Vatican - La réforme de la Curie et la place de la femme - LCI 26 avril 2019

Le pape a enfin une chance de faire un changement majeur. Le fera-t-il?

La réforme de la Curie et la place de la femme

Le pape a enfin une chance de faire un changement majeur. Le fera-t-il?

Robert Mickens, Rome

Cité du Vatican

26 avril 2019

 

Le pape François et son petit groupe de cardinaux conseillers ont apparemment achevé leur vaste projet de refonte de la curie romaine, un projet ambitieux et complexe lancé à l'automne 2013, peu après l'élection du tout premier pape latino-américain et jésuite.

Un article récent en espagnol - que le biographe papal Austen Ivereigh a repris et analysé - affirme que la nouvelle constitution de la Curie diminuera le rôle de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et mettra en avant celui de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples (qui doit être associée au Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation) en tant que "dicastère" le plus important du Vatican.

L'article est basé sur des entretiens avec les hommes qui ont aidé le pape à élaborer la réforme, à savoir les membres du Conseil des cardinaux (C9). Actuellement, des conférences d'évêques, des supérieurs religieux et des théologiens examinent le projet du C9.

Il devrait être chaleureusement accueilli et non pas simplement reçu comme un retard supplémentaire dans un projet de réforme lancé il y a près de six ans.

Mais selon l'article espagnol, un membre du C9 a déclaré qu'il n’envisageait aucun changement majeur venant de ce processus de relecture, essentiellement parce qu'il n'y aurait pas assez de temps pour l'inclure si le document final devait être publié à la date cible du 29 juin.

C'est une déclaration alarmante, car elle admet que la relecture - du moins selon ce que comprend ce cardinal - est censée n'être qu'une opération d'approbation.

 

N’en soyons pas si sûr.

Rappelons-nous que le pape a le dernier mot. Il est susceptible d’accepter des suggestions de ses "consultants" en dehors du C9 qui pourraient alors être utilisées pour justifier les  changements qu'il souhaite personnellement apporter à la curie au-delà de celles envisagées par ses cardinaux conseillers.

Préparez-vous pour une constitution finale de la curie plus radicale que ne le suggère l'article.

 

Il est temps que le pape nomme de nouveaux membres du C9.

L’un des points que l’article n’aborde pas de manière approfondie est le rôle futur et la composition du Conseil des cardinaux. Il ne reste que six des neuf conseillers d'origine.

Ils ont tous dépassé le mandat de cinq ans généralement lié (bien que pas toujours appliqué) à de telles nominations à Rome. Quatre de ces hommes ont déjà atteint l'âge de la retraite de 75 ans ou le feront dans les prochains mois.

Une fois que la constitution de la Curie romaine réformée sera enfin publiée, nous devrions nous attendre à ce que le pape François reconduise ou remplace officiellement ces six cardinaux, tout en nommant plusieurs autres nouveaux membres. Cela lui donne l’occasion de faire des choix audacieux.

 

 

Gardons à l'esprit que François a créé le C9 ‘ex nulla’ (à partir de rien préexistant) et qu’il a décrit son objectif et sa composition en termes très généraux. Dans la lettre le créant officiellement, il écrivait :

"En ce qui concerne la composition du conseil, je me réserve le droit de procéder aux nominations pour obtenir le meilleur résultat possible. Ce conseil sera une nouvelle expression de la communion épiscopale et de l'assistance au ‘munus petrinum’ (charge pétrinienne) que l'épiscopat à travers le monde est en mesure d'offrir. "

 

Deux points sont évidents.

Premièrement, ce conseil est une autre expression de l’enseignement nouveau selon lequel l’évêque de Rome n’exerce pas son pouvoir seul, mais toujours au sein du Collège des évêques et avec l’aide de ses membres.

Et bien qu’il s’appelle spécifiquement le Conseil des cardinaux, le nom de ce groupe pourrait facilement être modifié pour devenir un Conseil des anciens, des conseillers ou quelque chose d’autre, sans en modifier l’objet principal.

Il est temps de faire de la place pour les femmes.

Deuxièmement, François peut nommer qui et combien de personnes il veut pour obtenir, comme il l'appelle, "le meilleur résultat".

Mais seul un aveugle pourrait ne pas voir que le pape et les évêques n'obtiendront jamais le meilleur résultat tant qu'ils continueront d'exclure les femmes de ce groupe et d'autres groupes consultatifs et/ou décisionnels de l'Église.

