Billets de ccbl

22 juin 2019 - Et Dieu vit que cela était bon !

Un jour mon petit-fils de 9 ans me disait qu’il imaginait Dieu assis sur un nuage, les jambes dans le vide, les 2 coudes posés sur ses genoux et le menton entre ses mains. Je lui demandais ce que faisait Dieu, et sa réponse fusa : Dieu, il contemple la terre. Je rajoutais comme dans la Bible : Et Dieu vit que cela était bon !  Oui, me répondit-il avec un sourire.

Voici ce que j’ai essayé de lui communiquer :

Dès le 1er jour, Dieu s’émerveille de sa création alors même qu’il ne fait que la commencer !

Notre acte de Foi, aujourd’hui, ne serait-il pas de croire que, encore et toujours, Dieu trouve en sa création de quoi la voir « bonne » ? Et cet acte de Foi change alors complétement notre regard sur notre temps. Tous les soubresauts de notre société sont à contempler avec le regard de bonté de Dieu : les sauts technologiques, la remise en cause des idées et des valeurs passées, la forte diminution du nombre de prêtres, la revendication pour une juste égalité entre femmes et hommes, la lutte contre le cléricalisme deviennent sources de joie pour Dieu… Tout ce qui génère de la peur, tout ce qui est source d’immobilisme, tout ce qui invite à revenir en arrière devient, au contraire, sous le regard de bonté de Dieu source de vie et d’Espérance.

Le Christianisme est la religion de l’incarnation. Pas une religion figée dans ses peurs ; mais une religion accompagnant les femmes et les hommes d’un temps donné, une religion qui, par vérité, doit sans cesse se ré-inventer pour remplir pleinement son rôle. Et comme disent certains « le Christianisme n’existe pas encore », à chaque génération de l’inventer pour être fidèle à l’Evangile vécu au sein de l’humanité en marche.

Alors, avec Dieu, nous pourront contempler notre temps et dire avec lui : cela est bon !

 

Zorobabel

Zorobabel, le rejeton de Babel (là où les hommes ne voulaient qu’un seul langage) est le serviteur qui veut se mettre à la tâche avec courage, même si elle est immense…(livre d'Aggée)

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche" Apoc 3,16

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21 mai 2019 - Chiche !

 

CHICHE *

 

Vous savez maintenant que je suis un fervent lecteur de « La Croix International » : c’est un lieu (entre autres) protégé de la langue de bois qui sévit dans les hautes couches de la hiérarchie cléricale de notre pays. Il m’arrive d’en traduire des articles que vous pouvez lire sur le site de la CCB Lyon si vous n’êtes pas shakespearien.

« La Croix International » a publié récemment un article en provenance des USA et extrait de « Commonweal », un important journal catholique de New-York, fondé en 1924 et dirigé par des laïcs. L’article au sous-titre surprenant (« La scalartine », vous lirez pourquoi) a été écrit par deux anciens professeurs laïcs de séminaire et parle de réforme des dits lieux de formation des prêtres.

Les américains sont pragmatiques : « Il y a un besoin de réforme ? Oui ? OK, voici mes propositions ».

Donc nos deux professeurs font des propositions :

  • faisons l’effort de garder les séminaristes dans l’état de laïc comme ils le sont naturellement. Le but du chemin est l'ordination, mais jusqu'à l'ordination diaconale, un séminariste est un laïc. Pourquoi portent-ils une soutane et un col romain avant ?
  • beaucoup d’adultes se forment de manière approfondie. Associons laïcs, religieux consacrés et prêtres dans leur formation.
  • Intégrons largement des femmes dans la formation des séminaristes : ne serait-il pas intéressant qu’ils entendent des voix féminines dans un stage de formation au sacrement de réconciliation ?
  • Les stages en paroisse pourraient se dérouler sous la responsabilité de laïcs, mariés ou célibataire, ou de religieux.
  • les avis de tous les enseignants et responsables de formation (prêtres, religieux et laïcs) doivent être réellement pris en compte dans les évaluations du parcours des séminaristes, du contenu de la formation et des formateurs eux-mêmes.
  • les séminaires ne doivent pas être strictement et exclusivement sous le contrôle de l’évêque. Des comités indépendants composés de laïcs et de clercs doivent pouvoir auditer les séminaires.

Alors, chiche !, on y va ?

 

 

*  L’interjection, pas l’adjectif : l’Eglise étant tellement avare de réforme on pourrait se méprendre.  

    Mais je m’égare.

 

Zorobabel

Zorobabel, le rejeton de Babel (là où les hommes ne voulaient qu’un seul langage) est le serviteur qui veut se mettre à la tâche avec courage, même si elle est immense…(livre d'Aggée)

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche" Apoc 3,16

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24 avril 2019 - 2 conseils aux membres de la Conférence des Évêques de France

 

En ces temps difficiles, il est de notre devoir de baptisés de prendre soin de nos pasteurs en difficulté. Aussi, je me permettrais de leur suggérer ceci :

Le premier est de lire « La Croix International » (LCI).

