Vienne - Les théologiens ont besoin de liberté et d'un recours judiciaire face au contrôle romain - LCI

 

Christa Pongratz-Lippitt, Vienne, Autriche

17 avril 2019

 

 

L'un des principaux liturgistes catholiques allemands a demandé la mise en place de tribunaux judiciaires ou administratifs indépendants où les théologiens pourraient déposer un recours quand ils sont restreints ou sanctionnés par la Curie romaine.

"Une juridiction transparente est indispensable. Sans elle, toute approche de la liberté réelle en théologie serait futile", a déclaré le professeur Benedikt Kranemann de l'Université d'Erfurt dans un article du 26 mars sur le site officiel de l'Église allemande, katholische.de.

B. Kranemann, un laïc de 59 ans, conseiller de la conférence des évêques allemands, a basé sa proposition sur l'insistance du pape François selon laquelle les études théologiques devaient être un "laboratoire culturel" capable d'interpréter l'avènement du Christ et les motions du Saint-Esprit, face aux défis actuels et aux réalités mouvantes.

 

Veritatis gaudium : la joie de la vérité

Il cite les mots d'ouverture de François dans la constitution apostolique de 2018 sur les universités ecclésiastiques, Veritatis gaudium, dans lesquels le pape appelle à un " large et généreux effort pour un changement radical de paradigme…une révolution culturelle audacieuse" pour que la théologie reste fidèle à elle-même.

B. Kranemann a déclaré que les remarques de François dans la première partie de la constitution "montrent une compréhension ouverte de la théologie académique que l'on a rarement rencontrée chez un pape".

Le chercheur allemand a souligné que le pape mettait l'accent sur l'aggiornamento (l'actualisation), qui devrait conduire à une ouverture sur le monde actuel et amener les théologiens à participer aux débats sur les questions urgentes de notre temps, ainsi que sur l'avenir de l’Eglise.

"La théologie doit toucher les lieux où naissent les nouvelles approches et les nouveaux paradigmes", explique François dans le document.

B. Kranemann a exprimé l’espoir que tous les membres de l'Église chargés de rédiger des rapports d'évaluation sur des théologiens liront "ces paroles vraiment merveilleuses".

 

Un document avec un message en contradiction

Mais il a critiqué la deuxième partie de Veritatis gaudium, affirmant qu'elle contrastait fortement avec l'image d'une théologie ouverte et libre que le pape décrit dans la première partie.

Les normes qui y sont présentées sont d'une "tout autre nature", a souligné le professeur. Il a ajouté qu'elles insistent sur le fait que les facultés théologiques universitaires dépendent strictement de la hiérarchie de l'Église.

Elles doivent obtenir l’approbation du Vatican ou le nihil obstat (pas d’objection) pour la nomination des doyens de théologie et impliquer directement la Congrégation pour l’enseignement catholique lorsqu’elles apportent des modifications aux statuts et règles de fonctionnement des instituts catholiques.

"La vraie liberté dans la recherche repose nécessairement sur une ferme adhésion à la Parole de Dieu et une déférence envers le magistère de l'Église, qui a pour tâche d'interpréter de manière authentique la Parole de Dieu", déclare Veritatis gaudium (art. 38 § 1, b).

B. Kranemann a fait valoir que cette déférence en réalité entrave la liberté des théologiens.

"Une théologie qui fonctionne par déférence est totalement inacceptable selon la conception actuelle de la recherche. Si elle était mise en pratique, la théologie serait mise en dehors du monde intellectuel", a-t-il déclaré.

"La liste des règles et réglementations est longue et se concentre avant tout sur le contrôle. On se demande comment la théologie est libre si elle est soumise à cette constitution", a déclaré B. Kranemann dans sa critique de la constitution apostolique.

 

Le Magistère doit aussi écouter les théologiens

Il a ajouté que lorsque Veritatis gaudium avait été discuté en détail lors de la dernière réunion de la faculté de théologie catholique (Katholisch-Theologische Fakultätentag), les théologiens se sont plaints du fait que sa deuxième partie présentait "une image dépassée (de la théologie) reposant uniquement sur une " culture de l'obéissance ".

Ils ont contesté l'insistance sur le fait que toute enquête théologique doit être "réglementée par un ensemble de règles étroitement surveillées" et mise en conformité avec "une théologie canonique strictement contrôlée".

