Australie - La gouvernance dans l’Eglise, le défi du changement

La gouvernance de l’Eglise catholique est bloquée dans son passé monarchique

 

Eric Hogdens, Australie, 8 avril 2019, Prêtre aîné de Melbourne, Australie

 

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Une organisation monarchique, alimentée par l’idéologie, où la promotion se fait par le favoritisme, entraîne une mauvaise gouvernance. L’Église catholique a un problème de gouvernance.

Wilton Gregory a été nommé archevêque de Washington, DC, en remplacement du cardinal Donald Wuerl.

Certains évêques américains plus jeunes ont le visage déçu, mais la plupart des commentateurs catholiques sont favorables à cette nomination.

À l'âge de 71 ans, il est âgé et n'a que quatre ans jusqu'à l'âge officiel de la retraite. L'un des facteurs de sa nomination peut être la pénurie de jeunes évêques à l'écoute du pape François.

C'est là que réside le problème. Une organisation monarchique combinée à une nomination par favoritisme affaiblit inévitablement la-dite organisation.

La première règle de tout service des ressources humaines (RH) est de trouver la meilleure personne pour un poste.

Cela implique de publier le poste, de publier l’ensemble des critères retenus pour le choix du candidat, de disposer d’un processus de sélection efficace pour choisir les candidats et de mettre en place un système clair de décision.

Plus le processus sera transparent, meilleur sera le résultat. C'est la meilleure pratique en ressources humaines.

L’Église catholique n’a pas adopté cette pratique.

Elle fonctionne toujours sur le modèle monarchique de ses jours de gloire passés. Une monarchie est littéralement la loi d’un homme seul.

Les conseillers et administrateurs du monarque ne sont responsables que devant lui. Ils essaient de découvrir "l'esprit du patron" et le lui retourne. Cela limite les conseils directs et sans crainte, nécessaires pour prendre des décisions éclairées.

Le système monarchique a tendance à créer des cercles d'influence avec les intrigues qui les accompagnent.

George Pell était une éminence grise. En tant qu'archevêque de Melbourne, puis de Sydney, il a utilisé son pouvoir monarchique pour licencier le personnel du séminaire de Melbourne et reconfigurer celui de Sydney en harmonie avec l'idéologie papale, les transformant en deux académies de cléricalisme.

Il a également utilisé sa position au Vatican et ses contacts pour influencer les nominations épiscopales australiennes. Les deux principaux diocèses sont dirigés par ses protégés.

Le système romain est monarchique. Le pape est le seul représentant des évêques. De même, dans un diocèse, l'évêque a le dernier mot sur toutes les questions. Ceci explique la médiocrité des évêques catholiques du monde.

 

Pré-requis essentiels

Les 35 ans des pontificats de Wojtyla et de Ratzinger étaient fortement idéologiques et centralisateurs.

Ils se sont opposés au communisme. Ils se sont opposés à toute révision des mœurs sexuelles : contraception, divorce, célibat religieux, homosexualité, planification familiale.

Ces deux papes se méfiaient de la recherche biologique et s'opposaient à l'ordination des femmes. Ils ont réduit l'autorité épiscopale et transformé le synode des évêques en un tampon de caoutchouc papal.

À mesure que les politiques identitaires se généralisaient à travers le monde, l'idéologie Wojtyla donna naissance à un réseau.

Des évêques et des universitaires sympathiques ont mis sur pied des groupes de réflexion tels que l’Institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille, l’Institut Napa en Californie, fondé et financé par le controversé Timothy Busch, et l’Institut catholique d’Italie, soutenu par Steve Bannon.

De même, des institutions tertiaires telles que l'Université Notre-Dame de Sydney ont été fondées, en l'occurrence par George Pell.

De nouveaux éditeurs comme Ignatius Press, fondée par Joseph Fessio sj, ont diffusé cette idéologie. En somme, une guerre à plusieurs fronts a été ouverte par un groupe de guerriers petit, mais soudé et souvent riche. Et à deux millions de kilomètres de la vision pastorale de Jésus.

La condition préalable essentielle à la sélection d’un évêque était le respect total de cette idéologie papale.

Cela a éliminé de nombreux leaders potentiels et favorisé les conformistes. Lorsque la crise de l'abus sexuel a frappé de plein fouet en 2002, cette cohorte monochrome d'évêques sur la défensive était singulièrement non préparée. "Ce n’est pas notre affaire ; protégeons le spectacle."

Les organisations catholiques qui servent la société dans son ensemble, tels que l'éducation, les soins de santé et les services sociaux, réussissent très bien, mais restent à une certaine distance des évêques.

Les administrations diocésaines sont toujours basées sur la vieille culture monarchique. L'évêque seul a le pouvoir exécutif total. Et même dans les organisations ouvertes au regard du public, l'évêque a toujours une influence énorme, en particulier dans les nominations clés.

La nomination de Wilton Gregory s'étend effectivement sur la longue période Wojtyla / Ratzinger. Il devint évêque en 1983 sous les auspices du cardinal Bernadin.