Cette publication a l’avantage de rapporter ce qui se dit et se fait dans l’Eglise catholique en dehors du très policé cercle franco-français.

Ils y apprendront par exemple que leurs confrères allemands vont débattre lors de leur prochaine session de printemps d’un sujet intéressant : « Nous avons le projet de débattre ouvertement la question du célibat (des prêtres) lors de la réunion du conseil permanent des évêques ce prochain printemps. ».

Ce propos de R. Marx, l’évêque de Munich est rapporté par LCI Allemagne dans un article du 4 janvier.

Ils apprendront aussi que l’évêque de Mayence, P. Kohlgraf, est convaincu de l’urgence à réfléchir au pouvoir épiscopal : « Nous avons un besoin urgent d’examiner la question du pouvoir et de la responsabilité épiscopaux » ; conviction qu’il étaie de commentaires dans l’article de LCI Autriche du 7 janvier.

 

Le second est de faire du sport : ça libère l’esprit.

Je leur conseillerais en particulier de travailler leurs abdominaux : ça donne du tonus et je pense qu’ils en ont un grand besoin.

 

Zorobabel

Zorobabel, le rejeton de Babel (là où les hommes ne voulaient qu’un seul langage) est le serviteur qui veut se mettre à la tâche avec courage, même si elle est immense…(livre d'Aggée)

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche" Apoc 3,16

 

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6 avril 2019 - Le petit cléricaliste illustré

 

Un jour, quelle ne fut pas ma surprise de voir s’installer dans la travée d’à côté, à quelques places de moi, à la messe du dimanche de ma nouvelle paroisse, l’ancien curé d’une autre paroisse de la ville ! Comme tout fidèle, il chantait, s’agenouillait, écoutait l’homélie, communiait, serrait les mains au moment du baiser de paix…

A la sortie je lui fais part de mon étonnement de bon petit cléricaliste.  Réponse : « Et alors !  j’habite à côté, je suis chrétien comme toi et vais à la messe le dimanche. Si la paroisse m’appelle pour célébrer ou concélébrer, je le fais volontiers, sinon, je suis un paroissien comme un autre. » Et toc !

Plus récemment un ami me rapporte que l’évêque de son diocèse était libre un dimanche matin car il n’avait pas d’obligation épiscopale. Ledit évêque décide d’aller à la messe de la paroisse de son lieu de résidence ; mais contrairement à mon voisin de travée d’église, il concélébra et présida !

Le jour où un évêque se mêlera de manière anonyme à l’assistance à la messe, au milieu de ses ouailles, et que personne ne s’en étonnera nous aurons fait un grand pas.

 

Zorobabel

 

Zorobabel, le rejeton de Babel (là où les hommes ne voulaient qu’un seul langage) est le serviteur qui veut se mettre à la tâche avec courage, même si elle est immense…(livre d'Aggée)

 

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche" Apoc 3,16

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27 mars - Être empêché  ou être en péché

 

Ce n’est pas tout à  fait pareil ! Encore que dans certains cas….

Par exemple si on prend le cas récent d’un cardinal de Lyon qui s’est « retiré » momentanément de sa charge pastorale, nommant un de ses vicaires généraux, modérateur pour le diocèse parce que sa démission n’a pas été acceptée par Rome, on peut sans doute lier ces deux notions. En effet, par ce retrait, et de la nomination d’un modérateur, le droit canonique le dit « empêché ».

Mais peut-on considérer ledit cardinal « en péché » ? Alors qu’il a fait appel de la décision du tribunal de Lyon qui l’avait condamné à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’un prêtre pédocriminel de son diocèse ; il reste « innocent » tant que le tribunal n’a pas statué en final. Donc « sans péché », bien que ce ne soit pas vraiment une notion juridique.

Par contre si l’on prend l’étymologie[1] du mot « péché » on trouve une signification très intéressante : « pécher » c’est « rater sa cible », rater « son but » … Alors oui à Lyon « être empêché », c’est bien avoir « raté son but »


Zorobabel


[1] Wikipedia donne aussi la notion suivante : Pécher pour le chrétien peut aussi et surtout vouloir dire : « agir de façon contraire à l'objectif ultime recherché, soit la sainteté ». 

Zorobabel, le rejeton de Babel (là où les hommes ne voulaient qu’un seul langage) est le serviteur qui veut se mettre à la tâche avec courage, même si elle est immense…(livre d'Aggée)

"Ainsi, parce que tu es tiède et que tu n'es ni froid ni bouillant, je te vomirai de ma bouche" Apoc 3,16

 

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19 mars 2019 - La parabole inversée

 

Nous connaissons tous la parabole de la brebis égarée et de son pasteur qui délaisse les 99 brebis groupées autour de lui pour partir à sa recherche. (Mt 18, 12–14).