B. Kranemann a déclaré que les deux parties de Veritatis gaudium étaient en conflit. Il a fait valoir que si les théologiens suivaient l'appel à une théologie ouverte et libre que le pape François a présentée au début du texte, ils étaient à peu près sûrs d'avoir des problèmes avec Rome.

Le professeur Kranemann a déclaré que le processus de rédaction de documents tels que Veritatis gaudium devrait nécessiter davantage de transparence, la prise en compte de l’expertise universitaire et une connaissance accrue des relations entre les universités, avant la publication de leurs versions finales.

Mais, surtout, B. Kranemann a insisté sur la nécessité d'un système indépendant de tribunaux administratifs qui entendrait les appels des théologiens ayant des problèmes avec les autorités curiales. Et il a insisté sur le fait que cette juridiction administrative devrait travailler en totale transparence.

Theologians need freedom, judicial recourse from Roman control

A theology that works in a deference mode is completely unacceptable according to today's understanding of scholarship, says German scholar

Christa Pongratz-Lippitt, Vienna, Austria

April 17, 2019

One of Germany's leading Catholic liturgists has called for the establishment of independent judicial or administrative courts where theologians can find recourse when they are curtailed or disciplined by the Roman Curia.

"A transparent jurisdiction is a must. Without it, all discussion about real freedom in theological scholarship is futile," said Professor Benedikt Kranemann of Erfurt University in a March 26 article on the German Church's official website, katholische.de.

Kranemann, a 59-year-old layman who is an advisor to the German bishops' conference, based his proposal on Pope Francis' insistence that theological studies must be a "cultural laboratory" capable of interpreting the Christ event and promptings of the Holy Spirit in the face of present challenges and changing realities.

Veritatis gaudium: the joy of truth

He cited Francis' opening words from the 2018 apostolic constitution on ecclesiastical universities, Veritatis gaudium, in which the pope calls for a "broad and generous effort at a radical paradigm shift ...a bold cultural revolution" if theology is to remain true to its proper calling.

Kranemann said Francis' observations in this first part of the constitution "show an open-minded understanding of academic theology that one has rarely encountered in a pope."

The German scholar noted the pope's emphasis on aggiornamento (or up-dating), which should lead to an openness to the present world and lead theologians to take part in debates on the urgent questions of our times, as well as on the future of the Church.

"It (theology) must reach places where new narratives and paradigms are being formed," Francis says in the document.

Kranemann expressed his hope that all those in the Church who have the task of writing assessment reports on theologians will read "these truly wonderful words."

A document with a conflicting message

But he criticized the second part of Veritatis gaudium, claiming it stands in strong contrast to the image of an open and free theology that the pope describes in the first part.

The norms that are discussed here are of a "completely different caliber," the professor pointed out. He said they insist that academic theological faculties have are strictly dependent on the Church's hierarchy.

They must obtain Vatican approval or nihil obstat (no objection) for the appointment of deans of theology and directly involve the Congregation for Catholic Education when making any changes to the statues or study regulations at a Catholic theological institute.

"True freedom in research is necessarily based upon firm adherence to God's Word and deference to the Church's Magisterium, whose duty it is to interpret authentically the Word of God," says Veritatis gaudium (art. 38 § 1, b).

But Kranemann argued that this deference actually inhibits the freedom of theologians.

"A theology that works in a deference mode is completely unacceptable according to today's understanding of scholarship. Were it to be put into practice, theology would be catapulted out of the world of scholarship," he said.

"The list of rules and regulations is long and is above all concentrated on control. One wonders how free theology really is if it is subject to this constitution," Kranemann said in his critique of the apostolic constitution.

The Magisterium must also listen to theologians

He said when Veritatis gaudium was discussed in detail at the last Catholic-Theology Faculty meeting (Katholisch-Theologische Fakultätentag), theologians complained that its second section presented "an outdated image (of theology) solely based on a 'culture of obedience'."

They contested the insistence that theological inquiry must be "regulated by a closely monitored set of rules" and made to conform to "a strictly controlled canonical theology."

Kranemann said the two parts of Veritatis gaudium are in conflict. He argued that if theologians followed the call for an open, free theology that Pope Francis issues at the beginning of the text, they were pretty sure to run into trouble with Rome.

The professor said the drafting process of documents like Veritatis gaudium required more transparency, academic expertise and knowledge of university connections before their final versions are published.

But, above all, Kranemann insisted on the need for an independent system of administrative courts that would hear the appeals of theologians who were having trouble with the curial authorities. And he insisted that this independent administrative jurisdiction must work in absolute transparency.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 17/05/2019