similaires dans des pays tels que l’Irlande, l’Allemagne, la France, l’Australie et les États-Unis.

En 2011, l’IPA a publié un  "appel à la désobéissance " qui a accéléré les appels à la réforme et poussé pour que les laïcs soient autorisés à diriger des paroisses sans prêtres. Un an plus tard, le pape Benoît XVI a dépouillé Schüller du titre honorifique de « Monseigneur » que le Vatican lui avait accordé en 1992.

Lors de la Conférence de presse du 27 février à Vienne, Schüller a insisté : « Le problème de base qui sous-tend le phénomène des abus réside dans les déséquilibres qui existent dans l’église ».

 « Les catholiques se sont résignés à vivre dans deux mondes : dans le monde extérieur, qui en Europe est généralement un monde démocratique et au sein de l’église, où dès qu’ils traversent le seuil d’une église, ils deviennent les serviteurs d’une monarchie absolue ».

Il a souligné que les fidèles baptisés n’ont depuis longtemps aucun droit. Ils sont totalement isolés en cas d’agression par des clercs.

 

Le « sommet des abus »

Le prêtre de l’archidiocèse de Vienne a également pris position sur le « sommet des abus » qui s’est tenu du 21 au 24 février à Rome avec la participation du pape et des représentants de tous les évêques du monde, des ordres religieux et des victimes d’abus.

« Le sommet du Vatican doit déclencher rapidement des changements de système concrets. Le pape François a la chance unique d’être en position de transformer l’Eglise en une communauté dotée d’une constitution de base. Il doit lui-même diriger le processus ».

Schüller était critique quant à ce sommet, espérant « qu’une telle rencontre ne se reproduise plus sous cette forme et dans cette imprécision ».

« Les points acquis et qui n’ont plus besoin d’être répétées l’ont encore été, " a déclaré Schüller.  « Cela montre simplement à quel point la crise est profonde », a-t-il ajouté.

« Le sommet a été un événement coûteux au cours duquel il a fallu amener les participants au même niveau de connaissance que celui des plus jeunes membres de nos conseils paroissiaux, pleinement familiers avec le problème ».

Schüller pense qu’à chaque participant au sommet aurait dû être remis une  "note listant obligations et devoirs " pour être utilisée dans leur propre Eglise locale. Il ajoute que des formulaires permettant aux évêques de présenter leur démission aurait dû être placée à la sortie de la salle synodale où se tenait le sommet.

Beaucoup de ceux qui ont assisté à la réunion du Vatican  « sont, après tout, une partie du problème et non de la solution »

 

L’affaire du cardinal Groer

La première expérience du prêtre autrichien en matière de traitement des abus sexuels du clergé date de la semaine sainte 1995 quand il a été révélé que l’archevêque de Vienne, le cardinal Hans Hermann Groer, avait abusé d’un mineur.

Jean-Paul II avait nommé le père Christoph Schönborn, alors théologien dominicain, évêque coadjuteur du cardinal Groer. Quelques mois plus tard, le Vatican permit au cardinal déshonoré de prendre sa retraite à l’âge de 75. En tant que nouvel archevêque, Schönborn nomma Schüller chef du bureau de médiation de l’archidiocèse, nouvellement créé pour prendre en charge les abus.

Pour le prêtre « le respect et l’estime des victimes, la protection de leurs droits » sont des notions impératives qui nécessitent un « processus d’apprentissage long et difficile ».

Mais il ajouté que quelque chose manquait : le « droit à contrôler » les évêques.

« Les évêques ne devraient pas seulement être retirés de leur charge épiscopale s’ils couvrent des cas d’abus mais aussi s’ils ne font simplement rien," a souligné Schüller.

 

L’affaire cardinal Pell est un avertissement

Dans une interview avec l’un des quotidiens les plus respectés d’Autriche, ‘Die presse’, Schüller a noté que, seulement 48 heures après la conclusion du ‘sommet des abus’ du Vatican, il a été officiellement annoncé que le cardinal australien George Pell avait été reconnu coupable d’abus sexuels.

Il a souligné que le ‘remarquable’ de l’affaire Pell était que le pape François n’avait fait aucune tentative pour protéger le cardinal australien au Vatican. Il a plutôt dit à Pell de coopérer avec la police de Melbourne où il avait été accusé.

« C’est très différent des temps anciens où les membres de l’Eglise qui avaient commis des infractions ne les assumaient pas » a déclaré Schüller.

« L’affaire Pell indique vraiment un changement dans la manière du Vatican de traiter les abus sexuels impliquant des hauts fonctionnaires de l’église ».

« Pell faisait partie d’un groupe de conseillers les plus proches du pape ».

«  Son cas est un avertissement pour ceux qui, nombreux, n’ont jusqu’à présent pas pris les cas d’abus sérieusement en compte ».

 

 

Renown reformer : 'Church has 5 years for a complete turnaround or it's over'

Father Helmut Schüller of Austria says the sex abuse crisis shows urgent need to 'desacralize' the Catholic priesthood and empower the laity

Christa Pongratz-Lippitt, Vienna
Austria

March 7, 2019

One of the world's most credible reform-minded Catholic priests has warned that time is running out for the Church to make major structural changes if its leaders want to save it from collapse.

"If the Church does not accomplish a turnaround shift within the next four or five years, then it's over," said Father Helmut Schüller, a former vicar general of the Archdiocese of Vienna, at a press conference on Feb. 27 in the Austrian capital.