Il a connu une autre époque. Beaucoup de jeunes évêques ne l’ont pas. Il correspond à ce schéma, mais la méthode est la même. C'est le choix de Bergoglio. C'est le système. Les observateurs ne peuvent que deviner la raison du choix. Il serait plus légitime que la procédure de nomination soit plus transparente.

La gouvernance de l'Église est toujours enfermée dans son passé monarchique. Ce modèle est inefficace dans le monde actuel en raison de sa diversité, de son savoir-faire en sciences sociales, de sa sophistication technologique et de ses structures politiques.

Une sage introduction des aspects de la politique moderne, y compris dans la séparation des pouvoirs, la rendrait plus efficace dans la réalisation de son objectif principal, le soin pastoral de tous.

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Catholic governance — A challenge for improvement

The governance of the Church is still locked into its monarchical past

Eric Hodgens , Australia, April 8, 2019

Eric Hodgens is a senior priest in Melbourne, Australia.

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A monarchical organization, powered by ideology, with promotion by patronage results in bad governance. The Catholic Church has a governance problem.

Wilton Gregory has been appointed Archbishop of Washington, DC replacing Cardinal Donald Wuerl.

While there will be some disappointed faces amongst younger bishops in the USA, most Catholic commentators are positive about the appointment.

At 71 he is old for the job and has only four years till official retirement age. One factor may be a shortage of younger bishops who are in tune with Pope Francis.

Therein lies the problem. A monarchical organization combined with appointment by patronage inevitably weakens an organization.

The first rule of any Human Resources (HR) department is to get the best person for the job.

This entails advertising the job, publishing an accepted set of criteria for the choice of the successful candidate, having a competent selection process to scrutinise the applicants, and a clear system of making the final determination.

The more transparent this whole process the better will be the result. This is HR best practice.

The Catholic Church has not embraced this practice.

It still works on the monarchical model of its past glory days. A monarchy is literally one-man-rule.

The monarch's advisors and administrators are answerable solely to him. They try to discover "the mind of the boss" and reflect that back to him. This limits the frank and fearless advice needed for wise decisions.

The monarchical system tends to spawn an inner circle of influence with accompanying intrigue.

George Pell was such an eminence grise. As archbishop first of Melbourne and then of Sydney he used his monarchical power to sack Melbourne's seminary staff and re-make Sydney's in tune with the papal ideology – making them both academies of clericalism.

He also used his Vatican position and contacts to influence Australian episcopal appointments. The two main dioceses are headed up by his proteges.

The Roman system is monarchical. The pope is the sole appointer of bishops. Likewise, in a diocese, the Bishop has the final say on all matters. This explains the mediocrity of the Catholic bishops of the world.

Essential pre-requisites

The 35-years of the Wojtyla and Ratzinger pontificates were heavily ideological and centralist.

They opposed Communism. They opposed any review of sexual mores – contraception, divorce, clerical celibacy, homosexuality, family planning.

Both popes were suspicious of biological research and opposed women's ordination. They reduced episcopal authority and changed the Synod of Bishops into a papal rubber stamp.

As identity politics became more mainstream across the world, the Wojtyla ideology became a network.

Sympathetic bishops and academics built up think tanks such as the JP II Institute for Marriage and the Family, the Napa Institute in California, founded and funded by the controversial Timothy Busch, and the Catholic Institute of Italy, supported by Steve Bannon.

Similarly, tertiary institutions like Notre Dame University Sydney were founded – in this case by George Pell.

New publishers like Ignatius Press, founded by Joseph Fessio SJ, disseminated the ideology. Altogether a war with several fronts and a small, but tight-knit, and often wealthy, bunch of warriors. And – a million miles away from the pastoral vision of Jesus.

The essential pre-requisite for selection as bishop was complete compliance with this papal ideology.

This eliminated many potential leaders and favoured conformists. When the full force of the sexual abuse crisis hit in 2002 this monochrome cohort of defensive bishops was singularly unprepared for it. "They're after us; protect the show."

Catholic services which answer to the wider society such as education, health care and social services do very well – but at some distance from the bishop.

However, diocesan administrations are still based on the old monarchical culture. The bishop alone has full executive power. And even in those organizations open to public scrutiny the bishop still has enormous influence particularly in key appointments.

The appointment of Wilton Gregory effectively reaches back over the long Wojtyla/Ratzinger period. He became bishop in 1983 under the patronage of Cardinal Bernadin.

He has known a different era. Many younger bishops do not. He fits this bill, but the appointment method is the same. He is Bergoglio's choice. That's the system. Observers can only guess the rationale. It would be more legitimate if the appointment procedure was more transparent.

The governance of the Church is still locked into its monarchical past. That model is inefficient in today's world with its diversity of specialisation, social science knowhow and technological sophistication and political structures.

A wise incorporation of aspects of modern politics, including the separation of powers, would make it more effective in achieving its main goal – the pastoral care of all.

 

 

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Date de dernière mise à jour : 17/05/2019