En ce qui concerne spécifiquement le C9, si cela rend nerveux François de nommer des femmes cardinales, il pourrait facilement les nommer membres auxiliaires de cet organe consultatif. Mais il devra toujours leur donner le même rôle, les mêmes droits et les mêmes devoirs que les hommes du groupe qui portent des chapeaux rouges.

Tout comme il a choisi les membres actuels parmi les évêques seniors, le pape pourrait trouver des femmes d'âge mûr qui ont longtemps occupé des postes de direction importants dans la communauté ecclésiale.

Par exemple, il y a probablement autant de religieuses que d’évêques possédant les qualités et l’expérience requises  pour le C9.

Il y a aussi des femmes qui n’ont pas fait de vœux religieux, mères et grand-mères, dont les voix doivent être entendues.

L'article espagnol cité plus haut indique que le C9 va en fait discuter du rôle des femmes au Vatican et dans l'ensemble de l'Église une fois que la constitution sur la curie romaine sera publiée.

Mais ce sera une autre forme de paternalisme si les femmes sont exclues de ces conversations. Les ajouter au Conseil des cardinaux, en tant que "membres auxiliaires" ou à un autre titre, est un moyen de résoudre ce problème.

 

Soutien synodal

Le pape François a semé les graines qu’il espère conduire à l'épanouissement de la synodalité à tous les niveaux de l'Église. Il a également cherché à faire du synode des évêques un lieu de discernement, libre de débattre. Même s'il s'agit d'un forum pour les évêques, les femmes doivent également y être présentes.

Il est étonnant de constater qu'aucune femme n'occupe un poste important au secrétariat général du Synode à Rome.

Certaines femmes occupent des postes clés au niveau des directions, telles que secrétaire ou secrétaire générale adjointe, dans le cadre de plusieurs conférences épiscopales nationales à travers le monde. Le bureau du Synode à Rome devrait nommer des femmes à des postes analogues.

Laissant un instant de côté la question de l'ordination sacerdotale, il n'y a aucune raison pour que les femmes ne soient pas participantes à part entière à tous les niveaux où des décisions administratives, ministérielles et gouvernementales sont discutées et décidées.

"Il est nécessaire d'élargir les possibilités de renforcer la présence des femmes dans l'Église", a déclaré le pape François dans une longue interview, quelques mois seulement après son élection à la charge d'évêque de Rome."

Le défi d'aujourd'hui est le suivant : réfléchir à la place spécifique de la femme partout où l'autorité de l'Église s’exerce", a-t-il déclaré.

Mais jusqu'à présent, il n'a fait que peu ou rien pour répondre sérieusement à ce défi. Finalement, lui ou un futur pape devra le faire.Sinon, les évêques continueront à perpétuer l'erreur que les apôtres ont commise lorsque les femmes leur ont annoncé que Jésus était ressuscité des morts.

Les apôtres ont refusé de prendre les femmes au sérieux. Et jusqu'à présent, il en va de même pour la plupart des hommes qui continuent à s'appeler les successeurs des apôtres."Il est nécessaire d'élargir les possibilités de renforcer la présence des femmes dans l'Église", a déclaré le pape François dans une longue interview, quelques mois seulement après son élection à la charge d'évêque de Rome."Le défi d'aujourd'hui est le suivant : réfléchir à la place spécifique de la femme partout où l'autorité de l'Église s’exerce", a-t-il déclaré.Mais jusqu'à présent, il n'a fait que peu ou rien pour répondre sérieusement à ce défi. Finalement, lui ou un futur pape devra le faire.

 

Curial reform and the place of women

The pope has a chance to finally make a major change. Will he?

Robert Mickens, Rome
Vatican City

April 26, 2019

Pope Francis and his small group of cardinal-advisors have apparently completed their major overhaul of the Roman Curia – an ambitious and complicated project that was begun in the autumn of 2013, shortly after the election of the first-ever Latin American and Jesuit pope.

A recent article in Spanish – which papal biographer Austen Ivereigh has nicely re-capped and analyzed – claims that the new constitution for the curia will diminish the role of the Congregation for the Doctrine of the Faith and catapult the Congregation for the Evangelization of Peoples (which is to be joined with the Pontifical Council for the New Evangelization) as the most important "dicastery" of the Vatican.