Ne sommes-nous pas aujourd’hui dans la situation inverse avec 99 brebis gambadant joyeusement hors du bercail et 1 seule brebis sagement enfermée dans son enclos ?

Quand j’observe autour de moi, quand j’entend mon entourage, je ne peux que constater qu’un grand nombre de pratiquants a fui l’institution dans une évasion accélérée par les diverses affaires qui secouent notre Eglise.

Aussi, j’en suis à me demander si la sagesse du pasteur ne serait pas d’ouvrir en grand les portes de la bergerie et d’inviter la sage brebis qui y demeure encore à oser en sortir.

En cela, il s’agirait d’agir en harmonie avec ce que suggérait le pape François[1] « le Christ frappe à la porte de nos églises, non pas pour y entrer mais pour en sortir ».

Cela rejoindrait l’intuition du Dominicain Dominique Collin[2]: le Christianisme n’existe pas encore [3]

 

Zorobabel


[1] lors des congrégations générales précédant le conclave de son élection

[2] Intuition partagée d’autres grands noms comme  Maurice Bellet et Joseph Moingt s.j.)

[3] Le christianisme n’existe pas encore – Dominique Collin – Edition Salvator, 2018

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13 mars 2019 - L’Eglise et l’agnotologie

Bon, probablement, vous êtes comme je l’étais à vous poser la question : c’est quoi l’agnotologie ? « L’agnotologie est une nouvelle discipline qui étudie le pouvoir d’occultation des connaissances et des savoirs qu’une société met en place quand ces derniers la dérangent économiquement et politiquement ».

Quand j’ai rencontré par hasard la définition de l’agnotologie, je me suis dit « cela me rappelle quelque chose »

Maintenant que vous connaissez la définition, vous faites sans doute comme moi le rapprochement avec l’attitude de l’Eglise de ces dernières années : cette capacité à occulter la réalité, à refuser d’admettre que la société a changé, que le cléricalisme est devenu une perversion, que la culture du secret est devenue inadmissible, que l’hypocrisie des mœurs de certains de ses membres dirigeants est insupportable, etc.

Ce sont bien là tous les symptômes décrit par cette discipline. Si on m’avait dit qu’un jour ses évêques seraient le sujet des nouvelles recherches ethnographiques, j’aurais ouvert les yeux tout ronds !

Alors si l’Eglise est si bien décrite par l’agnotologie il nous reste à nous, laïcs, de créer l’agneautologie ou l’art de remettre le Christ au cœur du monde du XXI e siècle.

 

Zorobabel

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25 février 2019 - Grand débat

Quelque chose qui m’intrigue !

Dans sa lettre du 11 décembre 2018, la Conférence des évêques[1] invitait les catholiques de France à entrer dans le questionnement et le débat citoyen, allant jusqu’à demander que les paroisses ouvrent leurs portes et facilitent l’expression de tous pour participer à la résolution de la crise majeure que traverse notre pays.

Mes amis qui ont participé au Grand Débat Citoyen que ce soit avec l’Antenne Sociale, à St Bonaventure, avec la CVX, ou lors de réunions organisées par les mairies, paroisses et associations diverses, me rapportent tous la richesse d’idées échangées entre des personnes ayant parfois des points de vue différents.

Notre Eglise, elle aussi, est en crise. Plusieurs crises même : celles de la pédocriminalité chez certains clercs dont des évêques, des réseaux d’homosexualité clandestins de prélats du Vatican tenant des propos homophobes, des viols de religieuses par des directeurs de conscience, des abus de pouvoir divers et variés. Le pape François l’a très bien compris, et dans sa lettre du mois d’août dernier il demande expressément que le peuple de Dieu s’empare de la question du cléricalisme et de l’exercice du pouvoir. Plus précisément, il nous invite à réfléchir à la diminution du nombre de prêtres et ses conséquences, à la baisse de la pratique religieuse, à la difficulté à mettre les femmes en égalité avec les hommes, à quitter le confort de l’Eglise pour aller à ses périphéries.

Alors oui, c’est une très heureuse initiative que d’inviter les chrétiens au Grand Débat Citoyen ! Mais en guise de Grand Débat dans l’Eglise, en particulier celle « de Lyon », il n’y eut, faisant suite à la demande du pape[2], que de rares initiatives (et remarquées) de telles ou telles paroisses. Cela a été plutôt un grand silence collectif.

Alors oui, je suis intrigué. Y-a-t-il dans l’atmosphère des églises une substance inhibante qui empêcherait les baptisés -clercs et laïcs- de mettre en action leur foi, leur intelligence et leur bonne volonté pour chercher ensemble comment bâtir l’Eglise d’aujourd’hui et de demain ?

 

Zorobabel