The 66-year-old cleric, a co-founder in 2006 of the Austrian Priests' Initiative (API), said the current sex abuse crisis must impel the Catholic Church to rethink (überdenken) its constitution, give lay Catholics more rights and introduce control mechanisms for those in positions of power.

Speaking to reporters during a meeting of Austrian Church reform movements, Schüller said one of the most necessary reforms is to "desacralize" the priesthood.

"We must get back to seeing the priesthood as a service and not as an office that gives the holder power, because that can lead to abuse," he said.

A related reform that is also urgent, he added, is to make those in positions of responsibility accountable "from the top down." Additionally, there must be a charter to establish and protect the basic rights of the baptized faithful, Schüller said.

He noted that Paul VI had made proposals in this direction but "when the powers-that-be realized that any such plans would cut to the bone," the proposals were "buried" by Pope St. John Paul II.

Schüller insisted that a system of checks and balances be implemented without delay in the Church since "now everything always lands on the pope's desk." He said proposals for a basic Church constitution should be made by Church employees at all levels, and that this is an urgent matter.

"The abuse crisis has only grown rampantly in a system that has become unhealthy," the priest reiterated.

A credible voice for Church reform

Schüller, who was ordained to the priesthood in 1977, is a credible voice on the abuse issue and Church reform.

A former head of Caritas Austria, he was Cardinal Christoph Schönborn's vicar general from 1995-1999 and head the Archdiocese of Vienna's ombudsman office for helping victims of clergy sex abuse from 1996 until 2005, when he pushed to have a layperson take up that position.

The following year Schüller and Father Udo Fischer, a monk of the Benedictine Abbey of Göttweig, founded the API.

The initiative has backed Communion for divorced and remarried Catholics, the re-institution of a married priesthood and the ordination of women.

It has led to the establishment and strengthening of similar priests' movements in places such as Ireland, Germany, France, Australia and the United States.

In 2011, the API issued a "Call to Disobedience," which ramped up calls for reform and insisted that laypeople be allowed to run priestless parishes. A year later Pope Benedict XVI stripped Schüller of the honorary title of "monsignor" which the Vatican had bestowed upon the priest in 1992.

During the Feb. 27 press conference in Vienna, Schüller insisted that the basic problem behind the "abuse phenomenon" lay in the imbalance that exists in the Church.

"Catholics have become resigned to living in two worlds – in the world outside, which in Europe is usually a democratic world; and within the Church, where as soon as they cross the Church threshold, they are servants in an absolute monarchy," he said.

He pointed out that the baptized faithful had long enjoyed no rights at all and were completely isolated if, for instance, they were assaulted by clerics.

The Vatican abuse summit

The Vienna archdiocesan priest also weighed in on the "abuse summit" that was held Feb. 21-24 in Rome with the participation of the pope and representatives of all the world's bishops, religious orders and abuse victims.

"The Vatican summit must speedily trigger concrete system changes. Pope Francis has the unique chance to convert the Church into a community equipped with a basic constitution and he himself must lead the way," Schüller said.

He was critical of the summit, saying he hoped "that something like this will never happen again – not in this form and in this vagueness."

"Things that are taken for granted and do not need repeating were once again emphasized," Schüller said. "But that merely shows how deep the crisis is," he added.

"The summit was a costly event at which the participants first had to be brought up to the same level (of knowledge) on something that even the youngest members of our parish councils are fully acquainted with," the reformer-priest said.

He said every summit participant should have been handed "notebook with a list of obligations/duties" for use in their own local Church. And he added that a stack of forms allowing bishops to submit their resignations should have been placed at the exit of the Synod Hall where the summit was held.

Many of those attending the Vatican meeting "are, after all, part of the problem and not of the solution," Schüller pointed out.

The Cardinal Groer Affair

The Austrian priest's initial experience in dealing with clergy sex abuse came during Holy Week in 1995 when it was revealed that the then-Archbishop of Vienna, Cardinal Hans Hermann Groer, had abused a minor.

John Paul II appointed Father Christoph Schönborn, then a Dominican theologian, as coadjutor bishop to Cardinal Groer. A few months later the Vatican allowed the disgraced cardinal to retire at age 75. And as the new archbishop, Schönborn named Schüller head of the archdiocese's newly established ombudsman office for reporting abuse.

The priest said the awareness that "respect, esteem and safeguarding possibilities for the victims" were imperative and had led to a "long and tough learning process."

But he said there was still something missing — the "right of control" as far as bishops were concerned and their commitment to accountability and to shouldering responsibility.

"Bishops should not only be removed from the episcopal office if they cover up abuse cases – but also if they simply sit back and do nothing," Schüller emphasized.

The Cardinal Pell case is a warning

In an interview with one of Austria's most respected dailies, Die Presse, Schüller noted that, only 48 hours after the conclusion of the Vatican abuse summit, it was officially announced that Australian Cardinal George Pell had been convicted of sexual abuse.

He said the "remarkable" thing about the Pell case was that Pope Francis had made no attempt to protect the Australian cardinal at the Vatican. Rather, he told Pell to report to the police in Melbourne where he'd been accused.

"That is very different from former times when Church officials who committed offences did not turn themselves in," Schüller said.

The Pell case certainly indicates a shift from the way the Vatican previously has dealt with sexual abuse involving senior Church officials, he said.

"Pell was one of a group of the pope's closest advisors," the Austrian priest said. "His case is a warning for the many who have up to now not taken the abuse cases seriously enough."

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 17/05/2019