The article is based on interviews with the men who helped the pope draw up the reform – members of the Council of Cardinals (C9). Currently, bishops' conferences, religious superiors and theologians are reviewing the C9's draft document.

This should be warmly welcomed and not dismissed as a further delay to a reform project begun nearly six years ago.

But according to the Spanish article, one C9 member said he did not envision any major changes to come from this review process, basically because there would be no time to include them if the final document is to be published on the target date of June 29.

It's an alarming statement, because it basically admits that the review – at least in this cardinal's understanding – is meant to be merely a rubber-stamping operation.

Don't be so sure.

Remember, the pope has the final word. And he is likely to take suggestions from these "consultants" outside the C9 that could be used to justify any further changes he wants to bring to the curia beyond those envisioned by his cardinal advisors.

Be prepared for a final constitution for the curia that is even more radical the article suggests.

Time for pope to appoint new members to C9

One of the things that the article does not look at in any depth is the future role and membership of the Council of Cardinals. Only six of the original nine advisors remain.

They have all surpassed the five-year term generally connected (though not always applied) to such Roman appointments. Four of these men have already reached the retirement age of 75 or will do so within the next several months.

Once the constitution for the reformed Roman Curia is finally published, we should expect Pope Francis to officially reappoint or replace these six cardinals, while also naming several other new members. It gives him an opportunity to make some bold choices.

Keep in mind that Francis established the C9 ex nulla. And he's described its purpose and make-up in very broad terms. In the letter officially bringing it into existence, he wrote:

"As regards the composition of the council, I reserve the right to make the appointments for the best result. The said council will be a further expression of episcopal communion and assistance to the munus petrinum which the episcopate across the world is able to offer."

Two points are obvious.

First, this council is a further expression of the developing teaching that the Bishop of Rome does not exercise power alone, but always within the College of Bishops and through the help of its members.

And although it is specifically called the Council of Cardinals, the name of this body could easily be modified to a council of elders, senior advisors or something else without altering its main purpose.

Time to make place for women

Second, Francis can appoint whomever and how many persons he wants in order to achieve, as he calls it, "the best result."

But only a blind man could fail to see that the pope and bishops will never achieve the best result as long as they continue to exclude women from this and other advisory/decision-making bodies of the Church.

In specific reference to the C9, if it makes Francis nervous to make women cardinals, he could easily enough appoint them auxiliary members of his advisory body. But he should still give them the same role, rights and duties as the men in the group who wear red hats.

Just as he has selected the current members from among senior bishops, the pope could find mature women who have long held important leadership positions within the Church community.

For example, there are probably as many or more women religious than there are bishops with the qualities and experience the C9 deserves.

There are also women who are not in religious vows, especially mothers and grandmothers, whose voices need to be heard.

The earlier-cited Spanish article says the C9 is actually going to discuss the role of women at the Vatican and in the entire Church once the constitution on the Roman Curia is published.

But this will be yet another exercise in paternalism if women are excluded from those conversations. Adding them to the Council of Cardinals, as "auxiliary members" or in some other meaningful capacity, is a way to resolve this dilemma.

Synod support

Pope Francis has been planting seeds for what he hopes will lead to the flourishing of synodality at all levels of the Church. He has also sought to develop the Synod of Bishops into a body of serious discernment and free debate. Even though it is a forum for bishops, women need to be there, as well.

It is astonishing that not a single woman holds a significant post at the Synod's general secretariat office in Rome.

There are women that occupy key executive-level positions, such as secretary- or assistant secretary-general, within a number of national episcopal conferences around the world. The Synod office in Rome should appoint women to analogous posts.

Putting aside for a moment the issue of ordination to the priesthood, there is no reason why women should not be full participants at every level where administrative, ministerial and governmental decisions are discerned and decided.

"It is necessary to broaden the opportunities for a stronger presence of women in the Church," Pope Francis said in a lengthy interview, just months after his election as Bishop of Rome.

"The challenge today is this: to think about the specific place of women also in those places where the authority of the Church is exercised for various areas of the Church," he said.

But, so far, he has done little or nothing to seriously answer this challenge. Eventually he or a future pope will have to do so.

Otherwise, the bishops will continue perpetuating the mistake the apostles committed when the women told them Jesus had risen from the dead.

The apostles refused to take the women seriously. And up until now so have most of the men who continue to call themselves the apostles' successors.

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Date de dernière mise à jour : 17/05/2019